Les Motivés à la Cité de la Musique

Après avoir adapté le Chant des partisans en reggae, Motivés, la formation toulousaine engagée et citoyenne, fut trois jours durant (20-22 décembre), l’invitée de la prestigieuse Cité de la musique à Paris. Dans le cadre d’un très sérieux cycle sur la transcription, les chanteurs de Zebda et leurs "collègues", pro et amateurs, ont proposé concerts et animations autour des chants de lutte.

Politique, musique et musée.

Après avoir adapté le Chant des partisans en reggae, Motivés, la formation toulousaine engagée et citoyenne, fut trois jours durant (20-22 décembre), l’invitée de la prestigieuse Cité de la musique à Paris. Dans le cadre d’un très sérieux cycle sur la transcription, les chanteurs de Zebda et leurs "collègues", pro et amateurs, ont proposé concerts et animations autour des chants de lutte.

"Bienvenue, on est ravis de partager avec vous ce patrimoine de chants et de luttes" lance Mouss, une des voix du groupe Zebda, en entrant sur la prestigieuse scène de la Cité de la Musique, pour y entonner Hasta Siempre, l'hommage cubain au Che. Avec ses compères de Motivés (une petite dizaine de musiciens issus de divers courants), ils sont venus interpréter des chants poussés dans le sillon des mouvements de résistance et profondément ancrés dans le terreau des consciences de gauche du XXe siècle.

En réarrangeant certains rythmes et en les orientant vers d’autres horizons, notamment vers le reggae et le ska jamaïcains, les Motivés ont contribué au réveil de textes comme La Butte rouge, Le Temps des cerises (texte écrit par le chansonnier révolutionnaire Jean-Baptiste Clément en 1866), Bella Ciao (chant des anti-fascistes italiens pendant la seconde Guerre mondiale), Nicaraguita ou El Paso Del Ebro (chant républicain de la Guerre d'Espagne)… "Cette [dernière] chanson dit qu’en secouant le pieu de tous côtés il finit par tomber, poursuit Mouss sur scène, elle s’adresse à Franco". Le public applaudit. Tout au long du concert, au milieu de la fête, des youyous et d’une foule qui chante à tue-tête, le chanteur distille de petites phrases, histoire de recadrer l’Histoire, la démarche des Motivés et peut-être d’expliquer leur présence dans un des plus hauts lieux de la musique en France.

La Cité citoyenne

Située au nord-est de Paris, sur le parc de la Villette, la Cité de la musique (qui rassemble salles de spectacles, librairie, musée, cours) est l'un des derniers chantiers de François Mitterrand. Inaugurée en janvier 1995, "la Cité a pour vocation de donner droit de cité à toutes les musiques"comme l’explique Hélène Koempgen, responsable des évènements pédagogiques. L’institution a décidé d’inviter les Motivés dans le cadre d’un cycle de six semaines consacré à la transcription. Une rencontre qui peut paraître étonnante lorsque l’on connaît l’engagement politique des Motivés, clairement proches de la LCR (la Ligue Communiste Révolutionnaire) et peu enclins à jouer pour des institutions, mais plutôt pour des causes qu’ils jugent justes : l'association Droit au Logement, les sans papiers, la lutte contre l'extrême droite...

 

100% indépendants

Loin des aides publiques, la logistique des Motivés s’appuient sur le Takticollectif, leur bras associatif, créé en 1997 avec quelques membres de Zebda. "Le Takticollectif a pour but de tisser un lien ténu entre engagement, réflexion et action concrète dans des quartiers" souligne Salah Amokrane, frère de Mouss et de Hakim de Zebda, chef de la liste Motivé-e-s aux élections municipales de 2001 à Toulouse. C’est d’ailleurs grâce à cette tactique collective, mais aussi à une petite avance financière de la LCR, que cet album des Motivés a vu le jour. L’idée de l’album, auquel participent outre les Zebda, le guitariste flamenco Bernardo Sandoval, les Fly & the Tox, Amnestoy Trio ou Kass Kass, est née car ces musiciens voulaient égayer les manifestations par des chants. "L’objectif était que ce soit vite accessible, raconte Mous, donc il n’y a pas eu de longues recherche dans les archives des chants révolutionnaires. On a été au plus près de nous, de ce qu'on connaissait déjà. C’est pour ça que l’on est arrivés aux chants espagnols, sud-américains et kabyles bien sûr puisque nous nous avons été bercés par ça…"

Fidèle à la logique du "100% indépendant", le Takticollectif a permis au disque d’être distribué en France sans l’aide d’aucune autre structure. Résultat : plus de 160.000 copies écoulées et un hymne qui accompagne de nombreuses manifestations dans tout le pays, notamment après l’arrivée de l’extrême droite au deuxième tour des élections présidentielles 2002. "D’un côté, c’est notre plus belle récompense en tant que musiciens. Les chansons vivent sans nous, mais bien sûr, ce mois de mai signe une bien triste apogée" analysent les Motivés.

Droit de cité et portes ouvertes

Des concerts si ostensiblement engagés restent donc étonnants dans un tel cadre. Par la voix d’Hélène Koempgen, la Cité répond qu’elle est "un établissement de service public qui a pour mission d’être à l’écoute de tous les publics. Elle ne demande pas l’appartenance politique d’un artiste avant de l’inviter". Mais avant d'offrir un tel spectacle de qualité aux Parisiens, les Motivés, eux, ont hésité. "On est contre l’idée qu’il faut s’enfermer trois mois avec les meilleurs profs du monde pour être artiste. Il faut avant tout avoir des choses à dire pour rencontrer un public, rappelle Mous le soir-même où sur les télés se joue la finale de l'émission Star Academy. Pour nous, il est intéressant de se réapproprier des lieux institutionnels et républicains. On a toujours fonctionné comme ça, on n'a pas vraiment le choix : il faut essayer d’ouvrir des portes et ne pas les fermer derrière soi, même si ce que l’on fait est complètement différent de ce qui se fait habituellement dans ces lieux, c’est une opportunité."

Pour les autres, les non professionnels, les Motivés ont aussi préparé une quinzaine de séances d’ateliers pluridisciplinaires entre Toulouse et Paris, pendant un trimestre. Une chorale 100% familiale, de 30 personnes de 7 à 70 ans, a vu le jour pour revisiter l’hymne zoulou sud africain ou des chants révolutionnaires kabyles et italiens. Des percussionnistes amateurs ont par ailleurs partagé la scène avec les talentueux rappeurs toulousains du groupe B9 (issus du quartier Bellefontaine) et les danseuses du groupe Musso Mi Musso. L’ensemble des concerts fut introduit par une rencontre de capoeira, autre figure de lutte et de résistance, entre Paris, Toulouse et le Brésil, et ponctué de vidéos sur les événements en Palestine ou en Afrique du Sud.

Au milieu de ce tout festif rebelle, il ne manquait peut-être que quelques panneaux explicatifs sur ces combats. "C’est vrai que cela aurait été intéressant, rétorque Mouss de Zebda, mais ce n’est pas essentiel pour nous. Si Bella Ciao ou Le Temps des cerises sont des chansons magnifiques, écrites dans des moments terribles, comme une fleur qui naît de la fange, on n'a pas besoin de comprendre la fleur pour la trouver belle…"

Vous pouvez trouver l'album des Motivés à la librairie La Brèche (cf Liens).