Art Mengo

Art Mengo, Toulousain quadragénaire, fait figure d'ovni dans le paysage chantant français. Invisible pour son compte depuis cinq ans, il signait récemment des titres pour Enrico Macias, Salvador ou Hallyday. Aujourd'hui, il revient sur le devant de la scène avec La vie de château, son nouvel album.

La vie de château

Art Mengo, Toulousain quadragénaire, fait figure d'ovni dans le paysage chantant français. Invisible pour son compte depuis cinq ans, il signait récemment des titres pour Enrico Macias, Salvador ou Hallyday. Aujourd'hui, il revient sur le devant de la scène avec La vie de château, son nouvel album.

La vie d'artiste est-elle vraiment la vie de château ?
En tout cas, les cinq ans que je viens de vivre pour la conception de ce disque l'ont été ! J'ai fait cet album sans m'en rendre compte, c'est important. Je sors de dix ans de contrat chez Sony où l'on doit faire un album tous les deux ans. Au début, on est super content de faire des disques et puis on s'essouffle. C'est un métier où il est difficile de tricher, on arrive à saturation. Cela m'est arrivé et j'ai même songé à arrêter le métier. Je ne prenais pas un gros risque vu qu'à côté, je pouvais continuer à écrire et composer pour les autres. J'ai installé mon studio chez moi. C'était un confort énorme d'aller travailler en pantoufles. Je n'étais plus sous contrat donc je n'avais plus de pression, je pouvais travailler comme je voulais avec qui je voulais. Et c'est pour cela que j'ai intitulé cet album La vie de château parce que pour moi c'est la compilation des meilleures chansons que j'ai faites en cinq ans, dans le confort et la tranquillité.

Toutes n'étaient pas pour vous pourtant…
C'est vrai, il y a eu des détournements. Par exemple Je passerai la main était une chanson pour Luz Casal, mais elle n'en a pas voulu. J'ai trouvé cela dommage alors je l'ai prise pour moi. L'enterrement de la lune était destiné à Juliette Greco. Entre les chansons détournées et celles écrites pour moi, je me suis rendu compte que j'avais un album à dealer auprès d'une maison de disques. Et voilà !

Mais pourquoi ne pas avoir travailler plus égoïstement, ne pas avoir plus privilégié votre propre carrière ?
A un moment, on est plus "amplifié" par les autres artistes que par soi-même. Je pense qu'honnêtement si j'étais un grand vendeur beaucoup de chansons passeraient par moi. Mais je me rends compte que lorsque je fais un titre pour Florent Pagny qui devient un single, c'est vraiment beaucoup plus amplifié que si c'était sur un de mes albums. Je fais deux bossa nova, je les donne à Henri Salvador et cela se vend à un million ! Le but est aussi de partager sa musique avec le plus de monde possible. Moi ce qui m'éclate en tant que chanteur, c'est de faire de la scène.

Oui, mais pour faire de la scène, il faut vendre des disques ?
J'ai la chance d'avoir un noyau de fidèles qui me permettent de pouvoir faire de la scène. Maintenant j'ai quarante berges et je commence à analyser les choses. Mais c'est toujours un peu frustrant de se dire : "Cette chanson, si tu la files à quelqu'un d'autre, elle sera plus connue que si tu la chantes toi-même". C'est vrai que j'y pense de temps en temps. Après il y a une question de caractère. Très tôt, j'ai refusé beaucoup de choses. Je fuyais les émissions de télé, je ne voulais pas faire de promo. Ma rébellion à moi c'était de n'être jamais là. Et maintenant, peut être que je le paie. Mais en même temps, j'ai très vite atteint mon but, à savoir de vivre de ma musique. C'est un peu con de dire cela, mais c'est vrai que j'aurai très bien pu ne faire que du piano-bar. A partir de là, tout c'est que du bonheur.

Un bonheur qui passe sur cet album par des chansons pour ceux que vous aimez comme Monsieur Claude ?
J'ai toujours été fan de Claude Nougaro. J'ai compris en l'écoutant que ce n'était pas ringard de chanter en français. II m'a fait découvrir des Brubeck, des Monk… J'ai toujours été impressionné par lui mais je ne voulais pas lui faire un hommage, je trouvais cela un peu pompeux et j'ai juste voulu lui faire un petit clin d'oeil, de chanteur à chanteur. On n'ose pas dire à quelqu'un : "Je vous adore"… C'est toujours un peu délicat. Mais lui ne sait pas que déjà, à seize ans, je lui avais pris la tête avec un copain à Toulouse, dans la rue. On lui avait demandé un autographe, moi qui ai horreur de cela ! C'est un des rares chanteurs à qui j'avais envie de dire "Tu m'as donné envie de faire cela".

C'est surprenant qu'en ayant écrit pour tant d'autres, vous n'ayez jamais écrit pour lui ?
C'est une question de pudeur. Et puis quand on aime quelqu'un on n'a pas trop envie de s'approcher, de le toucher pour le laisser intact. Lui, il travaille plutôt sur Paris. Moi, je suis resté assez toulousain dans ma façon de faire.

Qu'est ce qui fait, selon vous, la beauté ou la pertinence d'un texte ?
L'idée ! Je trouve par exemple que Je passerai la main, juste cette phrase-la, évoque trois ou quatre idées différentes. C'est le pardon, l'abandon, le relais et la caresse. J'adore cette idée de L'enterrement de la lune. La lune dans la terre, c'est une belle image. Dans Le temps perdu j'aime aussi cette idée de n'avoir pas rencontré une personne dans le bon timing. C'est surtout une idée qui fait que je vais la mettre en musique. Il faut que cela me parle parce que je suis un des rares à travailler la musique à partir d'un texte. Je ne sais pas faire l'inverse. J'ai essayé mais je suis toujours déçu du résultat. Alors qu'en travaillant à partir du texte, il m'est arrivé d'apprécier un texte moyen en éclairant musicalement certains passages qui m'avaient échappé à la lecture.

Et les thèmes abordés par la jeune vague des Bénabar, Delerm, Boogaerts, M, que vous inspirent-ils ?
Je ne les connais pas tous. Mais je suis un peu frustré musicalement. Les textes sont supers, un peu anecdotiques mais vraiment sympa. C'est musicalement que je n'y trouve pas mon compte. Quand j'entends Delerm, je trouve qu'il y a de vraies idées dans les textes mais musicalement pour un musicien c'est vraiment très pauvre. Bénabar c'est bien arrangé, travaillé mais la mélodie n'est pas démente. M c'est différent, sa folie est très riche en revanche, son côté farfelu m'éclate. Ce que j'aime, c'est le discours des musiciens.

Propos recueillis par Frédéric Garat

La Vie de château (Polydor)