Alizée

Avec un million de simples vendus de sa ritournelle Moi, Lolita , Alizée, candide et anonyme jeune fille en fleurs voilà seulement six mois, caracole aujourd’hui sur les cimes de tous les classements nationaux. Son tout premier album Gourmandises vient d’être publié et il se classe déjà en quatrième position du Top album tandis que son second single L’alizé trône en seconde place.

Tempête nymphette

Avec un million de simples vendus de sa ritournelle Moi, Lolita , Alizée, candide et anonyme jeune fille en fleurs voilà seulement six mois, caracole aujourd’hui sur les cimes de tous les classements nationaux. Son tout premier album Gourmandises vient d’être publié et il se classe déjà en quatrième position du Top album tandis que son second single L’alizé trône en seconde place.

Brune, comme Britney Spears sait si bien être blonde, seize printemps, Alizée se présente à la télé coquine en bas mi-cuisses et redingote négligée, évoluant avec une totale aisance, distillant son incontestable séduction aux petits et aux grands. L’Hexagone succomberait-il à nouveau à la fièvre Lolita ? Sans doute. Mais à l’image de ses augustes et sexy aïeules au Panthéon de la pop, France Gall et Lio, cette Alizée là ne souffle pas tout à fait d’une génération spontanée.
Inconnue certes, Alizée l’est, mais autour du berceau se presse une marraine réputée : Mylène Farmer. Épaulée par son compositeur/ réalisateur Laurent Boutonnat et toute l’équipe qui a fait son succès, Mylène se projette maintenant en Pygmalion mettant dans la balance sa puissante machine de guerre musicale pour que cette Alizée se transforme en ouragan, un pari qui semble déjà en passe d’être gagné.

C’est sous le soleil d’Ajaccio qu'Alizée Jocotey pousse ses premiers cris, le 21 Août 1984. Alizée serait son véritable prénom, un choix de son papa fanatique de mer et de planche à voile. Dès l’âge de cinq ans, les parents développent la fibre artistique de l’enfant. Cours de danse, cours de théâtre, cours de chant, cours de dessins, le talent d’Alizée souffle décidément de tous côtés. Elle n’a pas onze ans lorsqu’elle remporte un concours de dessin organisé par une compagnie aérienne. Un Airbus sera même baptisé Alizée et lorsqu’elle participe à son vol inaugural, elle ne peut s’empêcher de songer à l’heureux présage de liberté qu’incarne ce grand oiseau bleu et argent qui porte son nom jusqu’au ciel.

Durant quatre ans, la jeune fille body builde ses nombreux atouts artistiques, grandissant comme une enfant de la balle heureuse et introvertie. Sa petite vie insulaire prend pourtant un sacré virage lorsque le destin la mène jusqu’au plateau de l’émission de télévision « Graine de star » sur M6. Présentée par l’incontournable Laurent Boyer, notre nymphette va reprendre « Ma prière » de la rousse Axelle Red et c’est un tabac immédiat. Pourtant, l’histoire s’accélère lorsque Alizée reçoit une invitation pour un mystérieux casting. Depuis son passage sur les ondes, le téléphone n’a pas cessé de sonner à la maison. Le producteur TV Thierry Ardisson tente même en vain de lui faire signer un contrat d’artiste, mais le vent d’Alizée va la porter dans une toute autre direction. Au casting sa vie percute celle de Mylène Farmer. Immédiatement subjuguée, la diva libertine va prendre la collégienne d’Ajaccio sous son aile. Avec son complice de toujours, Laurent Boutonnat, elle taille sur mesures des compositions aussi câlines que coquines pour la Lolita aux yeux bleus. Les musiciens, le studio, la production sont à l’identique des albums de Mylène. Le single « Moi, Lolita » sort au mois de Juin 2000 et en deux apparitions télés la chanson enflamme le Top 50.

Dans cette opération « Tempête Nymphette », rien ne sera laissé au hasard. Les producteurs Myléne et Laurent exercent un contrôle total sur son image. Pas de cessions photos, quelques rares entretiens à la presse, mais bridés à 20 minutes maximum par journaliste. Le vidéo-clip « Moi, Lolita » est réalisé au soleil méridional par Laurent Boutonnat. Alizée y est projetée en fille de campagne légère qui fait fondre les garçons comme un glaçon sur le bout de la langue. Elle chante « Quand je rêve aux loups/c’est Lola qui saigne/(…)/collégienne aux bas bleus/ je suis un phénomène/quand je donne ma langue au chat/ je vois les autres tout prêts à se jeter sur moi…». Et encore une fois, l’Hexagone succombe au charme adolescent d’une jeune fille à la voix acidulée… et à l’innocence gentiment manipulée par des adultes surdoués.

