Les Primeurs de Massy 2002

Pour sa cinquième édition, qui vient de se dérouler du 30 octobre au 2 novembre, retour sur ce rendez-vous des musiques chantées de Massy, en région parisienne, qui a la particularité de programmer de jeunes artistes n'ayant à leur actif qu'un seul et unique album. Ou la scène comme valeur de test.

Le cru des premiers albums

Pour sa cinquième édition, qui vient de se dérouler du 30 octobre au 2 novembre, retour sur ce rendez-vous des musiques chantées de Massy, en région parisienne, qui a la particularité de programmer de jeunes artistes n'ayant à leur actif qu'un seul et unique album. Ou la scène comme valeur de test.

Ils sont là pour ça. Faire leur preuve sur scène devant un vrai public mais aussi et surtout défendre leur premier album, avec ses qualités et ses imperfections devant des producteurs de spectacles, des éditeurs ou des tourneurs. Un évènement créé dans le but d'attirer l'attention des médias sur ces débutants. Sous l'impulsion de ses créateurs Olivier Poubelle, producteur de spectacle (Astérios) et Christian Maugein, programmateur depuis 10 ans à Massy, cette nouvelle édition, un peu à l'écart des sunlights parisiens, et dans une ambiance moins empesée qu'ailleurs, n'aura pas déçue.

Premières scènes donc pour les ballades folk du Sénégalais Diogal, l'aérien Donzella, les gamineries de Camille, la chanson cabaret  d'Oshen, le cynique Roméo, le bastringue de David Lafore, la soul de Malia, la gouaille de Barsony, le troubadour Alexis HK ou le rock industriel de Prohom. Au total une vingtaine d'artistes, cinq sur deux scènes différentes chaque soir, se sont produits avec en ligne de mire le désir de convaincre.

"La barrière du premier album est une attention qui m'est chère, car ce sont des choses mûries depuis longtemps, où l'artiste s'est dit à un moment : je revendique ma création, je la mets sur une rondelle de plastique. Il y a souvent une charge émotionnelle très personnelle, où ils mettent tout en oeuvre pour arriver à leurs fins" souligne Christian Maugein. Si "barrière" il y a pour se produire à Massy, ce doit être celle d'un premier album, dûment produit par une maison de disques, avec une distribution nationale.

Le folk sénégalais de Diogal

L'un des premiers à monter sur les planches est le Sénégalais Diogal, dont les ballades en wolof et la sérénité qu'il dégage ont su charmer le public du centre culturel Paul Bailliard. Dans la même mouvance folk qu'Ismaël Lô ou Cheikh Lô, Diogal est un Lébou, une ethnie de pêcheurs dont il tire l'inspiration de ses chroniques sociales acoustiques. Sorti en avril dernier, son premier album "Samba Alla" (Mélodie) réunit des musiciens tels que Didier Malherbe, Jean-Philippe Rykiel, Vincent Segal et Wasis Diop et s'est déjà vendu à 10 000 exemplaires dont 3 000 à l'export. Un Diogal qui ne perd pas de temps puisqu'il a été sélectionné par l'Académie Charles Cros qui doit rendre ses délibérations ces prochains jours après avoir été finaliste du concours RFI Musiques du monde. La relève de la chanson sénégalaise parait assurée. <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" />

On aura bien aimé aussi Donzella, Emmanuel de son prénom, qui sur des tempos brésiliens joue la carte du tendre cynique avec une aisance scénique déconcertante. On dit que Pascal Obispo aurait carrément flashé sur lui, devenant même son éditeur. Habitué des planches avec une carrière entamée au théâtre et au cinéma, ce Corse de 33 ans se lance dans la chanson avec flegme et bonheur grâce à un premier album éponyme (Island/Universal) réalisé par Jacques Ehrhart, l'homme qui a officié sur le dernier album d'Henri Salvador. Ses chansons gag font mouche à chaque fois et même son cabotinage lui est pardonné.

David Lafore cinq têtes.

Le quintet bien nommé David Lafore Cinq Têtes, venu de Marseille, est un peu dans la même veine que les Têtes Raides l'humour et le détachement en plus. Vite oubliée, la fausse entrée en caleçon mou, de mauvais goût, et David se rattrape avec ses histoires de "mec jaloux mais qui l'assume pas" ou de "fleur de rond-point, fleur municipale"  sur des sonorités jazzy. Certains voient déjà en lui un fils spirituel de Boby Lapointe, eu égard à ses textes égrillards.

