Miossec

Et de cinq pour Miossec! 1964 signe le retour du Breton matois, un poil rétif à la promo mais qui, tout de même, se prête au jeu de l’interview pour confier ses aspirations, ses inspirations et sa joie d’écrire pour lui ou bien pour les autres.

1964

Et de cinq pour Miossec! 1964 signe le retour du Breton matois, un poil rétif à la promo mais qui, tout de même, se prête au jeu de l’interview pour confier ses aspirations, ses inspirations et sa joie d’écrire pour lui ou bien pour les autres.

Non sans mal, rendez-vous est pris dans un hôtel du bas Pigalle à Paris. «Miossec fait une télé avec Juliette Gréco, Christophe est parti à l’autre bout de l’hexagone, Miossec tourne son clip avec les images filmées en super 8 par son père»…. Insaisissable Miossec qui a la bougeotte. Le meilleur moyen de l’attraper est encore de le traquer au lendemain d’une fiesta bien arrosée. Justement le voilà qui vient de fêter avec son label la sortie de son cinquième album 1964. La «bête» qui aime à se définir comme étant de la race des chanteurs auteuristes comme Sylvain Vanot ou Dominique A est encore tapie dans sa chambre d’hôtel. Profitons en pour la débusquer et la titiller sur ce curieux hasard qui veut qu’une fois de plus les deux cousins chantants, sortent leur disque à quelques jours d’écart. Pas de gémellité ici, juste le fruit du hasard à en croire le sieur Miossec. "C'est la faute à pas de chance. Lors d'un dîner Dominique (A) me disait qu'il devait sortir son album en février. Nickel! le mien devait paraître plus tôt. Mais j'ai pris du retard et l'on a dû retourner en studio pour fignoler. Du coup, 1964 et Tout sera comme avantsortent en même temps. C'est de ma faute."

Ce qui frappe chez l’un comme chez l’autre, c’est le son qui s’est nettement étoffé particulièrement en ce qui concerne les arrangements. «On s'est choppé la grosse tête tout les deux, rigole Miossec en allumant son énième cigarette de la matinée. Je n'arrête pas de dire depuis le début que Bashung est un exemple, une influence pour moi dans la mesure où il est la preuve qu'on peut faire de la chanson en français sans faire des trucs à deux balles ou bien du Kyo. Sur 1964, les arrangements sont signés Joseph Racaille qui avait travaillé sur Fantaisie Militaire et Dominique A, de son côté, a fait appel à l'équipe de L'imprudence. Dans le genre «famille tuyau de poêle», on est pas mal, non?» (rires). Une famille dont on regrette qu’elle ne se soit pas emboîtée plus tôt, tant on appréciera la qualité des arrangements des vents et des cordes sur ce nouvel album de Miossec.

La voix de nicotine confine à l’extase auditive lorsque les cuivres ouvrentTa chair ma chère ou emballent la rage, à peine contenue, de Dégueulasse. «Déjà sur mes toutes premières maquettes, je mettais des cordes partout, même avec un son de synthé complètement pourri. Alors pour moi, avoir Racaille comme chef d’orchestre, c’est le pied intégral». Dégueulasse, réponse du berger à la bergère qui, elle, ouvre cet album en annonçant à son prince charmant qu’elle se tire: «Je m’en vais / Bien avant l’heure / Bien avant de te trahir / Avant que l’on ne se laisse aller / Avant que l’on ne puisse en rire». Une sentence qui rappellera fatalement quelque chose aux cinéphiles. Puisque ces mots d’une femme qui quitte l’être aimé ne sont pas de Miossec, enfin, pas tout à fait. «Je les ai écrits de mémoire avant de me rendre compte qu’en fait j’avais pompé ceux du film de Leconte Le mari de la coiffeuse. J’adore ce film. Je le trouve très émouvant, un drôle d'objet. Un film populaire mais pas vulgaire». Après avoir réalisé sa «bévue», Miossec s’empresse de contacter, rouge de honte, le réalisateur des Bronzés pour lui proposer cinquante pour cent des droits de la chanson. «Il nous a répondu: Ah! mais non merci. Je suis enchanté que mon film ait pu vous influencer» raconte Miossec, enchanté à son tour par la «grande classe» de Leconte.

