Philippe Lavil

Après un détour du côté des ballades sur son précédent CD Ailleurs, c’est toujours l’idéal, Philippe Lavil signe un nouvel album au titre évocateur : Retour à la case créole. S’il a toujours chanté les îles, le chanteur n'a jamais autant revendiqué ses racines qu’avec cette nouvelle livraison, tout en biguine et en bossa. Arrangements ensoleillés, participations antillaises de Marie-José Allie and Kwin, le fils de Béké s’offre un véritable retour au sources.

Cap sur les Caraïbes

Après un détour du côté des ballades sur son précédent CD Ailleurs, c’est toujours l’idéal, Philippe Lavil signe un nouvel album au titre évocateur : Retour à la case créole. S’il a toujours chanté les îles, le chanteur n'a jamais autant revendiqué ses racines qu’avec cette nouvelle livraison, tout en biguine et en bossa. Arrangements ensoleillés, participations antillaises de Marie-José Allie and Kwin, le fils de Béké s’offre un véritable retour au sources.

Retour à la case créole, cela sous-entend que vous vous étiez éloigné de cette fameuse case créole ?!
Peut-être un peu. Même si, sur les albums précédents, j’ai toujours fait ce que j’avais envie de faire, c’est vrai que je ne m’étais pas tellement penché sur toute cette musique caribéenne. Je l’avais vraiment abordée il y a deux ans, en produisant un album de Marie-José Alie qui n’est cependant pas sorti. Il faut d’ailleurs que je m’en occupe un jour... Mais c’est vrai que je ne suis jamais allé aussi près de mes racines. Même avec Kolé Séré qui étais un peu européanisé. Pour Retour à la case créole, mes collaborateurs Elizabeth Anaïs et Dominique Fillon m’ont poussé à aller tripoter un peu mes racines. Toutes ces mazurkas, la biguine... C’est quelque chose que je sais chanter, que j’ai dans mon sang. Je ne suis pas particulièrement doué pour le faire, mais étant né là-bas, ça m’est forcément plus facile que si j’étais parisien ou breton.

Cet album est pour vous à une sorte de "recentrage" ? Une manière de faire de la musique en tant que martiniquais, et non comme un métropolitain d’adoption ?
Je ne me suis pas posé la question. On a essayé d’être le plus authentique possible. Mon enfance est là-bas, comme mon adolescence et une partie de ma vie d’adulte. Retour à la case créole n’est ni plus ni moins ce que je sais faire, ce que j’aime. Même si j’ai chanté un jour un rock’n’roll parce que j’avais envie de m’appeler Johnny ou Eddy ! (rires) Il n’y a pas de réflexion, de stratégie derrière cet album. Il me semble avoir interprété des chansons qui me ressemblent. Si ça se ressent, ça signifie que mon travail est compris, ce qui est agréable !

Vous avez l’impression d’avoir été incompris, pris pour une personne qui répétait à loisir une formule de "chanteur exotique ?
Je n’ai jamais répété une formule, mais on m’a catalogué "chanteur exotique". C’est justement la raison pour laquelle j’ai voulu à un moment faire des ballades et mettre dans mes chansons les diverses influences que j’avais reçues, de Cabrel aux Anglo-Saxons. Certaines de mes chansons ont dressé une caricature de mon personnage dont je devais m’éloigner pour exister pleinement. Je ne peux pas continuer à chanter toute ma vie - parce que j’ai bien l’intention de chanter le plus tard possible - Elle préfère l’amour en mer : cette chanson à certes super bien marché, malgré moi, mais ce n’est pas moi ! C’est un bienheureux incident de parcours, sur le plan financier en tous les cas, mais j’avais beaucoup de mal, à l’époque, à défendre cette chanson-là. D’un autre côté, je ne peux pas traiter les 700.000 personnes qui ont acheté le disque d’imbéciles !

Cet album en revanche vous correspond totalement…
Tout à fait ! C’est moi ! De Pêcheurs d’éponges à Sous les moustiquaires ! Il y a un petit bout de moi dans chaque titre. On m’a d’ailleurs dit à ce sujet que je devenais impudique ! C’est vrai qu’aujourd’hui, j’arrive à trouver les mots pour exprimer des choses intimes. Sans non plus tomber dans le mielleux.

On ne peut pas reprocher à cet album d’essayer de flairer l’air du temps, de se montrer opportuniste. Quel rapport entretenez-vous avec l’industrie du disque où le formatage est chose fréquente ?
Je m’en tape totalement ! Je me fais plaisir en écrivant mes chansons, je n’ai pas l’impression de travailler. Quand on travaille depuis deux mois sur une chanson, et que l’on finit par trouver les quatre mots qui manquent, c’est une sensation formidable ! Une satisfaction… Si un jour on me dit 'il faut faire comme ça', j’arrête, je change de métier ! Je pense qu’il faut faire les choses avec bonheur. Quand c’est le cas, ça transpire, les gens voient qu’on y a mis son cœur.

Votre image de gentil chanteur de variété, qui vous colle à la peau, ne détourne-t-elle pas le propos d’un album comme Retour à la case créole ?
J’ai vécu avec. Ça m’a pesé. D’autant que certaines personnes, pour lesquelles j’ai du respect et quelques fois de l’admiration ne voient pas toujours mon travail d’un œil clément. Je me souviens d’un journaliste qui avait une idée très surfaite de ce que j’étais et qui a changé d’avis après m’avoir rencontré. J’en étais enchanté et en même temps, je lui en voulais un peu d’avoir méprisé le bonhomme pendant des années, simplement parce qu’il en avait une idée préconçue. Je pense que ça sera difficile de faire oublier cette image de chanteur de variétés -voire 'variétoche'. Je n’ai rien contre la variété, au contraire : c’est une chance de pouvoir en faire. Mais il arrive un moment où on a envie de donner une image plus proche de ce que l’on est vraiment. Et ça, ça ne va pas être simple ! Mais je sais qu’on va y arriver. Parce que je suis conscient d’avoir fait un bel album (sourire). C’est fou ! Je vais même vous faire un aveu : je l’écoute de temps en temps ! Quand je fais 200 kilomètres en bagnole par exemple… Et puis ça me permet de me remettre les chansons en tête et de voir les éventuelles erreurs que j’ai pu faire.

Ça signifie que vous êtes effectivement devenu impudique !
Tout à fait. Je me lâche, ça y est ! A cinquante balais et des poussières, ça fait un peu révélation. (rires)

Vous avez à cœur que le public vous (re)découvre ?
Oui ! C’est une vraie envie qui frise d’ailleurs le besoin. Je serais horriblement déçu de passer à côté de ça. C’est un rendez-vous que je donne, alors j’aimerais bien qu’on y vienne ! D’autant que les gens changent en général d’avis quand ils viennent aux concerts, car ils ne savent pas que je fais aussi des chansons 'sérieuses'.

Retour à la case créole (BMG/RCA)