Les Moments importants de Véronique Sanson

La sortie simultanée d'une biographie de Véronique Sanson et d'une compilation des meilleures chansons ravira les fans de la première heure. Sur ce double CD, quarante de ses plus belles chansons avant la sortie courant 2002 d'une intégrale de ses albums remastérisés. Comme un palliatif au syndrome d'Icare.

Pour un artiste accompli, la compilation est souvent un objet de promotion à double tranchant. Bien sûr, il faut justifier d'un nombre de succès suffisant, mais être compilé peut aussi laisser penser que le meilleur est derrière soi. C'est un peu la question qu'on se pose ici. Pour Véronique Sanson, il s'agit déjà de la quatrième compilation.

Contrairement à l'album-hommage à Michel Berger D'un papillon à une étoile, vendu à 450.000 exemplaires en 1999, son dernier album studio Indestructible en 1998 n'a remporté qu'un succès d'estime. L'artiste doit pourtant continuer à exister discographiquement. D'où la raison d'être de la compilation ou du best of. On en cherche en vain ici la thématique pour finir par admettre qu'il s'agit là d'une simple chronologie des meilleures chansons de Véronique Sanson. Une période couvrant quasiment trente ans de carrière de la chanteuse, auteur et compositeur, grâce aux titres extraits de ses débuts (période la plus prolixe) avec l'album Amoureuse en 1972 jusqu'à Indestructible en 2000. Tout simplement ses plus belles chansons de Bahia à le Maudit en passant par Toute une vie sans te voir à Ma révérence.

Dans cette chronologie ne figure aucune chanson de l'album hommage à Berger. Si le choix s'est porté dans la grande majorité sur des enregistrements studio, deux chansons à peine sont en live, Seras-tu là, extrait du Zénith 93, magnifique texte que Michel Berger, alors en plein désarroi, lui avait dédié et que la chanteuse a repris sur scène depuis sa disparition, de même que Quelques mots d'amour extrait de l'album Comme ils l'imaginent. Dommage car l'on pourra regretter les très beaux lives notamment ceux du double album noir et blanc de l'Olympia 1976.

Que dire de cette (ultime ?) compilation sinon qu'elle vous refile le blues et la nostalgie des années 80, à force d'avoir trop partagé ses nuits blanches, écouté ses regrets amoureux, ses plaintes sur l'amour qui torture. En résumé, peu de surprises donc pour ceux qui connaissent le répertoire et suivent la carrière de Véronique Sanson, excepté toutefois ces trois inédits : Maria de Tusha (extrait de son second vinyle à l'époque des Roche Martin), Clapotis de soleil aux rythmes de bossa et Ça vous dérange, au son très rock américain, relégués en fin de compilation.

Doux dehors, fou dedans

Dans les librairies, sort également une biographie consacrée à la chanteuse dans laquelle on retrouve Véro dans sa grande maison de Triel, en région parisienne, là où trône le piano, son piano, au milieu d'un joyeux foutoir de disques et de cassettes, le tout pas vraiment rangé. Sur le mode de la conversion, l'auteur évoque avec la chanteuse sa petite enfance passée avec sa sœur Violaine, à réciter des poésies et faire ses premières gammes au milieu d'une famille de musiciens résistants. Puis très vite, à la sortie de l'adolescence, son premier groupe, les Roche Martin avec son inséparable sœur et François Bernheim, coachés par le tout jeune Michel Berger, leur ami d'enfance.

L'auteur Jean-François Brieu, qui a déjà consacré une biographie à Michel Berger connaît bien leur histoire commune. Leurs débuts chez WEA, lui comme directeur artistique, elle comme la jeune chanteuse en devenir, au vibrato si particulier "avec ces inflexions qui esquissent une sorte de blues à la française".

La scène comme exutoire

Puis cette fameuse fuite vers les Etats-Unis avec son nouvel amour, le musicien américain Stephen Stills, alors qu'elle est en pleine ascension artistique en France, laissant sa famille, ses amis, et surtout son mentor artistique Michel Berger, complètement déroutés par ce coup de sang. Dans le flot de détails anecdotiques (après tout n'est-ce pas le propre d'une biographie ?) dont cette recette du rouget aux lentilles, dont Véronique ôte les arrêtes à la pince à épiler..., surnage une vraie information : l'origine de son vibrato que certains disaient chevrotant (mais qui a su faire toute la différence). On la savait passionnée par les modulations de la chanteuse américaine Dionne Warwick mais l'on sait moins que dans les années 70, Véronique Sanson accompagnant son père au Japon, découvre, fascinée, le Takaratzuka, ce théâtre traditionnel japonais uniquement joué par des femmes déguisées en hommes ! "Un art infiniment intérieur que la chanteuse s'efforcera d'adapter à son propre chant", écrit Jean-François Brieu.

Le reste, pour ceux qui ne l'auraient pas vécu in situ, Véronique Sanson nous le confirme, la scène la terrorise. Elle avoue même que lors de l'un de ses fameux trous de mémoire, l'urgence de la situation lui fait remplacer "J'avais redéployé mes ailes" par... "j'ai eu besoin de tes bretelles", avant de ressortir vidée, presque dans le coma, comme après chaque représentation. Une biographie dans laquelle Véronique Sanson parle de ses doutes, de ses périodes de blocage, de cette page blanche qui s'éternise, ce "syndrome d'Icare" qui l'angoisse et la questionne douloureusement : "Ai-je encore des choses à dire" ? Avant d'ouvrir, en bonne vivante qu'elle a toujours été, une bonne bouteille de Bordeaux.

Véronique Sanson Les meilleurs moments (WEA)
Doux dehors, fou dedans (Editions JC Lattès).