Le septième art, Miossec en est client, mais pas de velléité d’acteur chez cette gueule qui aurait pourtant fait la joie de plusieurs réalisateurs. «Ce n’est pas que les offres manquent dit-il mais ce n'est pas mon métier». Quand on lui fait remarquer que son CV compte quand même pas mal d’activités différentes, de journaliste à vendeur de BD en passant par docker, le polyvalent Miossec répond «Ce métier d'acteur est quand même particulier. Il faut savoir pourquoi on fait les choses. Si c'est faire du ciné pour montrer sa gueule… C'est pas la peine. Il faut faire les choses pour les bonnes raisons». Déclaration définitive qui ne l’empêchera pas d’apparaître en septembre dans un petit rôle du premier long-métrage de Pascale Breton. "Une copine super douée pour un film qui s'appelle Sous le grand ciel".

La conversation glisse alors sur la France qui quittait l’Otan en 64, ou la sortie des Parapluies de Cherbourg la même année, signé Jacques Demy. A l’époque, le petit Christophe poussait ses premiers vagissements. «Jacques Demi? Il faut en parler à Dominique (A) ou à Katerine, c’est plutôt leur registre» se moque gentiment Miossec. Les années 60 ne semblent pas avoir laissé de souvenirs impérissables à notre Brestois. «C'est terrifiant, ce côté:C'était mieux avant. C'est terrible. Aujourd'hui, disons qu’on a perdu la naïveté de l'époque. Ceci dit, heureusement qu'en 68 certains n'ont pas remporté le morceau, parce qu'ils y avaient à l'époque quelques extrémistes qui auraient ressorti la guillotine».

En écoutant Miossec, on a les vers du Stade de la résistance qui résonne dans un coin de l’oreille. «Ne restons plus sur nos défenses / Nos pavillons de complaisance / Engageons nous dans la résistance / Donnons-nous encore une chance / invoquons le droit d’ingérence / Rentrons en guerre d’indépendance». Un peu philosophe, un peu provocateur, Miossec joue les désinvoltes, feint de n’avoir l’air de rien. Se souvient de sa première rencontre ratée avec Gréco qui avait pourtant insisté pour lui décerner sous l’ère Tiberi, le prix de la chanson de la Mairie de Paris. A l’époque, l’absence du héros sous les lambris de l’Hôtel de Ville avait fait jaser. «Cela avait fait un peu de schpountz, sourit rétrospectivement Miossec, mais je crois que Juliette, depuis, m’a pardonné. Maintenant, c’est Gérard Jouannest (mari et pianiste de Juliette Gréco) qui m’engueule quand je lui apporte mes chansons pour Juliette. Il dit que c’est injouable à la main gauche!!! Oh la vache, le savon! Et puis Juliette arrive, demande si tout va bien et son sourire illumine la pièce».

De ses dernières collaborations avec des chanteurs aussi divers que la grande «Jujube», Bashung, Bauer ou Mass Hysteria, Miossec tire une satisfaction et un bonheur ineffable. «C’est terrible à dire, mais il y a un vrai sentiment de fierté. Entendre les textes que tu as écrits pour d'autres, sur scène, c'est jubilatoire. Gréco ou Bashung, c'était balaise! Ça perturbe, mais en même temps, c'est super bien d'être perturbé, tu as l'impression d'être complètement mytho. Tu as l'impression que tu vas te réveiller en sueur d’un drôle de rêve». Le dernier de ses rêves est de pouvoir écrire pour Arno. Mais lors de leur dernière conversation téléphonique, Miossec avoue n’avoir pas «osé». «Après, tu raccroches ton téléphone et tu te dis:Et merde, une heure de blabla et je n’ai même pas su glisser un mot!». Et pourtant, les mots glissés, susurrés ou bien même gueulés, Miossec à l’évidence de ce 1964 sait les maîtriser. Allez donc comprendre…

Miossec 1964 (Pias) 2004