Lavilliers, héros de BD

Un nouvel album de Lavilliers ? Non, sur Lavilliers. Ici, outre la musique, honneur est fait aux dessins et aux bulles. Le chanteur a laissé ses chansons aux mains de quatorze auteurs de bande dessinée qui ont mis en image ses univers chauds et aventureux.

Plongée imagée dans l’univers du chanteur

Un nouvel album de Lavilliers ? Non, sur Lavilliers. Ici, outre la musique, honneur est fait aux dessins et aux bulles. Le chanteur a laissé ses chansons aux mains de quatorze auteurs de bande dessinée qui ont mis en image ses univers chauds et aventureux.

Lavilliers a suffisamment fait travailler notre imaginaire sur les prostituées de Belém, les voyous des rues barbares et sur la plastique des danseuses de salsa pour que l’on puisse aujourd’hui comparer nos projections avec celles de quatorze auteurs de bandes dessinés qui ont illustré autant de chansons du gouailleur stéphanois.

L’album B.D. L’Or des Fous* s’accompagne d’un autre album CD qui égrène les chansons dans le même temps que l’on découvre les saynètes sur le papier. Ce "Son et enluminures" s’ouvre sur Les Barbares, chanson âpre datant de 76. Le dessinateur Bajram y dessine dans des tons rouge et noir la vie en usine où l’espoir d’un monde meilleur prend les traits d’un Che Guevara sur fond de blouson en cuir. Vient ensuite Night Bird où la ligne claire de Varanda se laisse aller à un scénario de polar avec un oiseau de nuit aux courbes splendides et aux traits inanimés, égorgée qu’elle est sur le plumard d’un hôtel miteux.

Aoumri, lui, alterne les couleurs vert et sang pour coller aux propos de Lavilliers évoquant ces Gentilshommes de fortune qui, pour quelques grammes d’or, passent sur le corps des indiennes au fond des jungles du Serra Pelada. "J’aime beaucoup le bonhomme", explique le dessinateur. "Lavilliers incarne parfaitement à travers ses chansons et son personnage le type en recherche d’un ailleurs, d’aventures, de rencontres." Fier d’avoir participé à ce collectif de "bdéistes" dans lequel figure "le dieu Moebius" plaisante Aoumri. Il a écouté plusieurs fois la chanson avant de pondre ses quatre planches polychromes. "Lavilliers a joué le jeu à fond, rencontrant chacun de nous et discutant des histoires, du scénario, de l’ambiance... Moi j’ai eu de la chance. J’avais dessiné mes planches avant de le rencontrer et il m’a dit : "Mais c’est parfait !". J’ai beaucoup apprécié son côté vivant enthousiaste... Beau parleur parfois. Il faut dire qu’il a beaucoup de chose à dire le gaillard…".

Plessix, lui, a préféré attarder la mine de son fusain sur les couleurs passées du Sertao où un ancien cangacero (paysan sans-terre qui se bat contre les grands propriétaires, ndlr) survit en revendant des statuettes de terre cuite...

De temps à autre, Lavilliers lui-même fait des apparitions furtives, entre deux dessins. Souvent en débardeur, toujours avec son anneau à l’oreille et le clope aux lèvres. Ou en jeune aventurier poursuivi par une bande d’affreux comme dans Fortaleza signée de Jean-Louis Mourier. Ce dessinateur plus habitué à l’héroic fantasy s’est imprégné d’un scénario de polar ensoleillé. "Le choix des dessinateurs s’est fait en fonction de nos qualités intrinsèques : lui dessine bien les animaux, l’autre à plus l’habitude des univers urbains... J’ai essayé de coller le plus possible à la chanson l’histoire d’un règlement de compte au cours duquel c’est la fille qui paye pour le jeune aventurier... Ce ne fut pas très facile, car dans cette chanson il n’y a pas beaucoup de renseignements sur les décors, le contexte. L’atmosphère de la chanson est superbe mais fait beaucoup appel à l’imaginaire. Alors, la coucher sur le papier ne fut pas facile". Malgré cette difficulté, certains dessinateurs respectent le texte à la virgule près comme Tota sur Borinqueno, d’autres procèdent comme Moebius sur On the Road Again, par ellipse.

Les chansons choisies ne sont pas forcément les plus connues du répertoire de Bernard Lavilliers (Changement de main, CLN) mais le résultat est dans tous les cas surprenant et fort plaisant. En préambule, Lavilliers écrit : "Hommes de peu de foi ! Connaissez-vous la fièvre ? La fièvre de l’or... C’est peut-être un bon départ pour un scénario de BD." Tous les dessinateurs l’ont confirmé : Ça l’est en effet...

L’Or des Fous (Ed. du Soleil) accompagné du CD (Universal)