YANN DESTAL

Après avoir flirté avec le succès mondial au sein du groupe Modjo, Yann Destal - la voix du tubesque de Lady - tente aujourd’hui une aventure solo aux antipodes des rythmes électroniques. Recueil de pop ovni, The great blue scar compile rock symphonique façon Queen et autres compositions, sous forte influence 70s. Une première livraison dont ce poly-instrumentiste rêvait depuis l’adolescence, et qui a conservé la fraîcheur de ses jeunes années. Rencontre.

Un ex-Modjo en solo

Après avoir flirté avec le succès mondial au sein du groupe Modjo, Yann Destal - la voix du tubesque de Lady - tente aujourd’hui une aventure solo aux antipodes des rythmes électroniques. Recueil de pop ovni, The great blue scar compile rock symphonique façon Queen et autres compositions, sous forte influence 70s. Une première livraison dont ce poly-instrumentiste rêvait depuis l’adolescence, et qui a conservé la fraîcheur de ses jeunes années. Rencontre.

The great blue scar se situe à cent lieues de l’univers électronique de Modjo. Aviez-vous besoin de redéfinir les contours de votre musique? Ce n’était pas vraiment un besoin. Ce projet me tenait à cœur depuis des années. Je l’avais en tête à chaque fois que je faisais des morceaux tout seul sur mon quatre pistes, avec très peu de moyens, le plus souvent en cachette…Là, je me sentais enfin prêt pour me lancer. C’est sorti très naturellement, et je pense que ça aurait été plus ou moins la même chose avant ou après Modjo.

Vous faisiez des démos en cachette?!
J’ai souvent fait de la musique dans des contextes différents, dans des écoles ou des groupe. A chaque fois, je devais composer en fonction d’une autre identité que la mienne. Dans Modjo, je composais dans ce contexte électro, ce qui était super intéressant à faire. Mais quand je composais pour moi, je sentais bien que ça ne pouvait pas se marier avec d’autres projets.

Modjo ne correspondait pas à vos aspirations artistiques ?
C’est plus une question d’identité. J’étais très heureux artistiquement. Je m’impliquais autant que je le pouvais, je donnais 100% de ce que je pouvais faire. Ce que je fais maintenant est en rapport avec ce que j’ai dans la tête, plus intimement, ça me touche plus profondément. Mais la différence n’est pas musicale ou artistique.

On a parfois l’impression avec cet album très onirique, chanté en anglais, d’un rêve de gamin…
J’ai toujours été attiré par cette possibilité qu’on a avec la musique, de montrer un monde supérieur au monde réel. Tout à coup, on peut avoir des ailes, avoir les pieds au dessus du sol, faire rêver les gens. J’aime aussi beaucoup les chansons qui parlent de ce qui se passe dans la rue, du quotidien ou des rapports humains. J’en traite de temps en temps, je ne suis pas toujours dans le rêve, mais je me sers beaucoup de cet aspect-là de la musique. C’est important de faire rêver.

Et de faire une musique qui correspond à celle qui pouvait vous faire rêver étant jeune ?
Je ne sais pas. Tout ça est très inconscient…C’est peut-être difficile de me croire, mais quand j’ai fini cet album, je n’étais pas conscient du tout de cet aspect «épique», mégalo, les violons, les gongs, les chorales etc. C’est un truc que j’ai fait naturellement, qui bouillonnait, et que j’ai fait de manière très animale.

The great blue scar est un album très premier degré, dans le sens noble du terme: il n’y a rien de cynique, de décalé dans les paroles ou la musique…
On me demande souvent s’il s’agit d’un album concept, avec une histoire entre les chansons…Disons que tout ce qui est cynisme, concept, tout ce qui donne l’autorisation d’interpréter la chanson de telle ou telle manière ne m’intéresse plus. Je l’ai trop fait quand j’étais plus jeune, que je ne m’assumais pas vraiment. Je faisais mes chansons le mieux possible, mais il y avait souvent un côté blague. Et quand on me disait «c’est de la merde!», je répondais «oui, mais c’est pour rigoler»… Quand je me suis lancé, j’y suis vraiment allé à 100%. Pour moi, il n’est pas du tout question de blague: je suis sincère dans chaque note et dans chaque phrase. Je ne voulais pas me cacher derrière une espèce de mise en scène. C’est vraiment un truc qui pour moi sonne vrai.

Vos chansons font souvent écho au son des années 70, à des groupes comme Queen ou Pink Floyd. N’y a-t-il pas un risque de citation, de faire une musique essentiellement référentielle ?
Pour certaines personnes, cet album est très influencé. C’est vrai, mais pour moi, ce n’est pas là que se situe l’intérêt de ma musique. Il y a beaucoup d’influences effectivement, mais je n’en ai pas du tout honte. Je me sers au maximum de ce qui m’a paru intéressant, mais j’essaye de communiquer quelque chose qui m’est propre. Je me suis totalement décomplexé de cette histoire d’influence. Il y a toujours un groupe auquel faire écho. Parfois, j’avais une idée mélodique et je cherchais un groove «à launtel». Je n’ai pas peur de me servir de ce qu’il y a autour. Le seul problème serait de faire à une musique qui sonne comme celle de quelqu'un d’autre. Quand en écoutant un morceau, on se dit qu’il aurait pu appartenir au répertoire d’un groupe précis, il y a un problème. Pour ma part, même si des morceaux font vraiment écho à certains artistes, je ne pense pas qu’on puisse dire qu’ils pourraient être attribués à un autre. J’essaie de toujours apporter ma touche personnelle.

Yann Destal The great blue scar (Barclay) 2004