ZOUK R'N'B

Les Antilles vibrent depuis des années au son du zouk. Comme chaque courant musical arrivant à maturité, il permet aujourd'hui l'émergence de nouvelles tendances, plus à même de retenir l'attention des jeunes générations. Le R'n'B, en provenance des Etats-Unis, a réussi à infiltrer le zouk via les artistes antillais eux-mêmes. Revue de détail.

Comment le R'n'B a réussi à infiltrer le genre musical le plus célèbre des Antilles

Les Antilles vibrent depuis des années au son du zouk. Comme chaque courant musical arrivant à maturité, il permet aujourd'hui l'émergence de nouvelles tendances, plus à même de retenir l'attention des jeunes générations. Le R'n'B, en provenance des Etats-Unis, a réussi à infiltrer le zouk via les artistes antillais eux-mêmes. Revue de détail.

Le show-business n’a jamais pu résister au plaisir de taxer le mélomane sur la valeur ajoutée (ou espérée?) d’une nouvelle appellation. Et ce selon un principe immuable: je suis jeune donc je suis, donc je vends. Ah, la valse des étiquettes! Latin jazz, jazz middle, free-jazz, hard-rock, rock psychédélique, country-rock, garage, trash-rock, rap old school, gangstaa rap, drum’n bass, trance, ambient… Touché par le même phénomène de parthénogenèse, la soul music s’est subdivisée récemment en divers sous-groupes: le R’n’B’, la nu-soul, le soul-rap.

Mais, mis à part les stratégies marketing, qu’y a t-il de fondamentalement nouveau dans tous ces sous-courants? Des textes à ambition poétique pour la nu-soul, par opposition au R’n’B’? Des boîtes à rythmes en guise de batteries et une façon de scander les paroles, à la manière du hip-hop, pour le soul-rap? C’est peu. Et voilà que le zouk antillais fait à son tour des petits, si l’on en croit les titres de deux compilations récentes. Nom des rejetons? R’n’Zouk (Art & Son/Universal), sorti il y a quelques semaines. Un disque précédé, l’année dernière, par un opus intitulé… Zouk R’n’B’ Vol.3 (Couleurs Music)! Cherchez l’erreur…

Bref, arrêtons la cavalcade commerciale sauvage. La balle au centre. Et le centre, c’est le milieu des années 80, la naissance du zouk. A l’époque, pas besoin de titiller longtemps les stars du moment (Kassav’, Zouk Machine, Tanya St-Val, Joëlle Ursull…) pour qu’elles vous dévoilent, au détour d’une interview, leur fascination pour Whitney Houston ou Chaka Khan. Il est vrai que les artistes antillais, contrairement à leurs "collègues" africains, partant d’une tradition musicale créole, donc hybride par essence, étaient encore plus perméables aux influences yankees. Des influences qui correspondaient, en outre, à leur art de vivre de jeunes et modernes Blacks issus des DOM. Toute la problématiqueconsistait en fait à établir un compromis entre le feeling noir américain et le fameux tic, tic-tac, tic-tac de ces percussions appelées ti-bwa, le rythme de base du bêlé martiniquais (un style de musique mis au point par les anciens esclaves), devenu désormais le cœur de chauffe du zouk.

De Jean-Michel Rotin à Ali Angel

Le tournant se situe en 1990, quand Jean-Michel Rotin, le jeune chanteur guadeloupéen du groupe Energy, décoche une bombe baptisée Le Ou Lov. Voix haut perchée mais pleine d’âme, à la Michael Jackson, gimmick d’orgue bien soul et solide mélodie. Le Ou Lov est un tube et marque la naissance du zouk R’n’B’. Après un dernier et bon album (Energy) avec le groupe, en 1992, il se lance dans une carrière en solo. Et en trois albums (Héros, Solo et Preview), ce golden boy de la musique antillaise jette les bases du son et l’essaime à la faveur de multiples collaborations (Tanya St-Val, Sonia Dersion, Kaysha, JM Harmony…).

