CAN 2002

Demain, samedi 19 janvier, sera donné le coup d'envoi de la 23e Coupe d'Afrique des Nations à Bamako au Mali. Pour l'occasion, c'est toute la scène musicale malienne qui s'est mise au diapason en chantant l'événement. Nous vous proposons un survol de cette production particulière et un coup de projecteur sur l'hymne officiel créé, non pas au Mali, mais à Paris, par le Franco-Congolais Passi.

Tous les hits de la Coupe d'Afrique des Nations

Demain, samedi 19 janvier, sera donné le coup d'envoi de la 23e Coupe d'Afrique des Nations à Bamako au Mali. Pour l'occasion, c'est toute la scène musicale malienne qui s'est mise au diapason en chantant l'événement. Nous vous proposons un survol de cette production particulière et un coup de projecteur sur l'hymne officiel créé, non pas au Mali, mais à Paris, par le Franco-Congolais Passi.

Le Mali au rythme de la CAN

Bien avant le coup d’envoi de cette 23e Coupe d’Afrique des Nations, elle a inspiré une myriade de musiciens maliens. Il y aurait plus de 200 titres évoquant cette compétition, chantés par une cinquantaine d'artistes, et non des moindres, puisque Rokia Traore, Oumou Sangare, Amy Koïta ou encore Neba Solo ont prêté leur voix à la gloire du ballon rond.

Impossible de traverser aujourd’hui Bamako, Sikasso, Kayes, Mopti ou Ségou, les cinq villes d’accueil des matchs de la CAN 2002, sans entendre un poste qui vibre au son des musiques de la CAN et du football. Les ondes du pays ne parlent que de cette compétition, les centaines de chanteurs et chanteuses du Mali aussi. Il faut dire que leur pays avaient besoin de tous les soutiens puisque beaucoup de voix se sont élevées pour dire que le Mali, un des pays les plus pauvres du monde, ne pourrait jamais organiser un tel événement. En revanche le pays est bien l’une des nations les plus riches musicalement parlant. La plupart des artistes maliens se sont donc spontanément mobilisés pour soutenir leur équipe, le Mali, le football africain, l’Afrique en général.

Le premier à avoir chanté la CAN 2002 fut Aliou Sam, dès le mois d’octobre 2000 ! Dans le style de l'ethnie haalpulaar (proche de celui du Sénégalais Babaa Maal), il faisait déjà l’éloge de la coupe d’Afrique au Mali deux ans avant le début des matchs. L’orchestre National du Mali, le BADEMA, créé il y a plusieurs décennies, a lui aussi enregistré sa cassette CAN 2002 assez tôt, mais « il n’y a jamais vraiment eu d’hymne officiel pour cette coupe. Toutes les chansons sont les bienvenues » souligne le président du comité d’animation du COCAN (le Comité Officiel d’Organisation de la Compétition), Modibo Keita. Le COCAN a tout de même pris le soin d’organiser l’enregistrement à Paris d’un album réunissant les plus grandes stars africaines et maliennes, telles que Rokia Traore, Youssou’n’Dour, Papa Wemba, Passi (cf. article ci-dessous) mais la cassette vient tout juste d’arriver à Bamako.

Entre octobre 2000 et fin janvier 2002, celui qui a atteint son but et marqué le plus de points reste pour l’instant Neba Solo. Son titre CAN 2002, chanté en bambara et en français, et qui mêle son mythique balafon de la région de Sikasso avec des beats plus modernes, caracole sur toutes les ondes et à la télévision depuis cet été.

Souleymane Traoré, dit Néba Solo, est originaire du sud du Mali, de la région de Sikasso (qui accueillera entre autres les matchs de la Côte d’Ivoire et du Cameroun).  Fils d’un balafoniste réputé, il s’est vite forgé la réputation d’être «un génie du Balafon»en particulier à cause de l'incroyable vitesse de son jeu. Son groupe (deux balafons, deux baras, la percussion traditionnelle senoufo, un karignan, un titiara et deux danseurs hallucinés) se produit dans les boîtes de nuit comme sur les places de villages. Il a détrôné Oumou Sangaré au titre de Meilleure formation nationale en 1996. Le succès de CAN 2002 lui aura permis de s’imposer définitivement dans le cœur des Maliens.

Les Aigles du désir

Patriotisme oblige, la plupart des baladins du ballon rond chantent pour encourager leur équipe, les Aigles du Mali. C’est le cas notamment du reggaeman Askia Modibo, ancien militaire qui a «rendu son tablier» mais qui n’en reste pas moins patriote et a tout simplement intitulé son album Les Aigles. La pochette indique d’ailleurs qu’il a été produit par le Comité de Soutien aux Aigles Du Mali. Sur cette cassette, le chanteur appelle ses joueurs à «gagner de la dignité, jouer dans la dignité !». Les chœurs féminins reprennent en chantant : « Jouez pour la victoire ».
Oumou Sangaré, elle aussi a voulu se joindre au concert musico-footbalistique du moment pour encourager l’équipe et le pays. Elle s’affiche d’ailleurs dans tout Bamako avec un ballon dans les mains. L’une des plus célèbres voix du pays chante donc la bienvenue aux joueurs (la Puissance) et parle du moussowla diala, le foulard que les femmes nouent autour des reins des joueurs pour leur porter chance. Les femmes sont d’ailleurs nombreuses à avoir chanté pour les footballeurs. Fantani Touré, l’organisatrice des animations de la cérémonie d’ouverture, a réuni une quarantaine d’artistes (dont une bonne partie de griots et griottes) pour souhaiter la bissimila, la bienvenue au Mali car si la plupart des artistes n’oublie pas de saluer l’équipe nationale, tous louent l’ensemble des pays participants.

