Les Wriggles

En culottes courtes saignantes, avec leurs chansons drôles et méchantes, ils essaiment les plateaux de l'association Attac* ou récemment celui de Ensemble contre la guerre au Zénith. Mais surtout, grâce au bouche à oreille, les Wriggles attaquent leur quatrième Cigale du 22 au 26 avril et sortent leur premier opus.

Chanson corrosive

En culottes courtes saignantes, avec leurs chansons drôles et méchantes, ils essaiment les plateaux de l'association Attac* ou récemment celui de Ensemble contre la guerre au Zénith. Mais surtout, grâce au bouche à oreille, les Wriggles attaquent leur quatrième Cigale du 22 au 26 avril et sortent leur premier opus.

"Pourquoi le saut à l'élastique ? Pourquoi les fraises Tagada, pourquoi le sida ? Pourquoi les Allemands prennent le Concorde ? Et surtout pourquoi George Bush Junior !" Voilà quelques-unes des questions pertinentes que se posent les cinq compères qui forment les Wriggles, unis par un sens de la dérision aiguisé, le goût du théâtre, de la chanson et une propension certaine à l'humour noir. Ecoutez l'histoire de Bertrand et de sa vie ratée qui défile (ou la faute à pas de chance) ou bien celle de ces cinq copains qui partent gaiement sur la route des vacances pour grossir un peu plus loin le nombre des tués de l'été. Un vrai spot pour la prévention routière !

Venus du théâtre, ces cinq lutins grimaçants et bondissants habillés de rouge, font hurler de rire la gente estudiantine depuis la création du spectacle en 1995. La guitare sèche passe allègrement de mains en mains au gré des saynètes, trois d'entre eux sont musiciens, poussant même le vice jusqu'à bien jouer. La petite trentaine, Antoine Réjasse, Stéphane Gourdon (le petit énervé), Frédéric Volovitch, Franck Zerbib et Christophe Gendreau, ont déjà écumé la province française avec plus de 300 concerts, après leurs débuts au festival d'été du Point Virgule, fait les go-go les dimanches après-midi au Café de la Gare avec Patrick Font, avant d'avoir joué à guichet fermé à l'Olympia et fait trois fois la Cigale.

Encore potaches

Leurs blagues potaches des débuts ont laissé place aux chroniques sociales acérées où l'on retrouve pêle-mêle dans leur spectacle des caricatures salées, sur des chorégraphies saccadées, comme celles de ces rappeurs, la capuche enfoncée jusqu'à mi-yeux, le poing en avant et la voix qui vitupère dans un micro collé à la bouche. Fans de rap eux-mêmes, les Wriggles n'en dénoncent pas moins l'exploitation de la banlieue par les groupes de rap et les maisons de disques. Dans un autre genre, cette satire de ces supporters du PSG, gonflés de bière et hurlant leur haine de l'adversaire, n'est pas mal non plus.

Mais revenons à plus de poésie avec le gros succès des Wriggles sur scène qu'est cette délicieuse comptine sur les élucubrations de "Julie, le petite olive, née pour faire copine avec les endiveset qui finira de toute façon chez Puget" ! Car c'est aussi ça les Wriggles ! Des hommes au cœur tendre qui parlent vrai : "Elle a bon goût la bouche des filles, elle a pas de goût l'absence des filles", ou qui s'interrogent sur leur désir après quelques années de cohabitation : "Je suis entré dans la phase : c'était mieux au début", avec ce constat dit d'un air contrit : "ma nana et moi, on ne baise plus". Encouragés par leur manager, les Wriggles ont adouci pour le moins leur répertoire : "On avait beaucoup de chansons potaches et on n'allait pas là-dedans car on avait peur et c'est vrai que cela porte un autre regard, on ne passe pas uniquement pour des gros vanneurs" explique posément Christophe Gendreau qui conte dans Délaissé sa mésaventure, somme toute banale : largué dès le lendemain…

De vieux ados

Ces lecteurs de Charlie Hebdo se sont rencontrés à l'école de la rue Blanche, l'Enstatt (Ecole supérieure des arts et techniques du théâtre), et le soir se retrouvaient pour écrire des chansons. "Au bout d'une vingtaine, c'est un de nos potes qui nous a conseillé de monter un spectacle" raconte Christophe Gendreau. "C'est assez difficile de définir ce que l'on fait. Nous avons des chansons qui demandent une mise en scène car une simple écoute n'est pas suffisante et là, l'aspect visuel et donc comique compte pour beaucoup" souligne toujours Christophe qui jamais ne prononce le mot de sketch. "Mais comme on vient tous du théâtre, on a du mal à se passer de jouer, on a préféré jouer des petites saynètes". Des soirées déconnades qui peu à peu se sont transformées en ateliers d'écriture où règne l'équité : "Il n'y a pas de meneur, on est cinq, on peut faire des votes et trancher à trois contre deux, c'est comme une vraie démocratie, Frédéric et Franck écrivant à eux deux plus que les autres, mais on a besoin de s'y retrouver tous les cinq".

C’est quoi ce nom Wriggles ? "Oh une connerie buccale, on s’appelait comme ça déjà entre nous avant qu’une copine n’aille chercher dans le dico" (en anglais : se tortiller). Au fait, qui a eu l'idée de se déguiser en petits lutins rouges ? "On cherchait une unité dans le costume et on a trouvé chez Tati ces shorts rouges pour 10 balles le haut et 10 balles le bas, on avait des costumes de scène pas chers ! Et avec nos shorts, on reste proche de l'enfance". Bien qu'avec la trentaine, ils osent aborder la période de l'adolescence dans Teenager for Ever. De grands ados, tous fortement influencés par la bande dessinée, Fluide glacial, Psychopathe ou les DVD de Didier Tronchet servant consciemment de terreau à leurs délires. Full Cash, leur premier single, dit en substance ceci : "Le Brésilien vit dans un bidonville/le Roumain demande le droit d'asile/le petit Pakistanais fabrique des chaussures de sport/le Polonais est au chômage/l'Afghan vit au Moyen-Age/le petit Thaïlandais se fait prendre par des gros porcs"... "Pourtant précise t-on chez les Wriggles, on a laissé les blagues un peu lourdes de côté même si dans le spectacle elles font un peu le pendant des chansons plus engagées, cela nous permet de ne pas rester dans un seul univers".

On l'aura compris, les Wriggles ne se retrouvent pas ou prou dans les familles actuelles de comiques, et même s'il est aisé de dire qu'ils sont les enfants de Coluche, c'est tout à leur honneur que de se lancer discographiquement dans un créneau, celui de l’humour musical, pour le moins encore mince. Mais le talent fait heureusement le reste.

*Attac : Association pour la taxation des transactions financières pour l'aide aux citoyens

Wriggles Ah Bah Ouais Mais Bon (Atmosphériques/Universal)

En tournée : Jusqu'au 26 avril à la Cigale à Paris puis en tournée en France