Gnawa Diffusion souk system

Après un remaniement du collectif, les Maroco-Algéro-Grenoblois marient toujours musiques du Maghreb, raga, punk, rock, chaâbi et rythmes gnawa, sur des textes ironiques et critiques. Le tout est porté très haut par la voix d'Amazigh Kateb qui cette fois, se focalise sur les puissants, Bush ou Ben Laden à qui il dédie une "Ben la dance". Ils seront demain soir au Paleo Festival de Nyon en Suisse.

"Plus politique, moins poétique".

Après un remaniement du collectif, les Maroco-Algéro-Grenoblois marient toujours musiques du Maghreb, raga, punk, rock, chaâbi et rythmes gnawa, sur des textes ironiques et critiques. Le tout est porté très haut par la voix d'Amazigh Kateb qui cette fois, se focalise sur les puissants, Bush ou Ben Laden à qui il dédie une "Ben la dance". Ils seront demain soir au Paleo Festival de Nyon en Suisse.

Né il y a un peu plus de 10 ans, le combo grenoblois excelle dans la pratique d'une satire tantôt ironique et sensuelle ("Je voudrais être un fauteuil/ Dans un salon de coiffure pour dames/ Pour que les fesses des belles âmes/ S'écrasent contre mon orgueil" disait le fameux tube Ombre elles) tantôt plus politique ("Car sur ma terre natale se bâtissent de nombreux édi-FIS/ Les minarets culminent et les écoles rétrécissent/ FLN père et FIS nous mènent au sacrifice").

Une décennie et des centaines de concerts plus tard, le groupe s'est restructuré autour d'Amazigh, son chanteur berbère charismatique, fils de l'écrivain Kateb Yacine. Quatre membres sont partis, d'autres sont arrivés. Grâce à une nouvelle section rythmique, la venue d'un joueur de guembri (instrument à cordes des gnawa à la sonorité proche de la basse) de Marrakech et d'un percussionniste, les titres de ce Souk System gagnent en clarté. La rythmique plus assise et plus dépouillée, mais toujours fidèle à l'inspiration reggae, permet à chacun des musiciens de s'exprimer pleinement. "Avant, on était dans une réelle confrontation, confie Amazigh, on jouait tous en même temps"'. Du coup, l'auditeur sera peut-être plus attentif aux textes provocateurs d'Amazigh, chantés en français, en anglais et en arabe.

Ecrit après une tournée au Proche-Orient, avec l'appui des Centres culturels français (en Syrie, Jordanie, Irak, Soudan), et des concerts en Algérie, au Yémen et en Erythrée, cet album est un clin d'oeil à la situation géopolitique actuelle, avec de nombreuses allusions à Bush, Ben Laden, la guerre en Irak, la Palestine ou la Kabylie. Avec humour, les Gnawas glissent d'un rythme traditionnel vers une boucle électro ou d'un reggae à une mélodie country américaine pour fustiger Bush, sans que ce Souk System sonne faux ou facile. Si en cette année Djazaïr de l'Algérie, Amazigh a été nommé commissaire d'une exposition littéraire itinérante sur l'oeuvre de son père, il avoue qu'il n'ose pas encore mettre ses textes en musique. Les Gnawas montent en revanche une création avec des femmes du sud de l'Algérie, invitées en résidence à Grenoble.

Cet album fait directement référence à l'actualité, vous n'avez pas peur qu'il puisse devenir daté ?
Beaucoup de gens pensent qu'il est très ou trop politique, l'album est peut-être moins poétique que les autres, mais c'est notre époque qui l'est. L'album est un clin d'œil à la situation actuelle, notre grand souk organisé comme l'économie de marché, une gestion du chaos. Il veut contrecarrer des courants, comme l'arabophobie, l'islamophobie... La situation actuelle donne plus envie de se battre que de faire de la musique, donc je fais les deux. Ces concerts au Proche-Orient et en Afrique nous ont fait un bien fou, d'abord parce qu'on a appris à jouer dans toutes les conditions, ça amène forcément une énergie très particulière. En France, on a tellement le droit de parler qu'on ne dit plus rien, il y a presque une routine culturelle.

La création du groupe correspondait à une volonté de reconnaissance d'un héritage africain (celui des Gnawas, anciens esclaves) au Maghreb, est-ce que les choses ont changé depuis ?
Les dernières fois où l'on a joué au Maghreb, on a constaté que la négritude se manifestait plus ouvertement. En Algérie par exemple, le public venait habillé en sarahoui, habillé à la façon afro-algérienne. Quand on joue en Afrique noire, il a un vrai contact qui se crée entre les cultures que l'on rencontre et celles que l'on amène avec notre couleur nord africaine, européenne, caribéenne... La musique gnawa fait ce lien, où que l'on joue, elle appartient au public. J'ai découvert la musique Gnawa et les Noirs du Maghreb, par hasard, à l'âge de neuf ans dans le sud de l'Algérie. Là-bas, j'ai compris que l'africanité était en nous et qu'elle nous permettait de nous réconcilier avec nos cultures. Quand j'étais petit je ne pouvais pas écouter de musique arabe, ni de chââbi ou de musique arabo-andalouse. Pour moi c'était une musique de vieux, trop traditionnelle avec un langage trop pompeux. Dans le sud, j'ai découvert une autre musique qui utilisait la même langue mais dont les rythmes me touchaient plus. C'est grâce aux Gnawa du Sud que je me suis mis à écouter les musique du Nord. Si un Algérien s'identifie à l'occident, au monde arabo-musulman, au désert ou à la Méditerranée, ça sonne faux : il n'y a que l'Afrique qui porte toutes nos identités.

Vous avez été longtemps empêché de jouer en Algérie, comment abordez-vous cette année de l'Algérie ?
Depuis longtemps, le groupe avait le projet de monter une création avec des femmes algériennes autour de deux thèmes négligés là-bas : la féminité et l'africanité. Nous allons donc monter une création intitulée Nakhla (le palmier) avec Aicha Lebgaa et des chanteuses de Timimoun (ville saharienne au sud-ouest de l'Algérie, ndlr), que nous présenterons à l'automne en France. Je ne veux pas laisser cette année aux renards, scorpions et autres menteurs. Je souhaite qu'elle soit l'année des Algériens, qu'ils se l'accaparent et ne la laissent pas à des institutions ou à des gens qui veulent donner une certaine image du pays pour leurs propres intérêts.