Souvenez-vous en 1966, lorsque Gainsbourg glissait ces mots dans la bouche sexy de la blonde France Gall : « Annie aime les sucettes/Les sucettes à l'anis/Les sucettes à l'anis D'Annie/ Donnent à ses baisers/Un goût anisé/ Lorsque le sucre d'orge/Parfumé à l'anis/Coule dans la gorge d'Annie/ Elle est au paradis. »
En 73, après avoir si artistiquement embarqué la jeune Melody Nelson, le beau Serge récidive dans le style Lolita. Sur son album de la rupture avec Jane « Vu de l’extérieur », il entretient le culte de la femme-enfant : « C’est une petit’ poupée qui fait pipi caca/Une petit’ poupée qui dit papa/Elle a des petit’ soquett’ blanches/Et une culotte à trou-trous/ (…)/ » (« La poupée qui fait »). Serge récidive bien plus tard avec sa propre fille, Charlotte, Lolita de l'album "Charlotte Forever" qu'il compose pour elle.
En 1980, une autre craquante adolescente brune « qui ne va pas compter pour des prunes » entre dans l’arène musicale. A dix-sept ans, Wanda est craquante comme un sucre d’orge. Et sous son pseudo de Lio elle va emporter tous les cœurs des garçons…et des filles.

« Et pour le faire fondre une tactique/Baisers givrés sur les montagnes blanches/On dirait que les choses se déclanchent/La chantilly s’écroule en avalanche. » (« Banana Split ») Les parrains de Lio, Hagen Dierks pour les paroles et Jay Alanski pour les musiques, n’y allaient décidément pas avec le dos de la cuillère !
Enfin, en 84 une autre Lolita allait à jamais marquer nos libidos, une certaine Mylène Farmer dont le premier 45 tours « Maman a tort » est une bombe de sensualité trouble : « Un, Maman a tort/Deux, c'est beau l'amour/Trois, l'infirmière pleure/Quatre, je l'aime/Cinq, il est d'mon droit/Six, de tout toucher/Sept, j'm'arrête pas là/Huit, j'm'amuse/J'aime ce qu'on m'interdit /Les plaisirs impolis (…) »
La boucle est bouclée, dix-sept ans plus tard Mylène nous projette une adorable ado de…dix-sept ans pour titiller à nouveau nos libidos.

Les dix chansons de son album « Gourmandises » sont intégralement manufacturées par la sexy "Farmer machine". Synthés rythmés, violons et techno-chansons, l’emballage satiné a déjà fait ses preuves. Coulé dans le même moule, le second simple « L’Alizé » cultive le coté « chipie » dans des alitérations typiquement Farmer. Le clip dans une dominante rose bonbon entraîne notre provocante Lolita dans une myriade de bulles de savons qui implosent une à une à son contact comme les garçons savent désormais fondre pour elle. Très largement inspiré du fameux thème de John Barry, sur une musique pourtant signée Boutonnat, « JBG » alias « James Bond Girl » est une gentille mais prévisible poperie.
Alizée joue à fond le jeu de la séduction, alternant les compositions plus agitées aux slows sucrés candides. Jusqu’à réincarner même l’art de la sucette à Gainsbarre dans la chanson qui inspire le titre de son album : « J’ai si faim de toi/ Si je m’offre à toi/Les baisers d’Alizée sont/ De vraies gourmandises/ Des baisers d’un été/Où la main s’achemine. » (« Gourmandises »). Lio chantait jadis « Si belle et si inutile », ces dix chansons malicieuses et futiles sont un parfait éloge de la légèreté.
Mais si dans les mots qu’elle vocalise de sa voix acidulée, le libertinage se profile en filigranes entre les lignes, dans ses propos Alizée conserve le cap de la parfaite jeune fille modèle, plus ex-Anne de chez Disney que Buffy la tueuse de vampires. « Je me sens encore complètement adolescente et d'ailleurs, je ne suis pas pressée d'être une adulte. Chaque chose en son temps. », confie Alizée sur son site web. Insistant sur sa « normalité » elle enchaîne : « Je vis encore comme une fille de 16 ans. Je fréquente des gens de mon âge et, malgré mon planning chargé, je prends le temps de sortir, de m'amuser, d'être amoureuse..… »
À quoi rêvent donc les jeunes filles qui vous font rêver ? On apprend ainsi en vrac que « son film préféré est « Le Grand Bleu », que son petit copain se doit d’être « doux, gentil et attentionné » mais avant tout « fidèle », que son « vrai plaisir dans ce métier, c'est de chanter en public », qu’elle « adore les nounours en gélatine », bref sous le vernis de la Lolita, Alizée est d’une saine banalité. Et lorsqu’on lui reproche d’être la « Mini moi » de Mylène, elle s’en défend : « On reconnaît la griffe de Mylène dans mes chansons et ses fans achèteront mes disques pour cela. Mylène et son public c’est une histoire d’amour. Mais je ne suis pas une Mylène-bis, Mylène est unique. »une t’unique qu’Alizée endosse à merveille !
Surfant sur la vague des idoles pop, telle une Britney ou une Christina à la française, la brune Alizée n’a pas fini de dispenser généreusement ses « Gourmandises ».

Alizée Gourmandises (Polydor) 2000