La voie est ouverte et vont s’y engouffrer un certain nombre d’artistes, stimulés par la montée en puissance dans les années 90, du rap et du R’n’B’ (en métropole surtout) et du ragamuffin (aux Antilles principalement). Une vague dont les principaux porte-parole s’appellent Ludo, Nichols, Kaysha ou Ali Angel qui s'épaulent par ailleurs à coups de featurings chez l’un ou chez l’autre. Le premier fait presque figure d’ancêtre avec cinq albums au compteur depuis 1990. On retiendra surtout le dernier, 100 Limit sorti en 2002, où s’exprime pleinement un beau talent de vocaliste.

Nichols, sorte de Francky Vincent new-look, affolé de sexe, est l’auteur de deux disques peu novateurs. Mais il est à créditer d’un titre magnifique, You and Me, extrait de sa première galette, qui a commis des ravages chez les adolescents. Est-ce parce qu’il est d’origine congolaise, qu’il a voyagé dans le monde avant d’atterrir en France en 1981? Toujours est-il que Kaysha a le mérite d’avoir créé un son plus dur, plus rap, en l’espace de trois CDs (I’m Ready, en 1998, World Wide Chicco, en1999 et Black Sea of Love, en2003). Au final, peu de chansons qui parviennent à accrocher l’oreille, derrière ce mur de sons électroniques. Une exception notable:World Wide Chicco, un morceau assez original. Ali Angel, de père vénézuélien et de mère martiniquaise, est le petit dernier du groupe. Un seul album sorti fin 2002 et beaucoup de choses encore à prouver.

Nouveau genre

Ainsi, en treize ans, le style s’est codifié : recours massif à la PAO et notamment aux multiples boîtes à rythmes et autres talk-box, échantillonnage (les gimmicks du célèbre producteur américain, Timbaland, tiennent la corde) pour "colorer", introduction de textes en anglais, souvent hardcore (américanité oblige) dans le corpus créole, "mise en espace" des disques façon hip-hop (intro, interludes, passages rappés ou toastés…). Le tout reposant sur l’incontournable tic, tic-tac, tic-tac des familles, restée la seule marque distinctive du zouk. Bref, ici comme dans la soul, il s’agit plutôt d’un relookage, d’un brassage de genres que de changements harmoniques et rythmiques radicaux, comme ceux qui marquèrent, par exemple, le passage du be-bop au free-jazz.

La compilation R’n’Zouk est, à cet égard, instructive. On passe, sans coup férir, de stars du rap qui dé-rapent pour retrouver leurs origines "ethniques" (Doc Gynéco et Stomy Bugsy dans le presque gainsbourgeois Frotti Frotta ou le tube Angela du Saïan Supa Crew) à quelque chose de plus classique (le beau Solitude de Tanya St-Val) ou à une mise en zouk d’un sample de Human Nature de Michael Jackson (Mwen Enmewde Malone). La compilation Zouk R’n’B’Vol.3 est plus intéressante parce que plus originale dans ses "dérapages" hors de la pulsation du ti-bwa. On pense notamment à Tou Sa Mwen Envide Dominique Bernier, à Assassinat de DJ Ludovich et Lord Kossity, à la version politiquement incorrecte du vieux tube africain, Amio, par OJ Blad ou au magnifique Respekt de Dominique Panol. Quoi d’étonnant finalement dans cette forme de brassage sans fin, de la part d’îles où tant de cultures s’interpénètrent?

Sébastien Molyneux

Compilation R’n’Zouk (Art & Son/Universal) 2003
Compilation Zouk R’n’B’ Vol.3 (Couleurs Music) 2002
R'n'Zouk party le 22 mai 2003 à partir de 22h00 : Le live des filles de la compile R'n'Zouk avec : Marie-José Gibon, Perle Lama, Akila, Marie-Jo C, Tanya St-Val. En guest Mike R' Deejay aux platines.
Club Med World
39, cours St-Emilion
75012 Paris

Le tournant se situe en 1990, quand Jean-Michel Rotin, le jeune chanteur guadeloupéen du groupe Energy, décoche une bombe baptisée Le Ou Lov. Voix haut perchée mais pleine d’âme, à la Michael Jackson, gimmick d’orgue bien soul et solide mélodie. Le Ou Lov est un tube et marque la naissance du zouk R’n’B’. Après un dernier et bon album (Energy) avec le groupe, en 1992, il se lance dans une carrière en solo. Et en trois albums (Héros, Solo et Preview), ce golden boy de la musique antillaise jette les bases du son et l’essaime à la faveur de multiples collaborations (Tanya St-Val, Sonia Dersion, Kaysha, JM Harmony…).

