LE PORTRAIT DU MARDI : ERIC MORAND

Paris, le 11 septembre 2001 - Le label de Laurent Garnier est devenu en un septennat le plus indépendant des labels électro français. Entre ses activités de DJ et de producteur, le meilleur DJ français ne peut tout assumer et c'est avec Eric Morand, co-fondateur et véritable directeur artistique qui a découvert St Germain, Shazz, Llorca ou encore Mr Oizo qu'il fait marcher F.Com. Rencontre avec ce dernier, découvreur de talents.

Rencontre avec le patron de F.Com

Paris, le 11 septembre 2001 - Le label de Laurent Garnier est devenu en un septennat le plus indépendant des labels électro français. Entre ses activités de DJ et de producteur, le meilleur DJ français ne peut tout assumer et c'est avec Eric Morand, co-fondateur et véritable directeur artistique qui a découvert St Germain, Shazz, Llorca ou encore Mr Oizo qu'il fait marcher F.Com. Rencontre avec ce dernier, découvreur de talents.

Eric Morand n'a pas la réputation d'un plaisantin. Au contraire, il serait un bon exemple de jeune dirigeant d'entreprise à montrer à tous ceux qui pensent encore que le monde de la musique électronique est peuplé de zombies habillés en kaki arborant une coupe de cheveux orange. C'est en sortant à la grande époque du Palace en 88, célèbre boîte parisienne, qu'il fait la connaissance de Laurent Garnier, qui mixe lors des soirées Pyramides. A l'époque Morand travaille chez Barclay et s'intéresse fortement à l'arrivée de la musique électronique en France. Leurs premiers contacts sont donc professionnels avant qu'une certaine sympathie puis une amitié durable ne les lient.

"After E, comes F"

Au début des années 90, Eric Morand est contacté par Fnac Music, désireux de s'ouvrir à la dance music. Ainsi naît Fnac Music Dance. Le pari est audacieux, surtout que les deux patrons décident de signer principalement des Français. Après l'audace, on frôle le suicide commercial. "La fuite des talents français me posait un problème, explique Morand, Garnier avait sorti son premier maxi en Angleterre et St Germain en Belgique. Je trouvais intéressant que ces artistes puissent avoir le choix entre signer à l'étranger sur une major ou un indépendant et sur un label indépendant français. Je voulais casser cet adage comme quoi les Français ne pouvaient pas avoir de succès hors de l'Hexagone." Les premiers amateurs de musique électronique possèdent tous les maxis de cette époque où Garnier s'enfermait en studio avec St Germain qui remixait Shazz. L'aventure Fnac Music s'arrêtera pour cause d'incompréhension entre la division dance et les responsables du label.

La transition entre le départ de Fnac Music et la création de F.Com en 97 se fait sans douleur : "Ce qui nous a sauvé dans cette histoire, c'est que tout le monde croyait en notre réussite, les artistes, les distributeurs et les gens qui nous entouraient. On s'est donc lancé." A partir de 93/94, les maxis et les albums qui sortent sur F.Com décomplexent la jeune scène française qui se nomme à l'époque Motorbass, Chriss The French Kiss qui deviendra plus tard Bob Sinclar, et les futurs Daft Punk. Même si le label a bien du mal à se reconnaître dans cette nouvelle vague française : "C'est vrai que l'expression French Touch a été utilisée pour la première fois en 93 pour notre label avec le slogan "we give a French touch to house". Paradoxalement, F.Com ne s'est jamais investi dans la French Touch quand celle-ci a explosé. Trop vulgaire sûrement pour ce label classieux.

Boulevard St Germain

La première vraie réussite commerciale du label est signée St Germain avec l'album Boulevard. Pour la première fois, un artiste underground rencontre le grand public grâce à sa fusion jazz et house music.

Parallèlement, le label se développe en accueillant de jeunes artistes comme Nova Nova, Ready Made, Llorca ou encore le trop sous-estimé A Reminiscent Drive. "Malgré le succès de nos artistes reconnus internationalement, tous les ans, c'est l'angoisse avec Garnier. Cette année par exemple, on sort sept albums et ce sont tous des premiers albums. Laurent Garnier n'a rien sorti cette année. On n'est pas sûr de notre chiffre d'affaire. Heureusement que New Comer de Llorca marche bien. Et puis, nous sommes un label indépendant mais de taille importante, nos concurrents sont les majors. Et tu t'aperçois qu'année après année, ton champ d'action se réduit. J'ai lu récemment que l'Olympia vient d'être racheté par Vivendi qui détient Universal. Si Laurent Garnier veut jouer encore une fois dans cette salle, le pourra-t'il ?"

On connaît l'histoire par cœur. Dès qu'un artiste signé sur un label indépendant vend beaucoup, les majors arrivent et raflent la mise. Ce fut le cas notamment avec St Germain : "Ça nous a mit un coup de pied au cul et obligé à réfléchir sur nos relations avec les artistes. Aujourd'hui, les artistes savent de plus en plus pourquoi ils sont sur F.Com. Et pour être honnête le label touche aujourd'hui un certain pourcentage sur les ventes actuelles de l'auteur de Tourist, normal quand on a participé au développement d'une carrière."

L'envol de Mr Oizo

Le plus gros coup de F.Com, le label le doit à un jean, une marionnette jaune et à un jeune producteur Quentin Dupieux alias Mr Oizo. "Ce qui est marrant avec Mr Oizo, c'est qu'au bout de 2 maxis, il est venu nous voir et nous a dit qu'il ne savait pas s'il voulait rester sur le label, nous arguant que sa musique était vraiment décalée par rapport à ce que nous produisions. Nous nous sommes séparés alors à l'amiable. Puis quelques mois plus tard, il revient nous voir avec Flat beat. Laurent et moi avons toujours été fans de sa musique, on a dit ok. Le contrat est signé fin février. Le maxi devait absolument sortir avant fin mars, pour être synchro avec la campagne de pub européenne du vendeur de jeans. Et soudain on s'aperçoit que toutes les majors avaient refusé ce titre. La suite tu la connais : n°1 en Angleterre et hystérie autour de Flat Eric. L'argent gagné a aussitôt été réinvesti sur Mr Oizo et pour le développement d'autres artistes." Et là, on reconnaît immédiatement l'état d'esprit du label : combien de labels se sont cassés la figure à la suite d'un tube en brûlant les bénéfices ? Beaucoup, mais pas F.Com. "En fait une partie des ventes de Mr Oizo nous sert de trésor de guerre en cas de coup dur !".

Après sept ans d'activisme musical, les majors sont-elles venues frapper à leur porte pour racheter le catalogue : "Non. Pour qu'elles viennent nous voir il faudrait qu'on soit dans la panade. Comme ce n'est pas le cas, on ne les voit pas. Et puis, on est tellement casse-bonbons, Garnier et moi, qu'ils ne veulent pas nous avoir dans leurs pattes. Ils préfèrent s'attaquer à nos artistes." Pour l'instant, hormis St Germain et Shazz, la plupart des musiciens de l'écurie préfèrent rester au sein du giron F.Com, preuve s'il en est, du respect apporté aux artistes.

Site de F.Com

willy.richert@rfi.fr