Vincent Delerm

Dominique A et Keren Ann en interprètes disciplinés, Irène Jacob en chanteuse affidée et Mathieu Amalric en royal monsieur loyal… Le nouvel album de Vincent Delerm, Kensington Square est le dernier lieu où l’on chante… Agaçant, intriguant et, finalement, séduisant.

Kensington Square

Dominique A et Keren Ann en interprètes disciplinés, Irène Jacob en chanteuse affidée et Mathieu Amalric en royal monsieur loyal… Le nouvel album de Vincent Delerm, Kensington Square est le dernier lieu où l’on chante… Agaçant, intriguant et, finalement, séduisant.

Le voici donc le nouvel album du héraut de la nouvelle génération de la chanson. Vincent Delerm nous fait faire le tour de Kensington Square. Un deuxième album qu’il admet lui-même être plus «mélancolique» que le premier opus : "Avec les arrangements de Joseph Racaille, on était parfois proche du ragtime. A la sortie de celui-ci, je guettais les premières critiques. Ce sont généralement celles qui donnent le ton général de la presse. Apparemment, l’idée revient que les chansons de cet album sont plus difficiles d’accès que celles du premier album. Bon ! Pourquoi pas ?" La difficulté reste toute relative, Delerm chérit ses nostalgies effectivement à base de Truffaut (cinéaste du siècle dernier ), de Modiano (écrivain post Giscard, néo Mitterrand) et de Frank Black (chanteur rock abonné des Enfants du rock et des Inrock’).

Plus Amicalement vôtre que Starsky et Hutch, il n’y a pas de doute Vincent respire à plein poumon la fin des années 70, celles où il connut ses premières émotions de petits garçons avec ses aînées de trois ans. "Les filles de 73, sont des ex-camarades de classes ou tout du moins de collège. Dans cette chanson quand je cite Katia Bocage ou Elise Duffard, il y a aussi des noms recomposés, je ne voulais pas avoir de plainte ensuite s’amuse Delerm. J’aime utiliser les noms propres dans mes textes parce que je trouve qu’ils ont quelque chose de plus rugueux, de plus accrocheurs que les noms communs ou les substantifs. C’était aussi l’occasion de tordre le coup à cette idée selon laquelle j’utilise les noms propres pour faire étalage de ma culture, puisque qu’ici ce sont des noms d’anonymes". Il est vrai que certains lui reprochent d’avoir échangé son dictionnaire de rimes avec le bottin mondain.

Truffées de Truffaut, ses chansons sont souvent des références à ses propres référents en matière d’apprentissage de la musique, du cinéma ou de la littérature. Au point que l'on se demande comment celui qui représente l’avenir de la chanson française peut-être aussi recroquevillé sur son proche passé. "Pour ce qui est de regarder vers l’avenir, cela me fait penser à des slogans de publicités pour les machines à laver ou les crédits de banques… Il n’y a pas de loi, il n’y a pas de choses qu’on est tenue de faire ou de ne pas faire en matière de chanson. Moi, je suis tourné vers le passé parce que j’ai envie de parler de choses qui ressemblent à la vie. Or je suis plus costaud sur mes révisions du passé que sur des choses que je ne connais pas encore. C’est mon mode d’expression. Mais il est vrai que s’il fallait ressasser toujours les mêmes choses et bien j’arrêterai. Ce ne serait pas très grave de toutes façons".

Si Vincent Delerm semble toujours expirer à chacune de ses strophes, sa musique, elle, s’est considérablement ravivée au contact des cordes de l’ensemble Alhambra, du clavier de l’inséparable Cyril Wambergue et des cuivres «shelleriens». Ce qui nous vaut quelques petits bijoux, baroques comme Kensington Square ou d’une sobriété toute émouvante dans l’improbable ville d’Evreux, duo signé Delerm / Maalouf. Où, quand le fils de Philippe croise le neveu d’Amin... Au-delà de la rime à trois yuan dans un resto viet ("Le plat numéro 43 / c’est du porc avec du soja"), on ne pourra qu’être subjugué par le contrepoint cuivré de la trompette sur lit de claviers. Delerm est comme la nouvelle cuisine : au début, on fait la fine bouche en grimaçant devant son assiette à moitié pleine en se demandant à quoi sert cette fane de carotte ; ensuite on ne peut plus se passer de ces saveurs si simples mais si indispensables.

Delerm en rigole encore : "Au début, quand mon premier album est sorti on m’a dit : Ouh la la quel élitisme ! Ca ne marchera jamais. Et puis, quand j’ai passé le cap des 100.000 disques vendus, on m’a dit que j’avais trouvé la formule commerciale… Je ne sais pas si c’est très branché de m‘écouter. Dans les cénacles parisiens, je ne crois pas que ce soit le moment. Mais il n’y a rien qui change si vite que les cénacles parisiens, donc ce n’est pas très inquiétant".

Vincent Delerm Kensington Square (Tôt ou tard / Warner) 2004