La très bonne surprise viendra de Prohom. Energique, sombre, violente parfois, avec des images vidéo souvent crues, la prestation du lyonnais Philippe Prohom, avec ses mots qui cinglent sur les gentils pédophiles, la meilleure façon d'aimer ou l'alcool comme seul ami aura titillé, intrigué et au final fait l'unanimité. Soutenu par une batterie omniprésente, un guitariste et une boîte à rythmes, l'artiste empreinte beaucoup au théâtre, pour lequel il a composé par le passé. Prohom apparaît comme l'une des révélations de ces Primeurs et sa maison de disques Polydor ne s'y est pas trompée en le signant pour son premier album à la couleur rouge sang. Coup de chapeau au passage à l'organisation pour les cinq minutes à peine entre la fin d'un concert et le début du suivant.

Oshen a au moins un point commun avec son prédécesseur, elle sait occuper le terrain. Robe grenat et bottes à mi-cuisses, la jeune chanteuse parisienne, exilée à Marseille depuis cinq ans, ne doute pas un instant. A 25 ans, Oshen met la sensualité en avant "viens-là, viens-là, je t'ajoute à ma liste, contre mon cœur capitaliste" sur de la musique électro et des textes de sa composition sur les déclinaisons de l'amour et le rapport à l'autre. Quand elle ne se lasse pas d'alimenter la guéguerre entre marseillais et parisiens.

Tout comme David Lafore et Orchestre de la lune, elle fait partie des rares artistes présents ce week-end à n'avoir qu'une auto-production en poche sous le bras. C'est donc avec peu de moyens et beaucoup d'énergie que Océane, devenue Oshen, a travaillé à sa maquette dans un home-studio du quartier de la Plaine à Marseille. Connue et reconnue dans la cité phocéenne, il lui reste à conquérir la capitale. Cela ne devrait être qu'une question de mois, au vu des tractations de fin de soirée. 

Une minutieuse sélection

Pour arriver à ce cru 2002, les organisateurs de Massy ont vu plus d'une centaine d'artistes, ont écouté des dizaines de premiers albums. Si plusieurs genres co-existent, comme le jazz-soul ou la pop électronique, et que celui de la chanson émerge du lot, "c'est parce que la production cette année en chanson était meilleure, et que l'on observe des cycles, avec un petit creux sur les musiques du monde" explique Olivier Poubelle.

Même si le genre chanson est pris au sens le plus large : "entre Paddam, Avril et Prohom, nous sommes dans des esthétiques radicalement différentes" tempère Christian Maugein. De fait, la cohérence dans la programmation évite les redondances comme celle qui serait de jouxter Vincent Delerm et Jeanne Cherhal, tous deux officiant dans la formule piano-voix. Un Vincent Delerm dont il est clair qu'il figure ici comme la réelle tête d'affiche de cette cinquième édition des Primeurs de Massy. La programmation, bouclée en juillet, ayant précédé son succès fulgurant.

Quand à Roméo, la nouvelle signature de Tôt ou Tard, il a le désavantage d'être comparé soit à un nouveau Dutronc (en moins bien), soit à un futur Nino Ferrer. Bon mélodiste, on retiendra notamment sa chanson vérité "Les années S.I.D.A. SID" ou "Petite conne", formatée pour la radio, ou encore "Non, Non, Non" qui donne le titre à son premier opus.

Camille l'effrontée

Camille, elle, joue les effrontées sur scène, suivant en cela son premier album aux textes acidulés et un peu répétitifs "Le sac des filles" (Source). Un trait commun à tous ces artistes est leur décontraction scénique qui les classe d'emblée hors de la case débutants. Or, les Primeurs de Massy ont vocation à être un tremplin pour accéder à la marche supérieure. On ne peut qu'espérer les y retrouver dans ces grands festivals que sont Le Paléo de Nyon, Art Rock de St Brieuc, Paroles et Musiques de St Etienne ou encore sur les  Scènes nationales de Sète ou Mâcon qui ont fait le déplacement à Massy pour leur future programmation. C'est tout le mal qu'on leur souhaite.