Les Primeurs de Massy

Une nouvelle cuvée pour ce 6ème festival des musiques chantées de Massy, en région parisienne qui, du 29 octobre au 1er novembre dernier, a donné à découvrir de jeunes artistes n'ayant enregistré qu'un premier album. Revue de détail avec Jérémie Kisling, La Tropa et Sébastien Martel.

Premier album, premières scènes

Une nouvelle cuvée pour ce 6ème festival des musiques chantées de Massy, en région parisienne qui, du 29 octobre au 1er novembre dernier, a donné à découvrir de jeunes artistes n'ayant enregistré qu'un premier album. Revue de détail avec Jérémie Kisling, La Tropa et Sébastien Martel.

S'il est dans l'ordre des choses que les primeurs un jour se bonifient, cette nouvelle édition devrait contenter son directeur, Christian Maugein et son complice Olivier Poubelle, patron d'Astérios*, à eux deux l'âme de ce festival : "C'est aussi une édition qui se démarque artistiquement de celle de l'an dernier, la programmation s'avérant plus rock que chanson" explique son directeur. On ira donc à contre-courant car c'est bien cette chanson-là qui nous intéresse lors de cette seconde soirée. L'ambiance est bonne, les concerts affichent complet, la buvette ne désemplit pas et, rançon du succès, l'équipe songe à s'agrandir.

Le but avoué est aussi de faire venir les professionnels du spectacle, tourneurs, managers, maisons de disques qui peuvent y faire leur marché. On peut ainsi sans trop se tromper dire que ces Primeurs de Massy sont un merveilleux tremplin pour qui sait saisir sa chance.

Blues rural

Dans la famille des artistes bricolos, Sébastien Martel en est le grand frère. Avec sa gueule de beau gosse, coiffé d'un chapeau de cow-boy, il nous faire partager son monde intimiste. Son premier album Ragalet, gravé sur le mode artisanal, en analogique sur son nagra, et au milieu de sa campagne poitevine, déroule ses ballades folk teintées de musique latino-américaine dont il raffole. Jouant de son flegme anglo-saxon, Sébastien Martel sifflote, poussant même le vice jusqu'à chanter en anglais les narrations de la poétesse londonienne Francesca Beard, de même que celles de Vic Moan et Franck Monnet.

Christian Maugein a une tendresse particulière pour Sébastien Martel : "il venait tous les ans comme guitariste sur le festival, avec Camille l'an passé. On rentre un peu dans sa chambre, c'est une histoire de famille, y'a son frère sur scène, sa grand-mère dans le titre de l'album". Ragalet pour ragtime et galette : oui, parce que Sébastien Martel adore les galettes (des sablés, en fait), au point d'en distribuer à toute la salle. Artiste décalé façon Géo Trouvetout, il est devenu, au fil de ses nombreuses collaborations, le guitariste fétiche de la nouvelle scène parisienne de la chanson. Autour de lui, d'autres cow-boys, l'un joue du triangle façon paysan brésilien du Nordeste, quelques maracas… la soirée s'écoule en douceur. Chacun grignotant son sablé.

Carquois en bandoulière, elles sont trois sur scène, les filles de La Tropa. De fait, Caroline, Julie et Marie affûtent leurs archets de manière originale. Un tempo énergique, de jolies mélodies sur des textes ouatés, une belle présence scénique, et pourtant elles n'ont pas choisi la facilité. Mais elles sont su réconcilier un ensemble classique, d'abord difficile, en lui trouvant un écrin moderne, soutenues par un batteur, en retrait certes mais suffisamment présent. Un summum ! Ces violonistes de 25 ans arrivent à Massy, toutes auréolées de leur prix Découverte du Printemps de Bourges et de la Fnac. Avant de s'attaquer à une carrière solo, leurs archets ont accompagné les Naufragés ou Zenzila mais aussi Miossec, les Hurlements d'Léo ou encore Bumcello. Et comme elles ont eu raison de franchir ce pas ! Si elles passent sur votre route, ne les manquez pas.

Jérémie Kisling prend place avec son drôle de big band. Quatre musiciens en costumes cintrés et perruques plaquées font les zouaves derrière le chanteur suisse. Longiligne et d'apparence fragile, Jérémie Kisling plaque ses premiers accords sur une ballade Sixtie avant d'entamer la litanie des souffrances propres aux trentenaires : "J'ai trente ans, quand les filles sont belles à vous tordre le sang, je détourne les prunelles", ce qui en soi ne va pas arranger la communication entre les sexes, mais c'est chanté avec plein de poésie, alors pourquoi pas ? Un organiste échevelé maintient la mesure et amuse l'assistance. Certes, on avait déjà remarqué Jérémie Kisling au Zèbre de Belleville à Paris, en première partie d'Aldebert, pour des prestations plus dynamiques, mais l'ensemble s'écoute agréablement.

On souhaite en tous les cas le même scénario aux professionnels et au public qui ont pu apprécier in situ durant ces quatre jours, une palette de nouveaux talents qui, pour les plus combatifs, se devraient d'émerger sur nos ondes hexagonales.

* Production de spectacles (Thomas Fersen, les Têtes Raides)


Sebastien Martel Ragalet (Source)
La Tropa (A gauche de la lune)
Jérémie Kisling Monsieur Obsolète (Naîve)

Pascale  Hamon