La voie est ouverte et vont s’y engouffrer un certain nombre d’artistes, stimulés par la montée en puissance dans les années 90, du rap et du R’n’B’ (en métropole surtout) et du ragamuffin (aux Antilles principalement). Une vague dont les principaux porte-parole s’appellent Ludo, Nichols, Kaysha ou Ali Angel qui s'épaulent par ailleurs à coups de featurings chez l’un ou chez l’autre. Le premier fait presque figure d’ancêtre avec cinq albums au compteur depuis 1990. On retiendra surtout le dernier, 100 Limit sorti en 2002, où s’exprime pleinement un beau talent de vocaliste.

Nichols, sorte de Francky Vincent new-look, affolé de sexe, est l’auteur de deux disques peu novateurs. Mais il est à créditer d’un titre magnifique, You and Me, extrait de sa première galette, qui a commis des ravages chez les adolescents. Est-ce parce qu’il est d’origine congolaise, qu’il a voyagé dans le monde avant d’atterrir en France en 1981? Toujours est-il que Kaysha a le mérite d’avoir créé un son plus dur, plus rap, en l’espace de trois CDs (I’m Ready, en 1998, World Wide Chicco, en1999 et Black Sea of Love, en2003). Au final, peu de chansons qui parviennent à accrocher l’oreille, derrière ce mur de sons électroniques. Une exception notable:World Wide Chicco, un morceau assez original. Ali Angel, de père vénézuélien et de mère martiniquaise, est le petit dernier du groupe. Un seul album sorti fin 2002 et beaucoup de choses encore à prouver.

Nouveau genre

Ainsi, en treize ans, le style s’est codifié : recours massif à la PAO et notamment aux multiples boîtes à rythmes et autres talk-box, échantillonnage (les gimmicks du célèbre producteur américain, Timbaland, tiennent la corde) pour "colorer", introduction de textes en anglais, souvent hardcore (américanité oblige) dans le corpus créole, "mise en espace" des disques façon hip-hop (intro, interludes, passages rappés ou toastés…). Le tout reposant sur l’incontournable tic, tic-tac, tic-tac des familles, restée la seule marque distinctive du zouk. Bref, ici comme dans la soul, il s’agit plutôt d’un relookage, d’un brassage de genres que de changements harmoniques et rythmiques radicaux, comme ceux qui marquèrent, par exemple, le passage du be-bop au free-jazz.

La compilation R’n’Zouk est, à cet égard, instructive. On passe, sans coup férir, de stars du rap qui dé-rapent pour retrouver leurs origines "ethniques" (Doc Gynéco et Stomy Bugsy dans le presque gainsbourgeois Frotti Frotta ou le tube Angela du Saïan Supa Crew) à quelque chose de plus classique (le beau Solitude de Tanya St-Val) ou à une mise en zouk d’un sample de Human Nature de Michael Jackson (Mwen Enmewde Malone). La compilation Zouk R’n’B’Vol.3 est plus intéressante parce que plus originale dans ses "dérapages" hors de la pulsation du ti-bwa. On pense notamment à Tou Sa Mwen Envide Dominique Bernier, à Assassinat de DJ Ludovich et Lord Kossity, à la version politiquement incorrecte du vieux tube africain, Amio, par OJ Blad ou au magnifique Respekt de Dominique Panol. Quoi d’étonnant finalement dans cette forme de brassage sans fin, de la part d’îles où tant de cultures s’interpénètrent?

Sébastien Molyneux

Compilation R’n’Zouk (Art & Son/Universal) 2003
Compilation Zouk R’n’B’ Vol.3 (Couleurs Music) 2002
R'n'Zouk party le 22 mai 2003 à partir de 22h00 : Le live des filles de la compile R'n'Zouk avec : Marie-José Gibon, Perle Lama, Akila, Marie-Jo C, Tanya St-Val. En guest Mike R' Deejay aux platines.
Club Med World
39, cours St-Emilion
75012 Paris