Les racines de Dominik Coco

Ancien pilier du groupe de zouk défunt Volt-Face, dans Lakou Zaboka, son nouvel album foisonnant d’influences, Dominik Coco revendique ses racines créoles à travers une ligne musicale caribéenne, délibérément éclectique. Rencontre.

Nouvel album pour l'ancien chanteur de Volt-Face

Ancien pilier du groupe de zouk défunt Volt-Face, dans Lakou Zaboka, son nouvel album foisonnant d’influences, Dominik Coco revendique ses racines créoles à travers une ligne musicale caribéenne, délibérément éclectique. Rencontre.

RFI : Quel sens a le titre que vous avez choisi pour votre nouvel album ?
Dominik Coco : Né à Pointe-à-Pitre le 24 octobre 1966, j’ai passé mon enfance à Sainte-Anne. J’affectionne beaucoup ma commune. Lakou Zaboka, c’est le quartier où j’ai grandi en fait. A travers ce titre, j’ai voulu faire aussi référence à la cour, propre aux structures des maisons traditionnelles antillaises. Il y a la cour qui se trouve juste derrière la maison, où l’on faisait à manger et plantait des arbres fruitiers de "première main " comme le piment, le citron. Il y a celle aussi que l’on appelle "cour à l’échelle de quartier". C’est très typique des Antilles, mais tend à disparaître. Cela correspondait à un mode de vie jadis, les familles se regroupaient, on s’entraidait. J’ai grandi dans un quartier comme cela à Sainte-Anne, Lakou Zaboka. Dans les années 80, quand j’étais ado, ça bougeait bien culturellement et politiquement. Il y avait beaucoup de mouvements associatifs. Le premier festival de Gwo Ka de Sainte-Anne date de cette époque. Petite commune située au sud-est de la Guadeloupe, Sainte-Anne est un lieu important pour la musique traditionnelle. Esnard Boisdur, la famille Geoffroy (le groupe Kan’nida) sont de là. J’ai été marqué par tout ça.


Cette référence à la société traditionnelle, cela peut paraître étonnant de la part de quelqu’un que l’on a connu d’abord comme chanteur de zouk love, dans le groupe Volt-Face, monté par Georges Decimus...
Depuis mon premier album, Liberté Savane (1999), dans lequel je reprenait un titre de Guy Konket (Klé a Titine), j’ai clairement affiché cet attachement à l’identité guadeloupéenne. Il est vrai qu’avec Volt-Face, entre 90 et 96, j’ai connu un vrai succès dans le registre du zouk love. Les gens m’ont donc associé à l’image du "lover". Cette image m’a encombrée. Quand j’ai entamé une carrière solo après Volt-Face, j’ai commencé par un premier titre qui s’appelait Natirèl poézi (1998) et certains m’ont reproché alors de ne plus faire de zouk love. Cependant dans Volt-Face, en dehors du zouk love, il y avait aussi des titres "engagés" pour la culture, la défense du patrimoine caribéen. En fait, j’ai toujours été sensible à tout cela. Lorsque j’étais jeune, Eugène Mona, Joby Bernabé, le groupe 6ème Continent de Kali, m’ont beaucoup marqué. J’avais un cousin dans le quartier qui écoutait ces gens-là et écrivait lui-même des poèmes. Je savais que cela me correspondait. C’est pour cela qu’avant l’aventure Volt-Face, j’avais commencé par le gwo ka. A Poitiers où j’ai fait mes études, j’étais responsable des activités culturelles d’une association d’étudiants antillo-guyanais et j’ai écrit une pièce qui évoquait l’histoire des Antilles.


Aujourd’hui, notamment à travers votre dernier album, vous revendiquez clairement un éclectisme musical affirmé.
Le gwo ka et ses sept rythmes de base, la biguine, le zouk et puis, à côté, les pays voisins avec leur musique, reggae, kompas, salsa, tout cela forcément m’influence. Après, il faut trouver son propre style. Avec des amis, nous avons baptisé ma musique "kako mizik". "Kako" signifie en créole "marron". C’est donc un clin d’œil à la fois au marronnage et au marron qui est un mélange de couleurs. Toujours dans la même idée de mettre du sens dans les termes choisis, j’ai appelé mon groupe Karibean Koumbeat. "Koumbeat" vient du créole haitïen, et veut dire "coup de main". On revient donc à l’idée de cour et d’entraide.


Ne peut-on pas vous reprocher, au vu de votre démarche très éclectique en tant que compositeur, de vous disperser quelque peu ?
On ne parvient pas à me classer ? Tant mieux ! Pourquoi obligatoirement rentrer dans une catégorie ? Ce que je fais, ça reste tout de même de la musique de la Guadeloupe même si on y entend différentes influences. S’y retrouvent les bases de la musique guadeloupéenne : du gwo ka, du zouk de la biguine. Le titre Lakou Zaboka est dédié à Akiyo, à des amis qui depuis des années tous les samedis vont dans la rue piétonne de Pointe-à-Pitre faire du gwo ka. Le premier couplet dit "Tanbou épi palé kréyol" parce que le tambour et le créole sont les deux "poto-mitan" qui nous tiennent encore aujourd’hui, c’est notre socle.


La jeune génération aux Antilles semble rejeter le zouk et lui préférer le dancehall. Le zouk est-il mort ?
Je suis sûr que dans les années à venir, on va se plaindre des conséquences de cette attitude de rejet, comme les aînés se plaignent aujourd’hui de celui subi par la biguine, enterrée, il fut un temps, par les nationalistes, qui la considéraient comme une musique doudouiste. Le résultat a été que les musiciens de ma génération ne se sont jamais intéressés à la biguine. Je me suis dit qu’en tant que défenseur du patrimoine culturel, je ne pouvais pas ne pas en mettre également dans mon album. Il serait temps d’arrêter de tirer sur le zouk. Persister dans cette attitude, c’est le condamner à disparaître. Plus personne ne va en faire. Et plus tard, on regrettera de l’avoir perdu.


Lakou Zaboka (Koumbeat Production)