Romane, fils spirituel de Django

Guitariste français, Romane défend, au fil de ses albums, une certaine idée du jazz manouche qui consiste à perpétuer la tradition dans une approche actuelle. Son dernier album Acoustic quartet, enregistré avec de nouveaux musiciens, en est la preuve.

Mariage d'un héritage musical et d'un esprit neuf.

Guitariste français, Romane défend, au fil de ses albums, une certaine idée du jazz manouche qui consiste à perpétuer la tradition dans une approche actuelle. Son dernier album Acoustic quartet, enregistré avec de nouveaux musiciens, en est la preuve.

Depuis plusieurs années, Romane est devenu un instrumentiste incontournable des sessions "jazzistiques" internationales. Il a joué avec des artistes tels que James Carter, Bob Brozman ou encore Didier Lockwood, tout en menant sa carrière solo. Marqué très jeune par le swing gitan de Django Reinhardt, ce guitariste parisien a publié onze albums et partage désormais la scène avec deux formations distinctes. D’un côté, le Djangovision, un groupe qui propose une relecture des oeuvres du maître manouche dans une instrumentation inattendue. De l’autre, l’Acoustic quartet marqué par la présence rythmique de deux petits cousins Reinhardt. Rencontre avec Romane à l’heure ou l’on célèbre la mémoire de Django.

A part deux reprises de Django Reinhardt, toutes vos compositions s’inscrivent dans le renouveau de la musique manouche. Comment avez-vous écrit cet album qui concilie passé et présent ?
Je voulais rendre un hommage à Django. Mais je ne pouvais pas le faire avec une formation proche de la sienne. En même temps, je souhaitais que l’on retrouve l’esprit du maître. C’est pourquoi, j’ai opté pour un accompagnement sobre de deux guitares rythmiques et d’une contrebasse afin de rappeler le son de l’époque. C’était plus facile pour moi de jouer des oeuvres originales plutôt que de reprendre des morceaux de Django. Par cette démarche, je me considère un peu comme le gardien du passé.

RFi Musique : Vous êtes accompagné par Fanto et Yayo Reinhardt, des petits cousins de Django, et par Pascal Berne à la contrebasse. Que vous apportent ces nouveaux compagnons de route ?
Romane :
J’ai rencontré Fanto et Yayo par hasard l’an dernier au Festival de Django et j’ai tout de suite été séduit par leur jeu. Ils possèdent une rythmique incroyable. Et comme ce sont deux frères, il y a une sorte de mimétisme tout à fait inouï. Quand ils jouent ensemble, on a l’impression d’entendre une seule guitare mais une grosse! Quant à Pascal Berne, je l’ai croisé lors d’une séance de studio pour le dernier album de Guy Marchand (clarinettiste et comédien français, ndlr). Là encore, j’étais stupéfait par la précision et la justesse de son swing. Bref, avec eux l’osmose a été tout de suite parfaite.

La force de votre musique est d’allier l’improvisation et la rigueur, la spontanéité et la technique. Comment s’est passé l’enregistrement de votre album ?
Je travaille de façon assez particulière avec mes musiciens, dans le sens où ils ne savent pas ce que je vais jouer avant la première note. Nous ne faisons pas de répétitions. Je leur fais découvrir les pièces en leur montrant l’accompagnement, la grille et on essaie! Il est vrai que tout le monde est tendu mais au final ça marche! C’est ma manière de fonctionner.


Sans vous l’avouez, vous êtes un fils spirituel de Django Reinhardt. Que représente pour vous ce monstre sacré ?
Ma découverte de Django s’est fait à 11 ans. Ça a été un choc terrible, un peu comme avec Edith Piaf ! J’avais des frissons, je ressentais une émotion très forte. Je n’avais pas le sentiment d’entendre de la musique, mais plutôt d’écouter quelqu’un qui me causait, qui pleurait, qui hurlait… En un mot, j’avais l’impression que c’était une personne qui s’adressait à moi. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Pour un gamin, c’est difficile de suivre un chorus de Django. Il faut avoir de la culture musicale, la notion du jazz et de l’improvisation. A partir de là, je me suis mis à la guitare huit heures par jour.

Les musiciens qui ont attrapé le virus du jazz manouche ont la tentation de faire du à la manière de, de copier. Comment expliquez-vous ce phénomène très particulier lié à Django ?
Au départ, il faut faire du mimétisme pour arriver à déchiffrer les improvisations de Django. On essaie de savoir par où il passe, comment il positionne ses doigts sur le manche, etc. Je pense sincèrement que tous les musiciens ont fait ça. Django, lui-même, a eu probablement des maîtres à penser comme, par exemple, Louis Armstrong. Cette démarche d’apprendre en étudiant les autres est indispensable si vous voulez avancer. En matière de musique, l’autodidacte n’existe pas. C’est une hérésie! En ce qui me concerne, je ne copie pas Django, je m’en inspire. Faire du copiage cela ne m’intéresse pas.

Avec le recul, comment pourrait-on définir aujourd’hui le style Django ?C’est très difficile de répondre à cette question. Il se trouve que Django était manouche, mais il aurait pu être japonais ou malgache ! Parce que c’est avant tout un monstrueux musicien de jazz, le premier guitariste de jazz qu’on n'a jamais eu en Europe. Il a ouvert la porte du jazz à la six cordes acoustique. En plus de cela, il avait cet accent inimitable lié à ses racines tziganes. Ce mélange a été enrichi par d’autres apports comme le bal musette, la chanson française, le classique. Car Django est arrivé en France tout petit et a entendu beaucoup de musiques différentes. Tout ce bagage culturel a formé son identité. Pour résumer, Django est un artiste de jazz avec un accent.

Comment expliquez-vous que le jazz manouche soit de nouveau à la mode ?
C’est vrai que l’on redécouvre aujourd’hui cette musique après des années de silence suite à la disparition prématurée, à l’âge de 43 ans, de ce génie manouche très populaire. A l’époque, en 1940, dans les années de guerre, la musique de Django était considérée comme de la variété, dans le bon sens du terme. Après il y a eu la musique yéyé, le rock & roll, etc. A l’heure actuelle, on classe cette musique sous le label jazz manouche avec un besoin d’immortaliser ce style. Ce retour est dû aussi au cinéma. Des réalisateurs comme Woody Allen, ont ressuscité l’histoire de Django grâce à un film comme Accords et désaccords. Le public redécouvre cet univers et cette manière de jouer de la guitare avec ce côté animal à la fois festif et sérieux. Le plus intéressant c’est de constater que les aficionados ont rajeuni. Quand je regarde, par exemple, le public qui assiste à mes concerts, je suis sidéré de voir que la moyenne d’âge est de 25-30 ans. Alors qu’il y a une dizaine d’années, les gens avaient plutôt entre 50 et 60 ans, c’est fou! Je pense qu’aujourd’hui Django est perçu comme le guitar hero du jazz manouche.

Demain hommage à Django Reinhardt sur RFI Musique
Romane Acoustic quartet (Iris Music/Harmonia Mundi)

En concert le 15 mai à Osaka, le 16 et 18 mai à Tokyo (Japon), le 15 juin Festival de Corbeil-Essonnes, le 26 juin Le Creuzot (France); le 5 juillet à Tünbingen, le 7 juillet à Cologne (Allemagne).