Ils chantent Barbara

Plus que jamais, cinq ans après sa disparition, le répertoire de Barbara revit sur scène. Après Marie-Paule Belle qui tourne avec succès depuis deux ans, puis le jeune Mathieu Rosaz à Paris début novembre, c'est l'accordéoniste Roland Romanelli et la chanteuse Ann'So qui ont associé leur amour de la Longue Dame brune pour créer Ma plus belle histoire d'amour… Barbara, un disque puis un spectacle. Bouleversant.

Ann'So, Roland Romanelli et... Barbara à l'Européen.

Plus que jamais, cinq ans après sa disparition, le répertoire de Barbara revit sur scène. Après Marie-Paule Belle qui tourne avec succès depuis deux ans, puis le jeune Mathieu Rosaz à Paris début novembre, c'est l'accordéoniste Roland Romanelli et la chanteuse Ann'So qui ont associé leur amour de la Longue Dame brune pour créer Ma plus belle histoire d'amour… Barbara, un disque puis un spectacle. Bouleversant.

Lui, Roland Romanelli, a une longue histoire intime et musicale avec Barbara. Musicien, compositeur, arrangeur, il a accompagné son parcours de 1967 à 1986. Elle, Ann'So, est une jeune artiste au large sourire, au tempérament fantasque et surtout, à la voix somptueuse. Depuis une dizaine d'années, elle se fraie un petit chemin sur la scène musicale, souvent sous la houlette du compositeur Fabrice Aboulker : chanson (un album en 94 et moult singles), une comédie musicale (Ali Baba en 2000), un peu de cinéma. Un jour, Roland Romanelli entend Ann'so chanter Le Mal de vivre à la radio. Déclic.

Fin septembre 2002, sort le disque Ma plus belle histoire d'amour… Barbara , à la pochette d'une rare élégance, façon fifties. Treize titres, enregistrés avec le Bulgarian Symphony Orchestra et réalisés par Fabrice Aboulker. Le résultat est émouvant, privilégiant un certain lyrisme porté par la voix d'Ann'So en phase totale avec les textes de Barbara. Romanelli guide habilement sa jeune partenaire sur les traces de la chanteuse disparue il y a juste cinq ans et arrange ces chansons qu'il connaît tant pour en avoir composé certaines (A peine).

Depuis le 14 novembre, le disque est mis en scène par le chorégraphe Bruno Agati dans le petit théâtre parisien, l'Européen, mis en lumière par le maître du genre Jacques Rouveyrollis et produit par Victor Bosch (Notre-Dame de Paris). Jusqu'au 31 décembre, puis probablement en tournée, Ann'So et Roland Romanelli rendent hommage à Barbara dans une tonalité fort différente de celle du disque. Ici, point d'orchestre, seuls un piano, un accordéon et une voix. Ann'So donne toute son âme dans les titres les plus gais et les plus douloureux (magnifiques versions de Nantes ou de La Solitude). Mais le récital devient vite une vraie pièce où la jeune chanteuse interpelle ici et là le musicien sur ses souvenirs avec Barbara : la rencontre, l'écriture, les facéties d'une femme espiègle, la révoltée face aux crises du monde, l'amoureuse... Le dialogue s'instaure d'où surgit soudain la voix de Barbara ! Bouleversante surprise. Ces extraits d'entrevue sont comme intégrés à la discussion et ponctuent un spectacle si proche d'une chaleureuse soirée avec Barbara, où l'on rit et l'on pleure. La singularité du spectacle est en fait là : le duo Ann'So/Romanelli est en fait un trio...      

Il y a quelques jours, ils nous ont raconté cette aventure, faite de souvenirs pour lui, de découvertes pour elle :

Roland, qu'est-ce qui a retenu votre attention quand vous avez un matin entendu Ann'So à la radio ?
Romanelli : C'est la première fois que j'entendais chanter Barbara avec autant d'émotion, de subtilité (Ann'So se pâme…). Oui, c'est vrai, j'ai trouvé ça formidable, j'ai entendu beaucoup de spectacles sur Barbara mais aucun ne m'avait fait cet effet. Ce fut une belle journée pour moi.

Avez-vous trouvé des similitudes ?
R : Non, mais je retrouvais cette ambiance et cet esprit si particulier. C'est ce qui me plaisait. Elle est très proche des textes.

