3 groupes, 3 chroniques

Trois petites chroniques estivales entre le rattrapage de printemps pour Miro et Padam et Au P'tit Bonheur qui devrait enluminer septembre.

Miro, Au P'tit bonheur, Padam.

Trois petites chroniques estivales entre le rattrapage de printemps pour Miro et Padam et Au P'tit Bonheur qui devrait enluminer septembre.

MIRO
Jongleur de mots

Confirmation s'il en est pour Miro avec ce deuxième opus En plein vol (Inca/Emi) qui joue de sa pop déchirée entre funk et reggae mais jamais où on l'attend.

Miro est-il encore un artiste underground? Plus pour longtemps en tout cas. De cet ovni touche à tout, on se souvenait de Billy le Funkyman, extrait de son premier album La Voix du vaurien. Deux après, il remet la sauce. Fin guitariste et musicien extrême au parcours chaotique, tout claque chez lui, de ses mots à sa musique et surtout la façon dont il les balance. Très funky sur Normalement dans lequel il manie correctement le second degré, il décortique aussi savamment les mots dans ANNA/grammes.

Né à Amsterdam, Miro a vécu en Tunisie, en Allemagne et en Italie, il parle six langues mais c'est en français qu'il adore écrire. Tant mieux. Et pas étonnant d'ailleurs qu'il se sente le petit frère d'un vrai chauffeur de salles qu'est le Québécois Jean Leloup, grosse vedette au Canada (plus rien chez nous depuis En 1990), et dont il fait la reprise ici de Edgar. Tous deux partagent le même goût pour l'improvisation.

Un second album que Miro a écrit durant ses tournées et pour lequel l'ont rejoint le groupe Tryo en duo sur Rêve de rose, Pascal Parisot au ukulélé ainsi que le batteur de Miossec et de la grande Sophie aux baguettes. Décidément trop à l'étroit chez Columbia, il a rejoint le label Inca, un label à taille humaine. C'est certain, Miro n'est pas prêt d'atterrir.

AU P'TIT BONHEUR
Le bonheur des retrouvailles.

C'est bien connu, le bonheur est au coin de la rue. Pourtant il aura fallu attendre six ans pour retrouver le groupe Au P'tit bonheur, grâce à leur quatrième album Entre Noël et Ramadan (Sterne/Sony) plus que jamais emmené par son chanteur Jamel Laroussi.

Un bonheur qui n'arrive pas seul puisqu'on le ré-écoute tel qu'on l'avait laissé sur la platine avec Optimiste en 1997. Les mêmes premiers accords manouches, la même voix un brin rocailleuse, les violons toujours persistants et les percussions là où il faut. Dans Noël et Ramadan se glissent en filigrane les questionnements de Jamel dont on sent le tiraillement entre ses deux cultures. Né à Tunis, le chanteur a grandi dans une banlieue française aux airs de campagne avant de faire l'instituteur pendant neuf ans à Aulnay-sous-bois. De l'enseignement à l'artistique, le chemin fut tortueux, mais cela en valait la peine. Un album coloré musicalement qui marie de façon délicate le jazz au style oriental avec une pincée de sonorités sud-américaines, africaines et slaves. La faute en revenant à l'Argentin Juan Alfonso Pacin à la direction musicale. Parmi les fidèles, on reconnaît l'accordéon d'Arnaud Méthivier, au poste depuis de longues années. Enfin, comme un clin d’oeil à l’été qui bat son plein, manière aussi de ne pas oublier son plus grand succès de 1991, Au p'tit bonheur réinterprète J'veux du soleil en duo avec les filles de Maximum Kouette. Puisqu’on vous le disait : que du bonheur!

PADAM
Orient sur Seine

Leur java orientale aux airs de guinguette devrait faire mouche une nouvelle fois grâce à leur deuxième opus A côté de la plaque (Next Music) tout aussi swinguant.

Padam, ou la nouvelle chanson parisienne, a longtemps écumé les bistrots de leur joyeuse musique mêlée de jazz et de java, slave ou orientale. C'est tout naturellement dans un bastringue parisien qu'ils ont été découverts. C’est aussi un refrain bien connu d’Edith Piaf qui leur a suggéré leur nom. Mandoline, clarinette, derbouka et guitare manouche font le lien avec les compositions de Nader Mekdachi, le chanteur à la voix chaude et éraillée. Les cinq compères aux origines diverses (libanaise, algérienne, polonaise et versaillaise) ne sont que le juste reflet de ces musiciens du Paname interlope qui hante les cafés-concerts de la capitale. On y cause avec beaucoup de poésie de la vie des petites gens comme ce Robert ou Fernand, qu’on a tous croisés un jour. On y chante les femmes et la solitude, on y suggère les rades enfumés et les rencontres qu’on y fait. Après un premier album éponyme auto-produit, Padam trace avec succès sa nouvelle route discographique. On ne peut toutefois s’empêcher de penser très fort aux Négresses Vertes, ce qui est plutôt un gage d’encouragement.