Nuit chaude aux Trans

Que serait une soirée anniversaire sans un événement spécial concocté uniquement pour çà. C’est ce qu’ont dû se dire les organisateurs des Trans en permettant la re-formation d’un des groupes cultes de la scène alternative française des années 80, Bérurier Noir. Jeudi 4 décembre 2003, restera dans les mémoires comme un moment privilégié de cette 25ème édition du festival rennais.

Les Bérurier Noir aux Transmusicales

Que serait une soirée anniversaire sans un événement spécial concocté uniquement pour çà. C’est ce qu’ont dû se dire les organisateurs des Trans en permettant la re-formation d’un des groupes cultes de la scène alternative française des années 80, Bérurier Noir. Jeudi 4 décembre 2003, restera dans les mémoires comme un moment privilégié de cette 25ème édition du festival rennais.

Dans la nuit froide de Rennes, la grande fête se prépare. Une soirée anniversaire que Jean-Louis Brossard, directeur de la programmation n’a pas forcément encouragée mais pour laquelle il a tout de même réussi une belle opération en faisant venir dans cette salle du Liberté des artistes comme Arno, Denez Prigent, Berurier noir, Stephan Eicher ou Daniel Waro.

Des barrières, des grillages enserrent cette grande salle. Des voitures de police stationnent dans les coins. Ambiance samedi soir de championnat de foot plutôt que de concert. Depuis la fin d’après midi, les alentours se remplissent. D’aucun font déjà le pied de grue devant l’entrée très tôt dans la soirée. Il faut dire que le concert est complet depuis plusieurs jours et que beaucoup ne pourront pas entrer. Quelques crêtes de cheveux rouges ou bleues sont là pour rappeler quel groupe passera ce soir. Sans nul doute, Bérurier Noir va encore frapper.

A l’intérieur du Liberté, les choses commence dès 20 h. Denez Prigent est le premier invité de marque. Le chanteur breton faisait là son retour devant un public très rock dix ans après son premier passage aux Trans. Quant vient le tour d’Arno, avec sa démarche chaloupée de buveur invétéré, l’ambiance commence à se réchauffer sérieusement. La foule est de plus en plus dense et la salle, bondée. Entre chanson rock, blues chancelant et autre ballade déglinguée (on aime tellement Les Yeux de ma mère), Arno fait son show et le public s’enflamme, y compris quand il chante Les filles du bord de mer, valse rengaine d’Adamo (rappelons-le) dansée ici sur le mode pogo!

Renaissance

Vient enfin LE grand moment, celui que tout le monde attend avec impatience: l’arrivée des Béru. Pour le moins inattendue cette re-formation n’en ait pas moins une belle surprise. Toujours aussi légendaire parce que jamais remplacé, le groupe reste aujourd’hui l’emblème du rock alternatif qui a notamment vu émergé une star internationale, Manu Chao. Les Béru eux, s’étaient séparés ou plutôt sabordés en pleine gloire lors de concerts historiques à l’Olympia à Paris, en novembre 89.

Les deux fondateurs, Loran et François, commencent leur carrière d’agitateurs dès 83 dans un squat de banlieue parisienne. Paroles engagées, scandées plus que chantées, riff de guitare saturée et boîte à rythmes, sont les composantes basiques de la marque Bérurier Noir, du nom du héros de San Antonio. La troupe s’agrandit recrutant quelques acolytes dont Masto et son saxo, devenant même une espèce de cirque trash. On se souvient de titres aussi évocateurs de la noirceur véhiculée par les Béru, que Nada (1983), Concerto pour détraqués (1985), Joyeux merdier (1986) ou Souvent fauché toujours marteaux (1989). Ne faisant aucun concession au système et portés par leurs convictions contestataires voire libertaires, ils parcourent l’Europe entière, donnant des concerts survoltés, marquant pour longtemps une époque importante du rock français.

Voici quelques mois et quinze ans après leur séparation, Loran et François travaillaient sur un projet de documentaire consacré à l’histoire des Bérurier Noir. Cela permis à deux DVD sortis ces jours-ci sur leur label Folklore de la zone mondiale (distrib. Wagram Music) et intitulés fort à propos Même pas mort, de voir le jour. Assez naturellement, Jean-Louis Brossard et les Bérurier noir se sont mis d’accord pour un concert exceptionnel aux Trans cette année. Il faut dire que ce ne sont pas des inconnus les uns pour les autres puisque ici, on se souvient encore d’une «Fiesta bérurière» en 86, digne de figurer dans le palmarès des grands moments du festival rennais.

Ce jeudi de la fin 2003 voit donc le retour (unique?) des Berurier Noir, devant un public acquis certes, mais étonnamment jeune. Enfants de l’alter-mondialisation, certains des 18-25 ans se sentiraient-ils des affinités avec ces vieux briscards qui n’ont pas abandonner leur idéal en cours de route? Bien entendu, quelques irréductibles punks ont fait le déplacement. Mais ce ne sont sans doute pas les plus nombreux des 5000 personnes présentes ce soir.

La scène est grande mais finalement assez exiguë pour la dizaine de personnes qui composent le groupe ce soir. Outre Loran (guitare), François (chant) et Masto (saxo), quelques choristes, danseuses, cracheur de feu, faux sumo tatoué et autres fantaisies humaines viennent animer le cirque Béru. Un grand écran balancent des images et le concert d’une heure et demie tourne au grand show. Le public survolté cherche à monter sur scène et à approcher les idoles d’un soir ou d’une vie. La sécurité du bord de scène gère avec habileté tout ce beau monde. Il faut dire que pour l’occasion, ce sont des copains du groupe qui sont venus prêter mains fortes: les musiciens de la Brigada ainsi que Fred Alpi, chanteur de son état. La musique est toujours aussi puissante et les textes, percutants. Groupe sulfureux s’il en est, les Béru voudraient quand même que tout se passe bien, même si à l’extérieur et malgré leur appel au calme, arrivent des rumeurs d’émeutes. Le set des Béru se terminent sur un Bella Ciao (chant révolutionnaire italien) assez inattendu et la soirée semble se terminer ainsi pour la plus grande partie du public qui n’attendra pas Stephan Eicher ou le Réunionnais Daniel Waro.

A l’extérieur du Liberté, casseurs et forces de police se retrouvent pour un face à face entre jets de bouteilles de verre et gaz lacrymogènes. Il est une heure du matin, les Bérus en ont fini mais leur réputation sulfureuse les a accompagnés jusque dans la nuit chaude des Trans.