La diatiguiya, l’hospitalité malienne

Tous les chanteurs répondent à l’impérative diatiguiya, l’hospitalité à la malienne décrétée par le président de la République, Alpha Oumar Konare, qui veut que les Maliens soient supporters des quinze autres nations pendant la compétition. Le reggaeman Ladji Kolosi a même mis en musique les paroles de l’auguste président (comme le fit son homologue ivoirien Alpha Blondy avec un discours de Félix Houphouët-Boigny il y a quelques années). Sur un rythme vaguement reggae, le président «chante» : « Nous souhaitons tous que les Aigles du Mali aillent le plus loin possible mais pas dans la tricherie, pas dans la violence, pas dans l’anti-jeu, pas dans le comportement anti-sportif. Il ne faut pas que les stades soient vides quand les autres jouent et pleins quand le Mali joue. Il faut que cette coupe soit belle car ce sont les meilleurs joueurs du continent qui seront là. Souhaitons la bienvenue aux quinze équipes invitées.»

De nombreux artistes inspirés par cette CAN 2002 en profitent pour chanter l’unité africaine, l’Afrique en général et l’esprit sportif africain en particulier. C’est le cas par exemple de Kalory Sory qui répète «Nous voulons marquer un but, le but de l’union africaine».

Enfin, les rappeurs maliens ont eux aussi décidé de participer à cette fête : Les Magic Black Men ont sorti une cassette CAN 2002, les Escrocs ont animé de nombreux concerts de rue avec les supporters et ont eux aussi concocté leur hymne à la CAN (pas vraiment rap d’ailleurs). En revanche, les Tata Pound attendent la finale pour écrire. Pour Mamadou Dicko, alias One Dixon, un des chanteurs, « il vaut mieux attendre la fin de la CAN pour pouvoir avoir un message vraiment intéressant. Nous respectons vraiment ceux qui chantent l’unité africaine et appellent à éviter la violence. Mais nous préférons nous situer dans une perspective d’analyse de l’événement avec du recul ». L’inspiration est donc loin d’être tarie.

Elodie Maillot

PASSI PRODUIT L'HYMNE OFFICIEL DE LA CAN

Une brochette de stars africaines a créé l'hymne de la Coupe d'Afrique des Nations de football. A cette occasion nous avons rencontré Passi, qui a produit et réalisé le projet.

Quelle est la "genèse"¹ de Mali 2002, l'hymne officiel de cette CAN ?
C'est un morceau qui m'a été demandé voici un mois par le site africafoot.com qui s'était rapproché de Papa Wemba. C'est une chanson qui a été faite dans l'urgence pour être fin prête mi-janvier. On a eu la participation de Cheb Mami, Papa Wemba, Rokia Traoré, Femi Kuti et Youssou N'Dour, des artistes reconnus dans le monde entier et qui représentent chacun la culture d'une des nations qualifiées à cette CAN.

Comment s'est déroulé l'enregistrement ? Vous-vous êtes tous retrouvés ensemble à faire la fête en studio ?
En fait pour les voix, vu le planning de chacun, la rencontre ne s'est faite que virtuellement, sur bandes. J'ai réalisé toute la partie musicale avec Nico qui travaille avec moi sur Bisso na Bisso. Chacun a ensuite chanté sur cette rythmique, c'est comme cela que l'on a réalisé ce Mali 2002.

Ce morceau est-il dans la lignée de ce que vous réalisez avec Bisso ? Y a t'il un lien avec vos "racines"² ?
C'est mon goût pour la musique africaine. Dans Bisso, chacun des membres du groupe s'investit dans de telles opérations. Il y en a que l'on retrouve sur des projets antillais ou africains. C'est mon échappatoire à moi, toujours pour réaffirmer mon côté "enfant de la musique africaine".

Vous allez jouer ce morceau sur scène lors de l'inauguration de la CAN ?
On jouera ce morceau tous ensemble lors de la cérémonie d'ouverture, le 19 janvier, puis on se produira le soir en concert et chacun interprétera un ou deux titres avant de se retrouver pour ce Mali 2002.

Que représente le football pour vous?
Le football, c'est mon délire à moi, je suis "fou d'ball". C'est pour moi le jeu, le pari, la beauté, la technique.

Le football africain, vous connaissez ?
Un peu, mais je vais surtout le découvrir durant la compétition, je vais rester une semaine au Mali. Ensuite je dois rentrer en France car la compilation de mon label Issap Productions, Dis l'heure 2 rimes, est sortie et j'ai une tournée en préparation.

Foot et musique, c'est une association importante en Afrique ?
Ceux qui font de la musique adorent le foot, ceux qui font du foot adorent la musique. Et les Africains adorent les deux. Ce sont deux cultures qui se complètent à merveille.

Pierre René-Worms

¹Titre de l'album de Passi (2000)
²Titre de l'album de Bisso Na Bisso (1999)