TAXI 3 EN B.O.

Alors que le film Taxi 3 produit par Luc Besson sort ces jours-ci en France, sa bande originale est à son tour mise sur le marché. Après le succès avéré des deux premières, on en attend pas moins de celle-ci, compilation rap et R'n'R qui rassemble Doc Gyneco, Pit Baccardi, 113, Diam's et d'autres encore. DJ Medhi a assuré quant à lui, la production de plusieurs morceaux. Rencontre.

Taxi collectif.

Alors que le film Taxi 3 produit par Luc Besson sort ces jours-ci en France, sa bande originale est à son tour mise sur le marché. Après le succès avéré des deux premières, on en attend pas moins de celle-ci, compilation rap et R'n'R qui rassemble Doc Gyneco, Pit Baccardi, 113, Diam's et d'autres encore. DJ Medhi a assuré quant à lui, la production de plusieurs morceaux. Rencontre.

Mélangeur surdoué, petit prince du studio, à 26 printemps, DJ Mehdi peut se targuer d’un sacré palmarès. De MC Solaar à ses potes du 113, pour lesquels il a façonné Les Princes de la ville en passant par Cassius, Akhenaton, Kery James et sans oublier sa propre galette à succès (The Story Of) Espion, ce prodige sonique, toujours fidèle à Gennevilliers où sa famille est installée, nous revient comme le vif argent au volant de la super production Taxi 3.

DJ Mehdi n’a qu’une terreur, c’est de se réveiller un matin de cataclysme où l’électricité aurait disparue. Pour ne jamais perdre tous ces sons qu’il a tracés, juste au cas où, cet aventurier de l’échantillon perdu s’est mis à la guitare acoustique. Medhi est décidément un personnage à part dans la galaxie rap hexagonale. Ses compositions sont si originales qu’on le compare souvent au mythique DJ Shadow californien.

Avec Kore & Skalp et les fameux Neptunes, DJ Mehdi tient fermement la barre de la réalisation de la bande originale du film de Gérard Krawczyk où il signe trois titres à très grande vitesse : J’accélère avec Pit Baccardi, Trouble avec ses amis de la Mafia K’1 Fry et enfin Vivre sans ça avec China. Rencontre avec un DJ prodigieux !

 

Comment vous êtes-vous retrouvé dans ce Taxi ?
DJ Mehdi :
J’ai été contacté par l’équipe du film. Au sein de Europa, la société de Luc Besson qui produit, il y a Europa Music qui s’occupe des bandes originales. Ce sont eux qui m'ont appelé en mars 2002.

Vous saviez qu’il y aurait d’autres producteurs ?
A l’époque, non. Je crois avoir été le premier. Le gars d’Europa m’a ditaimer le premier titre de 113, Les Princes de la ville, et mon album. Il disait vouloir que je me serve de Taxi pour montrer ce que je vaux.

Et vous saviez que vous deviez enregistrer dans le cadre deleur structure de studios en Normandie ?
C’était flou. C’était l’an passé, mon disque venait juste de sortir à l’époque, il s’est passé quasiment un an pour finalement ne commencer à travailler qu'au mois d’octobre/novembre.

Comment avez-vous travaillé ?
Je n’ai pas eu de figure imposée. J’ai bossé là-bas en Normandie chez Besson mais lorsque j’ai ditqu'en définitive, je voulais produire à Paris, on m'a dit que c'était sans problème. Nous étions plusieurs sur le même studio et c’était complexe à organiser. L’ambiance générale dans laquelle j’avais envie de travailler, les techniciens, tout était à Paris. Leur studio est bien conçu, j’étais bien dans le bain, je voyais le film et je pouvais composer. Mais pour produire, je préférais être à Paris.

Vous aviez le scénario du film ?
J’ai eu accès à tout ce que je voulais, j’ai vraiment été très bien introduit dans l’univers du film: scénario, scènes, bandes annonces. J’avais accès à tout ce qui était prêt, c’était vraiment cool. C’est important car il faut comprendre que Luc Besson ne travaille pas de la manière la plus simple. Moi, j’ai cru que j’allais voir des images, qu’on allait me dire où mettre l'accent ce qui n’a pas été du tout le cas. Tu réalises, tu lui envois tout et c’est lui ensuite qui ditsi ça va ou non. Ce n’est pas comme si on m’avait projeté des images et à moi d’imaginer ce que pouvait être la synchro. C’est plutôt l’inverse : à moi d'envoyer les sons et à lui d'imaginer. C’est une façon de travailler perso mais qui a fait ses preuves depuis longtemps. Et moi au début, je l’ignorais.

 

C’était votre premier travail pour le cinéma ?
J’avais fait un peu de dessin animé. J’étais à la table avec les dessinateurs, les scénaristes, pour Les lascars sur Canal +. Et je voyais leurs "shooting boards", comme ils les appellent, au fur et à mesure. C’était carrément différent, voilà pourquoi mon séjour en Normandie était important, pour comprendre ce film...

Lequel film a son cahier des charges très précis !
Et concernant la musique aussi ! Il y a une certaine exposition sur ce projet. Tout cela, je l’ai compris en Normandie. Il a un cadre précis et il te faut utiliser cette limite-là pour exprimer ta liberté artistique.

Vous n’aviez pas réalisé le dernier album de Pit Baccardi mais vous l’avez pourtant invité pour interpréter J’accélère, un des titres les plus énergiques de ce Taxi 3 !
J’avais travaillé sur le premier album. Mais sur le second, Pit Baccardi avait une idée précise de ce qu’il souhaitait. Pour Taxi, je lui propose J’accélère, un morceau hyper bruité. Au début, je voulais que cela soit les bruitages du film qui servent exclusivement de samples.
On en a rajouté car son texte devait être corrigé sur certains points, cela a été demandé par le service juridique. Mais au début, nous voulions faire vivre le morceau au maximum dans l’esprit du film sans rapport avec une scène particulière.

On doit souvent vous taxer d’intello, ce qui n’est pas toujours un compliment dans le milieu rap !
Moi, je ne suis pas un intellectuel, ce n’est pas vrai. Je cherche surtout de la matière. Dans les disques que j’aime, je n’écoute pas pour reprendre une mélodie ou repiquer une boucle. Je veux surtout de la couleur, du son, du grain, de la substance que je puisse utiliser pour inventer mon propre truc.

Vous avez une démarche artistique propre, ce qui est déjà une manière de singulariser.
La vulgarisation et la facilité permettent d'accéder aux machines. C'est aujourd'hui moins cher que quand j’ai commencé. Finalement, c’est si simple de taper un sample, de prendre une rythmique, parfois c’est la machine qui la tape à ta place… Moi je cherche à dépasser cela.
Ma démarche peut paraître assez réfléchie ou carrément intellectuelle comme vous l’affirmez. Je privilégie la spontanéité lors de l’enregistrement, au moment des prises. Mais l’écriture de la chanson peut prendre un certain temps. On n’est pas des punks, quoi! J’ai rien contre les punks, mais je sais que cela les caractérise cette espèce d’urgence de brancher leur matos et d’avoir tout de suite un morceau. Toute la réflexion qui précède l’écriture d’une chanson, elle est essentielle et il est hors de question d’y aller au flan.

TAXI 3 (Delabel/Virgin, 2003)