Jean-Louis Aubert

Jean-Louis Aubert, avec Comme un accord, sort le plus abouti de ses albums. Après la sophistication de Stockholm, en 1997, Comme un accord revient à l'essentiel : une voix, des chansons, des instruments nerveux au service de l'une et des autres. Une production tellement maligne qu'elle s'efface avec classe. Vive la simplicité.

Le calligramme japonais

Jean-Louis Aubert, avec Comme un accord, sort le plus abouti de ses albums. Après la sophistication de Stockholm, en 1997, Comme un accord revient à l'essentiel : une voix, des chansons, des instruments nerveux au service de l'une et des autres. Une production tellement maligne qu'elle s'efface avec classe. Vive la simplicité.

" Si je n'avais pas créé Téléphone, j'aurais aimé, à l'époque, faire un album comme ça." Jean-Louis Aubert a toujours les cheveux longs, toujours la curiosité en bandoulière, toujours le sourire vrai. Pour parler de son tout nouveau Comme un accord, il se livre à un étrange jeu avec le temps : "Cet album me réconcilie beaucoup avec mon passé. Parce qu'il a de la fraîcheur, parce qu'il marque un retour à quelque chose de fluide, venu d'un jet. Je le vois presque comme un retour au début de Téléphone." Soit à un jour de 1976 où tout s'est joué... Ce jour-là, Jean-Louis a rappelé pour quelques concerts, les potes, encore adolescents, qu'il s'était fait cinq ans auparavant : Richard Kolinka en premier. Puis Corinne Marienneau. Et enfin, Louis Bertignac. Les deux guitaristes en herbe, Jean-Louis et Louis, s'étaient rencontrés en 1971 dans un magasin de disques près du lycée Carnot, dans le XVIIe arrondissement de Paris. C'était le lycée de Bertignac. Pour Jean-Louis, c'était Pasteur, à Neuilly.

Et puis, les routes avaient divergé. Semolina était né du premier duo Kolinka-Aubert. Quant à Bertignac, il était parti croiser le chemin de Valérie Lagrange et de Jacques Higelin… Mais en 76, enfin, ça y était : Comme un accord était peut-être ajourné pour vingt-cinq ans, mais la saga du plus grand groupe de rock français commençait. Elle ne s'achèverait qu'au bout de dix ans de franches tourneries.

Comme un accord est donc à la fois le premier et le dixième disque de Jean-Louis Aubert (cinq albums avec Téléphone entre 1977 et 1986, cinq autres en solo depuis 1987). Avec ce dixième tome, Jean-Louis referme la parenthèse expérimentale qu'avait constituée Stockholm en 1997 (trip hop, électro and co). Pour cet album 2001, le choix de Renaud Létang (déjà producteur de Manu Chao, Souchon ou Aston Villa) le laissait supposer. "Je l'ai cherché longtemps, ce producteur," souligne Jean-Louis. "Mais je suis tombé sur le meilleur. Je voulais faire un album simple, où toute la musique irait dans le sens de la chanson. Je voulais aussi qu'on puisse retrouver le bois des studios des années 1970. Comme mes idées de chansons ont attendu longtemps, elles sont devenues plus directes. Et Renaud Létang est assez sûr de lui pour ne jamais en faire trop".

Pourtant, cet album empli de tendresse, d'interrogations, de fragilité et de guitares, ne se donne pas à la première écoute. Il n'en est, ensuite, que plus précieux. Ses rythmes sont apaisés et nerveux, ses mélodies, toujours royales ("Il faut bien que j'aie une spécialité !") et la voix de Jean-Louis, toujours magique : cassée, aiguë, ado… Avec le zeste de rock sans lequel il ne serait plus Aubert. Écouter pour s'en convaincre le percutant Changer d'avis et sur tout l'album le travail impeccable de la section rythmique, Fabrice Moreau à la batterie, Laurent Vernerey à la basse ("Je suis tombé dans un nid de talents").

En tête de l'inévitable palmarès imaginaire que se dresse le critique musical, figure l'essentiel Commun accord ou l'impeccable mélodie d'un mec qui se met à nu pour retrouver un peu de sérénité. "Une histoire complètement vraie : tout ce que je raconte est arrivé", confie l'artiste. Le lyrique Voyager en soi-même et sa formule magique "Chercher le soliflore/ Au bout du soliloque" ne sont pas bien loin : "Je suis surpris", ironise Aubert, "que le thème de l'introspection n'ait jamais été traité depuis les surréalistes. La plongée sous-marine ou la planète Mars ne sont pas plus déconcertantes." Et puis il y a aussi l'émouvant Cette vie, "Une chanson déchirée, toute simple, que j'ai écrite au piano" ("Cette vie nous sépare/ Toujours un train au départ/ Un train de retard "...)

Aubert, trente ans de musique... Cela n'effraie pas Jean-Louis. Il en rit même : "Quand, à seize ans, j'ai écouté le premier disque d'Hendrix et que j'ai réussi à plaquer sur ma guitare trois de ses phrases, j'ai cru avoir fait la moitié du chemin. Je me donnais un an pour l'achever. Et je suis toujours, aujourd'hui, dans sa deuxième moitié… Je continue à découvrir des aspects de la musique : j'ai été émerveillé lors d'un voyage récent en Jamaïque. Et pendant l'enregistrement de Comme un accord, je regardais en boucle une vidéo des Beatles pour voir comment ils plaçaient leurs doigts… Entre cette cassette et mes nouveaux musiciens, tous jeunes, je suis retourné à l'école..."

En 1992, juste après la sortie de H (autre très grand disque), Jean-Louis me déclarait : "J'ai cherché à imaginer un album encore plus épuré. Si je pouvais finir par ne plus faire qu'une ligne comme les calligrammes japonais, ce serait parfait. Votre imagination ferait le reste." Aujourd'hui, près de dix ans après cet opus, Aubert persiste et signe : "Je n'ai plus repensé à cette phrase. Mais les choses auxquelles on ne pense plus finissent par arriver. Et Comme un accord est là... C'est peut-être pour ça que je suis ravi de cet album." Il est des fiertés tout à fait légitimes.

Jean-Louis Aubert Comme un accord 2001 (Virgin)