Calogero en apesanteur

Calogero est l'artiste de variétés qui monte. Ce mélodiste tendance est en pleine puissance grâce à son deuxième album éponyme, largement Disque d'or. Compositeur à succès (Châtelet Les Halles de Florent Pagny, c'est lui) l'Olympia lui a fait un triomphe le 8 décembre dernier.

Retour sur une ascension toute en douceur

Calogero est l'artiste de variétés qui monte. Ce mélodiste tendance est en pleine puissance grâce à son deuxième album éponyme, largement Disque d'or. Compositeur à succès (Châtelet Les Halles de Florent Pagny, c'est lui) l'Olympia lui a fait un triomphe le 8 décembre dernier.

"Caloooooogero, Caloooooogero, Calo, Calo, Caloooooogero", elles étaient ce dimanche-là des centaines de groupies à scander son nom. Lui, chemise blanche et posture très rock star, les attend de pied ferme et avec jubilation sur cette scène de l'Olympia qu'il retrouve pour l'avoir déjà foulée avec les Charts, son premier groupe. Il s'était promis d'y revenir. En solo cette fois. Et avec quelle fougue! Le chanteur, qui monte très haut dans les aigus, déroule de manière un peu mécanique ("Je n'aime pas parler entre les morceaux", précisera t-il plus tard) les chansons de son deuxième album. Mais pas besoin de les bousculer très fort, si elles sont venues le voir en chair et en os, elles sont là surtout pour reprendre avec lui les chansons maintes fois écoutées sur la platine. De belles mélodies et des refrains… comment dire, faciles à retenir, comme ceux de Partir ou rester, Aussi libre que moi, Prendre racine ou d'un Tien An Men nappé d'électro (et sans connotation géopolitique). Et bien évidemment le refrain de son méga tube, En apesanteur. Surtout, il se fait plaisir Calogero, car après s'être imposé comme compositeur pour Florent Pagny, Hélène Ségara (Au nom d'une femme), Pascal Obispo (Millésime), Patrick Fiori (Que tu reviennes) et trois chansons de la comédie musicale Les Dix Commandements, il attaque sérieusement, à 31 ans, une carrière prometteuse.

Sur la pochette (signée Kate Barry), son prénom calligraphié à même la peau intrigue et accroche au risque d'être déformé. Alors une bonne fois pour toutes : c'est Calogero (prononcez 'j'ai') et non pas Caloguero, encore moins Caliméro… Car le chanteur y tient à son prénom, le vrai, qu'il a rendossé. Enterré celui de Charly qui ne lui correspondait pas : "Je trouve que mon prénom est original mais pas facile à prononcer, c'est le nom de mon grand-père, un prénom aux origines siciliennes, ou grecques (suite aux diverses invasions dans l'île, ndlr). Je trouvais que c'était bien de mettre l'accent dessus, notamment sur la pochette." Séducteur aussi Calogero, même s'il n'a pas exhibé son piercing sur scène, et même si les boucles rousses de Charly sont tombées, le chanteur a pu mesurer très tôt son impact sur les filles. A 15 ans, en 1986, Calogero Maurici, fils d'immigrés à Grenoble, fonde, avec son frère Giaocchino et un copain, Les Charts. Le trio écumera les salles pendant une dizaine d'années et sortira quatre albums, dont Notre monde à nous, qui fut leur plus gros succès avec 200.000 exemplaires vendus. A la séparation des Charts, l'ex-bassiste ne reste pas inactif et commence à composer pour les autres, avec le succès que l'on sait. C'est Pascal Obispo qui le pousse à se lancer en solo. Son premier album Au milieu des autres, bien que confidentiel, se vend néanmoins à 50.000 exemplaires. Mais tout vient à point pour qui sait attendre.

Ce qui marque lorsque l'on rencontre Calogero, c'est sa sérénité, sa confiance en lui : "Lorsque vous composez pour des stars, votre nom est plus vite connu, mais je crois que c'est un métier où il faut être très patient et surtout il ne faut pas écouter tout et tout le monde et surtout avoir confiance en soi". Dont acte pour ceux qui ne voyaient en lui qu'un faiseur de mélodies 'à la solde' des interprètes. Un statut artistique qui ne l'a nullement gêné pour mieux endosser celui de chanteur : "Cela ne m'a jamais inquiété car parallèlement à mes collaborations, je faisais des premières parties (celles d'Obispo) et je sentais bien que la public était réceptif. Je sais que j'ai une voix, je sais chanter et je me sens vraiment chanteur. Sans fausse modestie". Et quand on lui fait remarquer la teneur romantique de ses chansons, il s'en défend doucement : "C'est ma voix qui fait cela, je crois qu'elle a un style et une douceur naturelle qui donne ce côté un peu romantique et peut rendre quelques phrases assez mélancoliques, mais je ne pense pas être un chanteur romantique".

Vite alors, on passe à la musique et là il se fait plus disert : "Si on me l'enlevait, je deviendrais orphelin, j'ai été nourri par la pop anglaise, incontestablement, celle de Cure, de Depeche Mode ou U2, ça m'a marqué au fer rouge. Et puis, je suis fan de Barbara, j'adore William Sheller et les premiers Julien Clerc. L'influence française traditionnelle et la brit pop se ressentent dans ma musique". Et ce souhait de composer pour Johnny dont la presse s'est fait l'écho ? : "C'est vrai, comme tout le monde, mais il n'y a pas la course, par contre j'adore Florent Pagny, je lui ai fais une chanson qui m'a imposé en tant que compositeur, cela me permet maintenant de la chanter sur scène et de faire un lien avec lui.L'un de mes souhaits est de lui écrire un album entier". On sent poindre en lui une vraie pugnacité quifait penserun peu au Jean-Jacques Goldman des années 80, donc on ne s'inquiète pas trop pour lui.

Quand on évoque enfin une carrière internationale, il cite sans hésiter l'Italie : "J'ai fais faire une version italienne de En apesanteur mais je veux d'abord bien m'implanter en France et ne pas me disperser". Sur la scène de l'Olympia, il sait aussi remercier ses auteurs, Alana Filippi, Patrice Guirao et Lionel Florence. La grande Françoise Hardy lui a même prêté sa plume. La guitare levée très haut au-dessus de la tête pour un énième rappel, il invite le Sénégalais Ismaël Lô et son harmonica à partager ensemble ce moment de grâce. Calogero a bien raison de croire en sa bonne étoile.

Calogero est en tournée jusqu'en avril et sera de nouveau à l'Olympia les 27 et 28 février 2003.