ANNULONS LA DETTE

François Mauger s’est endetté auprès de ses parents, sa famille, ses amis pour réaliser un projet qui lui tient à coeur depuis deux ans, Drop The Debt (annulons la dette). C’est-à-dire un album exceptionnel qui milite pour l’annulation des créances des pays pauvres. François Mauger a réuni du beau monde pour faire entendre sa cause, une distribution artistique dont rêveraient tous les connaisseurs en musiques du monde.

Les artistes africains chantent contre la dette du Tiers-Monde.

François Mauger s’est endetté auprès de ses parents, sa famille, ses amis pour réaliser un projet qui lui tient à coeur depuis deux ans, Drop The Debt (annulons la dette). C’est-à-dire un album exceptionnel qui milite pour l’annulation des créances des pays pauvres. François Mauger a réuni du beau monde pour faire entendre sa cause, une distribution artistique dont rêveraient tous les connaisseurs en musiques du monde.

Des chanteurs qui viennent de Côte d’Ivoire (Tiken Jah Fakoly, Meiway), Cameroun (Sally Nyolo), Sénégal (El Hadj N’Diaye, Ablaye Mbaye), Congo-Kinshasa (Lokua Kanza, Faya Tess), Burkina Faso (Zêdess), Cap-Vert (Cesaria Evora, Teofilo Chantre), Zimbabwe (Oliver Mtukudzi), Afrique du Sud (Africa South), France (Fabulous Trobadors, Massilia Sound System, Tarace Boulba), Brésil (Chico Cesar, Fernanda Abreu, Lenine, MV Bill), Colombie (Totó la Momposina), Vénézuela (Soledad Bravo), Japon (Shingo2). Drop The Debt, ce sont plus de 100 musiciens de reggae, raggamuffin, samba, morna, zoblazo, rap, bikutsi, funk... Des musiques où la cause «annulons la dette» est admirablement défendue par le chant tendre et émouvant des Teofilo Chantre et Cesaria Evora, El Hadj N’Diaye ou Soledad Bravo, par le rythme vif et énergique des Fernanda Abreu et MV Bill, Tarace Boulba et Ablaye Mbaye ou Totó la Momposina, le verbe satirique et désespéré de Zêdess:«On ne peut pas demander à la fois à quelqu’un de courir et de se gratter les fesses/ On demande au Sud de se serrer la ceinture pour que le Nord puisse porter ses bretelles». Une vingtaine de labels discographiques a contribué à la réalisation de cette idée têtue. Il faut dire que François Mauger se connaît en musiques colorées puisque il travaille pour Lusafrica, la maison de disques parisienne des Cesaria Evora, Sally Nyolo, Teofilo Chantre... François Mauger nous explique son engagement et ses choix artistiques contre l’endettement des pays du Sud.

Pourquoi avez-vous choisi la cause de l’annulation de la dette alors qu’il y a tant d’autres combats à mener pour aider les populations des pays pauvres?
D’abord, il faut dire que je suis très militant à la base. J’ai vécu en Afrique, en Amérique latine. Je vais pratiquement chaque année en Afrique où j’ai de nombreux amis. A chaque retour, je constate que la situation a encore empiré parce que dans les pays pauvres, il ne peut y avoir de développement quand 40 % du budget de l’Etat part dans le remboursement de la dette. Autant d’argent que l’on ne peut pas mettre dans l’éducation, la santé, les infrastructures... Les Allemands disent que la dette est le problème central pour le développement. Il faut donc l’effacer. En Afrique par exemple, l’urgence est économique quand l’espérance de vie a baissé à cause notamment du sida. Le fléau du sida est aussi un problème économique quand on n’a pas les moyens de le prévenir et de soigner les malades.

Pourquoi les pays africains se sont-ils endettés à ce point?
C’est une longue histoire. Il faut rappeler que les pays africains sont jeunes. Ils ont à peu près 40 ans d’indépendance. Leurs dettes remontent aux années 60 quand les matières premières, dont l’Afrique est très riche, avaient des prix forts et que les banques prêtaient facilement. Le retournement de situation s’est fait dans les années 70 où les prix des matières premières commençaient à chuter de façon générale. Dès le début des années 80, les banques ont commencé à faire grimper leurs taux d’intérêt alors que la plupart des pays africains avaient signé pour des intérêts à taux variables.

Le problème de l’endettement est-il une question politique avant tout?Aujourd’hui, la politique des pays pauvres est sous la tutelle des organismes comme le Fonds monétaire international le FMI, ou la Banque mondiale. Ils dictent leur politique économique de restrictions et de pressions sur les peuples du tiers-monde pour rembourser les dettes du pays. Dans les pays du Sud quand un dirigeant est élu démocratiquement, il suscite souvent une immense déception chez le peuple parce que la finance internationale ne lui permet pas de tenir ses promesses.

Combien de temps cet album vous-a-t-il pris?
Etant salarié de Lusafrica, j’ai dû prendre sur mon temps libre, mes week-end, mes soirées et donner beaucoup de coups de téléphone pour produire cet album en 18 mois.

Cela a-t-il été difficile de réunir tant d’artistes?
Non. Ils ont tous dit oui tout de suite parce qu’ils se sentent concernés par les problèmes de l’endettement. Pour moi, la réunion de ces artistes a été un choix personnel. Après, c’est une affaire de disponibilité et de calendrier pour chacun afin de pouvoir enregistrer. Pour chaque chanteur, cela a demandé une semaine d’enregistrement minimum. Les chansons ont souvent été enregistrées dans les pays mêmes où vivent les artistes.

Les chansons, ont-elles été écrites pour l’occasion?
Les trois-quarts des chansons de l’album ont été écrites pour l’occasion. Elles sont donc inédites. Les autres sont des reprises mais dans de nouvelles adaptations. Le tout donne donc un album original. J’ai tenu à ce que le côté oral de ces musiques soit préservé comme par exemple la chanson d’El Hadj N’Diaye qui n'est pas seulement une véritable leçon d’histoire-géo, mais également une leçon de la rue.

Qu’attendez-vous de cet album?
Qu’il informe ici et là-bas. Qu’il fasse comprendre que 36% du budget du Cameroun par exemple sert à payer la dette. Qu’il informe les peuples du Nord et du Sud comment fonctionne leur économie. C’est assez utopique, mais tous les artistes qui ont participé à ce projet ont accepté que leurs royalties soient reversées aux associations qui luttent pour l’annulation de la dette.

Album : Drop the debt (Say It Loud /Harmonia Mundi) ref WVF479008