Ann'So semble effectivement chanter ce répertoire avec beaucoup de facilité, non ?
R :
On pourrait croire que ces chansons sont faites pour elle, c'est ce qu'il en ressort quand on l'écoute et quand je l'accompagne surtout. Et j'ai eu un plaisir immense à l'accompagner.
Ann'So : Elle avait, comme moi, commencé par le chant classique et c'est vrai qu'après ça, se mettre à la variété traditionnelle avec un tempo, trois, quatre, et des mélodies plus linéaires, c'est très différent. Alors que les mélodies de Barbara, c'est de la dentelle, ça monte, ça descend, sans tempo, ça joue sur les accélérations, les ralentissements. C'est ce que j'aime.


Comment s'est effectué le choix des chansons ?
R :
Nous avons écouté toutes les chansons de Barbara et Ann'So a choisi.
A : Certaines m'allaient plus ou moins bien vocalement parlant.
R : Et certaines chansons ne peuvent être chantées que par elle…
A : …comme Ma plus belle histoire d'amour. On a donc appelé l'album comme ça mais on ne voulait pas la faire sur scène. C'est tellement à elle et à son public. On a choisi aussi les chansons qui parlaient d'amour et symbolisaient son itinéraire, sa naissance, son milieu, son évolution, sa dégradation et sa fin.

Du coup, ça fait un ensemble plus ou moins connu ?
R :
Oui, mais même les moins connues du disque ont toujours existé sur scène. Nous les chantions souvent. D'ailleurs, avec Barbara, il était très difficile de rajouter ou d'enlever des chansons dans le conducteur du spectacle. Le choix était toujours douloureux.

Pourquoi n'avoir enregistré qu'une version instrumentale de l'Aigle Noir ?
A :
Patricia Kaas l'avait fait récemment, à sa façon. De plus, sur scène, Roland la joue, dans un moment très spécial. Et c'est une chanson très à part dans son répertoire. C'est un tube et on avait envie d'en faire découvrir d'autres.
R : Moi j'ai le sentiment que chanter l'Aigle noir, c'était aussi un peu la facilité.
A : Et on en a choisi des rigolotes parce qu'il y a des petits monuments d'humour.

L'humour était une facette méconnue chez Barbara, n'est-ce pas ?
A :
Oui, c'est ce qu'on a voulu montrer dans le spectacle, pas seulement le côté mystérieux, mais on voulait révéler la femme vivante et pleine de loufoquerie.
R : Telle qu'elle était en réalité, très drôle.

Pourquoi ce grand orchestre sur le disque ?
A (à R.) :
Toi, tu me disais qu'elle n'a jamais vraiment mis de cordes, elle n'aimait pas trop ça.
R : Elle ne les a utilisées qu'avec Michel Colombier sur les albums l'Aigle Noir (70) ou le Soleil Noir (68). Avec lui, elle se sentait en confiance et se sentait enveloppée. Mais c'est vrai que Barbara adorait les arrangements minimalistes. Ça se sentait bien sur scène, on était deux puis trois avec Gérard Daguerre dans les années 80. Mais même lui ne jouait du piano que quand elle se levait. C'était courageux pour un musicien d'accepter ce 'deal'.

C'est un chorégraphe qui vous met en scène. Sur scène, Barbara bougeait d'une façon très spéciale ?
R :
Au début, elle ne bougeait pas, elle était scotchée à son piano. La venue d'autres instruments lui ont permis de s'échapper et elle y a vite pris goût.

Elle jouait aussi avec son rocking-chair ?
R :
Oui, sur la chanson A peine. Elle a eu l'idée de ce fauteuil et plus ça allait, moins elle marchait sur scène, elle glissait, à croire qu'elle avait des rollers…
A : Et elle avait ce coup de pied incroyable qui apparaissait sous ses vêtements…

Ann'So, craignez-vous la comparaison ?
A :
Forcément, je m'y attends. Mais non, je ne la crains pas trop. J'aime bien éveiller des choses chez les gens. Ce qui est horrible, c'est l'indifférence.

Une partie de son public considère peut-être que son répertoire est intouchable ?
R : Je crois que son public est intelligent et que ce spectacle ne laissera pas indifférent. Je pense que je me devais de le faire.
A : Roland ne lui a pas dit au revoir, moi, je ne lui ai pas dit bonjour. Donc il fallait qu'on fasse ce spectacle d'une façon ou d'une autre.