La grande vague zouglou

Le style musical de la décennie 90 très en vogue en Côte-d’Ivoire, le zouglou a pour origine un mot baoulé (Zuglu) qui signifie "tas d’ordures", "déchets" ou encore "n’importe quoi, n’importe comment". Un genre musical en forme d'exutoire pour une jeunesse en souffrance. Rappel des faits.

Expression d’humeur et d’opinion

Le style musical de la décennie 90 très en vogue en Côte-d’Ivoire, le zouglou a pour origine un mot baoulé (Zuglu) qui signifie "tas d’ordures", "déchets" ou encore "n’importe quoi, n’importe comment". Un genre musical en forme d'exutoire pour une jeunesse en souffrance. Rappel des faits.

"Couper Décale", traduisez: arnaquer, escroquer et disparaître de la circulation. C’est l’appellation codée depuis 2003 de la nouvelle forme musicale suburbaine de la Côte d’Ivoire fracturée. Elle propose un son aux ingrédients zouglou, un discours encenseur et une mise en scène de distribution publique de gros billets de banque. C’est certainement et uniquement à cause de la base musicale que des observateurs de la scène nationale présentent le genre comme un dérivé du zouglou, qui à la base, est une musique de revendication, et de dénonciation de tous les abus, devenue phénomène emblématique de la décennie 90.

Comment ce genre nouveau perverti des années de guerre qui fait l’apologie des arnaqueurs, des flambeurs des tricheurs et des frimeurs peut-il prétendre appartenir à l’expression zouglou? Remarquons qu’en cette année de déstructuration ivoirienne, on assiste à toute sorte de retournement de veste, de métamorphoses diverses et à l’émergence d’un impressionnant volume d’artistes de cour. En tout cas, on constate que Couper Décaler comme le zouglou attirent exactement le même public. Ciel!

Qu’est-ce donc ce fameux zouglou que tout le monde cite ou revendique et de quoi parle-t-il? Il tirerait son origine rythmique de l’Alloukou, des Bété, ethnie du centre-ouest du pays. On doit son développement à la jeunesse frondeuse et contestataire d’Abidjan, la capitale économique de la Côte-d’Ivoire. C’est d’abord dans des groupes informels dit "groupe d’ambiance facile" que le genre a pris forme. Nous somme à la fin des années 80.

«Zoouuuglou...» L’écho d’un cri nouveau de ralliement secoue l’arrondissement de Yopougon, la plus grosse commune populaire au nord d’Abidjan. Il partait des sessions musicales estudiantines de la bouillonnante cité universitaire de la dite commune. Les riverains amusés par cette manifestation du "trop plein d’énergie, d’une jeunesse insouciante", rassemblée comme un "tas d’ordures" étaient loin d’imaginer qu’ils assistaient là, à l’émergence du plus gros phénomène musicale depuis vingt ans. On doit donc ce concept musical et son dérivé chorégraphique, la "Zouglou-danse", aux étudiants qui le définissent comme un mouvement philosophique qui leur permet de se recueillir et d’oublier un peu leur problèmes.

Usant d’une recette toute simple, le genre construit rapidement son succès populaire. Doté d’instruments sommaires (percussions, bouteilles et cloches), ils exécutent une musique élémentaire, accompagnée de choeurs. Ce n’est que plus tard que les voix solo se développent. Ils usent d’humour pour rire d’eux-mêmes tout en disant leurs souffrances et offre une critique caricaturale de la société ivoirienne. Ils chantent en langues nationales, en français mais surtout en "noushi" une langue ésotérique inventée par la jeunesse urbaine.

Quand à la "zouglou-danse", elle s’exécute par une posture raide, des mouvements désarticulés, une mimique grimacée et les bras tendus jetés dans toutes les directions pour invoquer les esprits de l’univers. La pantomime illustre le texte des chansons qui disent le mal de vivre des jeunes en général et des étudiants en particulier.

Un exutoire pour appréhender la vie avec philosophie pour les exclus d’une société, regroupés comme des déchets et qui dansent n’importe comment (zouglou). System Gazeur serait le premier groupe à enregistrer une cassette acoustique du genre, sortie en 1989 et les groupes précurseurs, Les Parents du Campus, Esprit de Yop, Les Surchocs et Les Salopards. Dès 1991, la Côte-d’Ivoire entière danse au son du zouglou quand les Parents du Campus sortent Zougloudanse. L’album se vend à plus de 90.000 exemplaires grâce au tube Gboglo Koffi, signé par Bilé Didier. En une décennie toute l’Afrique est gagnée par la fièvre zouglou et elle continue sa progression à "bako" (derrière l’eau : Europe), en France, avec la percée de Premier Gaou signé Asalfo de Magic System .