Jeanne Cherhal

A vingt-six ans, Jeanne Cherhal prend son envol : son nouveau disque, Douze fois par an sort alors qu’elle est en pleine tournée. Rencontre

Douze fois par an

A vingt-six ans, Jeanne Cherhal prend son envol : son nouveau disque, Douze fois par an sort alors qu’elle est en pleine tournée. Rencontre

Son nouvel album, Douze fois par an, a été réalisé par le violoncelliste Vincent Segal, compagnon de M et moitié de Bumcello. Jeune femme d’aujourd’hui, vive et généreuse, elle appartient à cette génération qui plonge aux meilleures sources poétiques et spirituelles de la chanson française pour construire son répertoire – "en général, avoue-t-elle, je me donne beaucoup de règles d’écriture dans la chanson – rimes, nombre de pieds, un cadre formel strict". Et, pourtant, elle fait preuve d’une des plus délicieuses fantaisies de notre époque.

Il y a juste deux ans, Jeanne Cherhal jouait à l’Européen, à Paris, en compagnie de Vincent Delerm, pour célébrer la sortie de son premier disque. Elle a retrouvé le 10 février la salle de la place de Clichy, pour trois semaines avec ses nouvelles chansons – une série de portraits sur le vif, de souvenirs drôlement mélancoliques, de méditations insolentes sur l’air du temps.

RFI. – N’étiez-vous pas trop angoissée par l’épreuve du deuxième album ?
Jeanne CHERHAL. – En fait, le vrai deuxième album, ce sera le prochain. Le premier album était un live: à l’époque, j’avais fait pas mal de concerts mais je n’étais pas encore assez mûre. Je n’étais jamais entrée en studio et je ne me sentais pas prête. Mes chansons étaient des chansons de scène, pas assez solides pour le studio.

Etait-il inscrit dans vos gênes que vous seriez chanteuse ou cette idée a-t-elle mis longtemps à s’imposer ?
C’est venu assez tard. J’ai fait un peu de rock quand j’étais ado. Ce n’était pas concluant: on ne chantait pas en français, ça ne me parlait pas trop. J’ai commencé à chanter quand j’étais étudiante en philo à Nantes, vers 20-21 ans. Je voulais enseigner et j’ai commencé à faire des concerts en année de maîtrise. Ça n’a pas été une décision tranchée: j’allais de moins en moins à la fac, mon mémoire est passé à la trappe, j’ai fait de plus en plus de concerts. Et je n’ai pas eu de pression de mes parents: je le leur ai dit quasiment au moment où j’allais devenir intermittente.

Quels métiers font vos parents ?
Ma mère a été enseignante et maintenant elle donne des cours d’informatique dans des associations en milieu rural. Mon père est plombier.

Plombier? Alors ce que vous racontez dans La Station, les visites le dimanche dans une station d’épuration, c’est une histoire vraie ?
J’ai sans doute magnifié les choses. Nous n’allions pas tous les dimanches à la station d’épuration, j’y suis peut-être allée trois fois. Mais j’aime bien les friches industrielles, les choses un peu abandonnées. Je trouve du charme aux endroits qui ne sont pas destinés à être beaux.
Dans le premier disque, je m’impliquais moins. Il s’agissait de grandes idées traitées par une jeunette – c’est un peu vertigineux de parler de soi. Là, je parle de choses beaucoup plus personnelles que dans le premier. Dans Les Chiens de faïence, par exemple, je parle de mon père: il y a deux ans, je me serais trouvée ridicule.

En même temps que sort votre disque, vous êtes partie en tournée. Et vous n’êtes plus seule sur scène.
J’ai fait trois cents concerts piano-voix – maintenant, je sais comment faire. Cette fois-ci, je suis avec le guitariste Eric Lohrer, avec qui j’ai travaillé sur l’album. Au début, je me demandais si j’allais pouvoir laisser de la place à quelqu’un d’autre sur le plateau. En fait, c’est très excitant, cela oblige à être plus rigoureux, plus carré, plus construit.

Quel est votre bagage technique de pianiste ?
Mes parents avaient acheté le piano d’un cousin, alors j’ai pris un an de cours de piano à douze ans. J’ai arrêté mais j’ai toujours continué à pratiquer moi-même. Je lis très mal la musique, je n’ai pas de formation technique. Ça ne me manque pas trop mais j’ai très envie de prendre des cours. Justement, en travaillant avec Vincent Segal et Eric Lohrer, je me suis rendu compte de mon vide technique et ça m’a donné envie d’apprendre.

Comment s’est passé l’enregistrement sous la direction de Vincent Segal ?
J’ai vraiment eu de la chance. Nous avons fait quinze jours de studio et quasiment tout terminé la première semaine. Presque tout a été enregistré live, avec des premières prises. Segal y tient et parfois, quand je voulais refaire une phrase que je trouvais un peu fausse, il refusait parce qu’il préfère la spontanéité – il est même un peu intégriste, de ce point de vue.

Jeanne Cherhal Douze fois par an (Tôt ou tard) 2004