Christophe en suspension

On appelle cela une résurrection : vingt-cinq ans que Christophe n'était pas monté sur une scène. Un évènement en soi pour le landerneau parisien des médias et pour notre mémoire. Lui, le rital expurgé des années yé-yé, reconverti aux bidouillages électroniques, s'est produit à l'Olympia le 11 mars. Comme l'instant fragile de nos retrouvailles.

Le retour du dernier des Bevilacqua

On appelle cela une résurrection : vingt-cinq ans que Christophe n'était pas monté sur une scène. Un évènement en soi pour le landerneau parisien des médias et pour notre mémoire. Lui, le rital expurgé des années yé-yé, reconverti aux bidouillages électroniques, s'est produit à l'Olympia le 11 mars. Comme l'instant fragile de nos retrouvailles.

Soir de générale à l'Olympia. Echauffourées à l'entrée. La foule des happy few qui piétine d'impatience boulevard des Capucines, prend conscience que ce soir-là est un grand soir. Le dernier des Bevilacqua quitte l'ombre pour entrer dans la lumière. Pas les lumières vertes du music-hall, non, celles du théâtre. Chevelure platine devant l'harmonium (d'église), dos au public, Christophe entame ses disgressions lyriques sur des poèmes de Nico: "Elle dit, elle dit, elle dit, elle dit..." qui ouvre son dernier album Comm' si la terre penchait.

Une voix, une atmosphère

Voix terriblement androgyne, traqueuse aussi certainement. Dans une cage sans barreaux, l'accordéoniste, Daniel Mille, occupe l'espace. Derrière lui, un immense voile, et en tranparence, les dix musiciens. A 56 ans, le personnage, qui verse ces derniers années dans le mystique, se devait, pour son retour à la scène, d'être à la hauteur de ses ambitions. Il a assez dit et repété que ce qui l'importait par dessus tout, c'était la lumière et le son. Pari tenu grâce à deux hommes venus du théâtre et de l'opéra, Vincent Boussard à la mise en scène et Alain Poisson aux lumières. Profil géant du chanteur en incrustation, l'interprétation que Christophe fait de Ces petits luxes, tient du sublime. Titre dont les textes revient à la chanteuse Elisa Point (avec trois autres), qui, à la surprise du chanteur, le connaissait si bien que l'entente fut parfaite. Etrange collaboration qui a laissé sur le carreau des prétendants paroliers comme Marco Prince de FFF ou Katerine. (Bravo Elisa !).

Des chansons, des souvenirs

Sur fond de stores vénitiens, et alors que personne (mais alors, personne) ne l'attendait de sitôt, Christophe lâche : "J'avais dessiné sur le sable...". Avouons-le, on était venus aussi un peu pour entendre ça. Ça, c'est Aline, la chanson qui lui colle à la peau, écrite en 1965. Un 45 tours vendu à plus d'un million d'exemplaires et qu'il ne renie pas, loin de là. Une seconde partie dans laquelle Christophe se lâche et quitte son allure pour le moins contractée du début. Avant de revenir sur les titres du dernier album, Voir ou J'aime l'ennui et de passer à Succès fou (hou, hou, hou) de 1983 ou encore La petite fille du 3ème (1971), de périodes différentes, sans qu'il n'y ait de véritable cassure musicale dans l'unité du spectacle. Changement de décor : de gigantesques pin up accrochées aux gratte-ciel de New York le surplombent. "Je suis là avec vous, comme un fantôme, mais avec vous" souffle Christophe. Ce sont ses premiers mots. Il nous tarde à tous qu'il les colorie. Qu'il se plonge avec avidité, et nous aussi, dans Les paradis perdus écrit en collaboration avec Jean-Michel Jarre en 1973 alors qu'ils partageaient la même maison de disques.

Un mythe

Magique ! Senhorita puis Comme un interdit avant de lancer : "Je suis resté dans le silence pour vous parler, mais j'espère que vous l'aurez compris" avant d'enchainer sur les Marionnettes, cette bluette au contenu pour le moins décalé quelques 37 ans plus tard. Enfin une palmeraie balayée par les vents chauds et ce sont les première notes des "mots bleux, ceux qu'on dit avec les yeux" réorchestrée très, mais très rockn'roll. Mais seules les premières notes car "les Mots" sont très vite mixés avec le Dernier des Bevilacqua, sous un déluge torrentiel de lumières bleutées. Du grand Christophe. La salle entière de l'Olympia se lève pour une ovation. Calmement, celui qui ne dort jamais la nuit enlève ses lunettes teintées, lui qui rarement les quitte, nous montre ses yeux un court instant, puis les cache à nouveau. Très rock star. L'angoisse forcément dissipée après l'échéance accomplie, l'artiste prend sa guitare et joue Petite fille du soleil, visiblement soulagé, offrant ainsi plus d'émotion. Comme un hommage au cinéma qu'il aime tant, c'est sur grand écran noir que défile le générique d'une soirée particulière. On a crié, crié, Christophe, pour qu'il revienne.

Comm' si la terre penchait (Mercury Universal 2001)
Best of (Sony Dreyfus 2002)