LE RETOUR D'EDITH BUTLER

Après huit ans d'absence, la chanteuse québécoise Edith Butler, un temps retirée dans ses terres, revient avec Madame Butlerfly nous conter ses belles légendes du Nouveau continent. Et celle de sa rencontre musicale avec Catherine Lara.

La fille des bois.

Après huit ans d'absence, la chanteuse québécoise Edith Butler, un temps retirée dans ses terres, revient avec Madame Butlerfly nous conter ses belles légendes du Nouveau continent. Et celle de sa rencontre musicale avec Catherine Lara.

Edith Butler arpente depuis une trentaine d'années les scènes du Québec et du monde portant très loin et très haut le chant de son Acadie natale. Elle est une artiste un peu à part dans le paysage de la chanson québécoise. C'est une terrienne, une vraie, dans l'âme, une ethnologue aussi. Son nouvel album se présente comme un parcours ethno-historique grâce aux légendes du pays d'érable qu'elle recueille et qu'elle façonne à sa manière. Pour son retour discographique, c'est Catherine Lara qui lui a remet le pied à l'étrier. Ensemble et avec sa complice de toujours, la parolière Lise Aubut, elles ont réorchestré ces chants d'amour et d'amitié aux thématiques traditionnelles ainsi que deux créations.

On ne l'avait plus entendue depuis A l'année longue (1995). Madame Butlerfly est pourtant son 26ème album. Ainsi pendant 25 ans, elle fait un album tous les ans. Connue et reconnue chez elle comme l’interprète du folklore acadien, elle reçoit en 1984 le prix Charles-Cros pour son album De Paquetville à Paris. Son répertoire suit toujours le même tracé, celui de ses racines, faisant des mélodies traditionnelles de son Québec natal, son cheval de bataille. Plus préoccupée ces dernières années à manier "la pelle et la scie mécanique" plutôt que le micro et les partitions, elle est fière de ce retour à la terre et a rebâtit une vieille maison au milieu des bois "au milieu de 45 hectares" : "C'est aussi grand que le Vatican ! J'avais envie de travailler avec mes bras, avec mon corps" Mais quand on a la fibre artistique, on revient toujours un jour. Il aura fallu cinq ans de gestation pour que ce disque voie le jour. On y reconnaît la patte de Catherine Lara sur les arrangements, épaulée par le pianiste Thierry Eliez (Deep Forest). Un album loin d’être banal, pas évident à amener vers le public, mais comme le souligne si justement Edith Butler: "Il faut prendre son temps pour le digérer". Elle répond à nos questions :

Qu'est-ce qui vous a réuni avec Catherine Lara ?
C'est une amitié vieille de trente ans. Toute ma vie, de mon éducation à mes études d'ethnographie jusque dans mon parcours musical, j'ai baigné dans la musique traditionnelle, tandis que Catherine, elle, a baigné dans la musique classique. C'est la réunion de nos expériences, également celle de deux continents, l'Ancien et le Nouveau mais étrangement c'est du mien, le Nouveau, que viennent les chants traditionnels. La musique que je faisais est toujours très terre à terre, carrée, enfin ce que j'appelle notre musique classique à nous et je ne voulais plus la faire de cette façon. En la réorchestrant, Catherine Lara lui a donné ses lettres de noblesse. Je lui avais envoyé une trentaine de thèmes chantés a cappella pour ne pas l'influencer. Catherine Lara a fait le reste. Elle connaît tellement bien les sons, c'est une musicienne de talent, elle a une oreille effrayante.

On retrouve trois thèmes que l'on connaît bien en France ?…
Pour le traditionnel A la Clairefontaine, j'ai retrouvé 2000 versions de ce thème. Nous avons pris le principal, celui que tout le monde connaît, auquel nous avons rajouté les refrains d'un autre, celui du pays basque, du côté de la grand-mère espagnole de Catherine, un peu gitan, un peu mauresque.
L'autre thème plus connu, Dans les prisons de Nantes, a une jolie histoire, car c'est un traditionnel que Tri Yann avait pris de Louise Forestier qui, elle-même, l'avait repris d'un album de vieux chanteurs dans les années 60. L’enfant au Tambour, c’est une chanson de Noël que Catherine a chanté aussi par le passé.

Dans vos chants, vous explorez le répertoire amérindien, français et acadien  ?…
Acadiens et Amérindiens, nous sommes un peuple mêlé, c'est le français qui est notre lien. Pour le thème Kikimo hamacin, qui date de 1654, il y avait chez nous des Jésuites pour évangéliser les autochtones. L’un d'eux Jean de Brébeuf, a été massacré, c'est d'ailleurs l'un de nos saints martyrs. J'ai retrouvé un couplet en huron, qui est une langue iroquoise et Lise Aubut, ma parolière a rajouté un refrain qui n'existait pas en algonquin, autre dialecte, qui dit en substance ceci : "Apprends-moi la naissance, apprends-moi la mort, apprends-moi l'éternité". J’ai pris conscience de l’importance de ma culture, mais ça ce n’est pas nouveau.

Madame Butlerfly (Trema / Sony)