Omar Pene

Omar Pene sort 25 ans, un album anniversaire, illustrant le quart de siècle de son groupe, le Super Diamono de Dakar. La voix vive, la phrase courte et percutante, il chante l'identité sénégalaise, l’espoir et l’amour, sur un rythme mbalax qui renoue avec ses racines.

25 ans avec le Super Diamono de Dakar

Omar Pene sort 25 ans, un album anniversaire, illustrant le quart de siècle de son groupe, le Super Diamono de Dakar. La voix vive, la phrase courte et percutante, il chante l'identité sénégalaise, l’espoir et l’amour, sur un rythme mbalax qui renoue avec ses racines.

Omar Pene habite Sicap Sacré-Cœur 3, l'un de ces nouveaux quartiers résidentiels de Dakar, aux noms qui fleurent bon la poésie bureaucratique. Il raconte l’évolution de 25 ans de carrière dans son salon, dont le plus grand mur porte une immense photo de la mosquée de Médine, second lieu saint de l’islam.

Que signifie pour vous ce nouvel album ?
C’est 25 ans d'écriture du Super Diamono et un album retour aux sources. Après avoir été jazz, funk, rock, reggae, nous revenons moins électrique, plus acoustique, fidèles à ce qu’on a fait, il y a très longtemps. D'après les échos, cela touche des gens d'autres cultures, c'est une ouverture. Aujourd’hui les gens semblent davantage goûter une musique moins agressive.

Pourquoi n’avez-vous pas fait une carrière internationale alors que vous êtes l’un des plus populaires chanteurs et groupes, du Sénégal ?
En 1980, notre album Soweto a un peu marché à l’étranger et nous a donné envie de faire une carrière internationale. Mais on a vite compris qu'on ne pouvait le faire si on sacrifiait trop le côté sénégalais, si on copiait trop les USA par exemple. On a choisi le Sénégal. On ne voulait pas faire une double carrière, une pour ici, une pour là-bas. On ne voulait pas se presser. Ça n'a pas été facile. Il y a eu des doutes. On a traversé des moments durs. Mais je ne suis pas seul. Le Super Diamono est populaire, il est devenu une entreprise. Nous avons été obligés de continuer, d’aller de l'avant parce qu’il y a toujours un public jeune, très jeune parfois, qui nous attend. Des fois, on disait “Le Super Diamono, c'est fini” mais on revenait à chaque fois.

Aujourd'hui, que reste t'il du groupe ?
Il reste moi et le batteur Ousmane Diagne dit Lappa. Certains n'y croyaient plus et sont partis. Cela fait presque dix ans que le groupe est stable. Mes musiciens actuels étaient déjà fans du Super Diamono quand ils étaient plus jeunes. A l’époque où il n'y avait qu'une seule radio publique, on ne nous diffusait pas. Nous n'étions pas programmés dans les fêtes officielles. Il y a des artistes qui ont été aidés par l'Etat. Nous, nous n'avons jamais rien demandé, nous nous sommes débrouillés seuls. On nous disait rebelles, marginaux, révolutionnaires. En fait, on avait des messages un peu durs.

Pourquoi alors avez-vous chanté pour l’ancien régime lors des dernières élections présidentielles ?
J'ai chanté pour les socialistes parce que c’est mon travail de chanteur. Je n'ai pas le choix. J'ai été payé pour ça comme pour n’importe quel autre concert. Avec le Super Diamono, nous ne nous sommes jamais mêlés aux politiques. Nous sommes trop occupés à donner des concerts, des soirées dans toutes les régions du pays. Nous sommes inspirés par les problèmes de société, les conditions de vie au Sénégal. D’ailleurs, notre fan club se consacre essentiellement au travail social. Nous sommes toujours là sans aide, comme un espoir, un symbole pour la jeunesse.

Quelle jeunesse ?
La jeunesse désœuvrée, c'est à dire 80 % du Sénégal. Je n'ai pas le droit de décevoir ce public qui connaît ma vie. J'ai vécu comme ces jeunes. Je n’étais pas d'accord avec ma marâtre, je fuyais la maison, j’allais n'importe où. Les jeunes me demandent des conseils parce qu’ils vivent ce que j'ai vécu. J'ai réussi et suis peut-être devenu un modèle pour eux.

Quel âge avez-vous et à quelle confession appartenez-vous ?
J’ai 45 ans et je suis né dans la Médina de Dakar. Je suis musulman de la confrérie mouride, la plus grande du Sénégal. J’ai vécu dans ma famille maternelle. Je suivais ma grand-mère dans les réunions religieuses, les conférences. J’ai compris qu’on trouve dans cette voie, la paix, l'honnêteté, le travail, la sincérité, la réussite. Cette philosophie religieuse met en avant le travail. Je crois qu’au Sénégal, la religion joue un grand rôle. Certaines valeurs nous évitent de tomber dans l'extrémisme.

Cela a-t-il joué dans les dernières élections présidentielles ?
Oui, c’est une alternance pacifique quand on voit ce qui se passe en Afrique. L'alternance au Sénégal, c'est la fin du colonialisme. Elle a montré qu’il y a une certaine maturité politique chez les Sénégalais. On a aussi appris qu’il ne faut plus attendre de l'Etat qu’il règle les problèmes. On sait que c'est impossible. Les Sénégalais ont compris qu’une carte d'électeur a de la valeur. Les hommes politiques doivent travailler sinon ils dégagent. Cela peut toucher tous les secteurs de la vie et pour le Super Diamono et moi, il faut traduire tout cela en musique...

Bouziane DAOUDI