Dany Brillant

Il revient, le play-boy des faubourgs avec Jazz... à la Nouvelle-Orléans. Un retour vers les années 50 pour le sixième album de Dany Brillant enregistré avec le big band de Harry Connick Jr dans les studios de la ville louisianaise. Premier tour de piste au Petit journal Montparnasse du 7 au 17 juin prochain.

Jazz... à la Nouvelle Orléans

Il revient, le play-boy des faubourgs avec Jazz... à la Nouvelle-Orléans. Un retour vers les années 50 pour le sixième album de Dany Brillant enregistré avec le big band de Harry Connick Jr dans les studios de la ville louisianaise. Premier tour de piste au Petit journal Montparnasse du 7 au 17 juin prochain.

Avec ses cols en pelle à tarte et sa belle gueule, on aurait juré que passé le premier succès léger, Dany Brillant rejoindrait la cohorte des chanteurs d’un seul tube. LE tube au refrain entêtant que voici : "J’ai perdu la tête/depuis que j’ai vu Suzette/Je perds la raison/Chaque fois que j’vois Suzon..." Pourtant, autant le dire tout de suite, Dany Brillant n’est pas qu’un chanteur à la mode.

Même si on le croit volontiers sincère, Dany Brillant n’a pas son pareil pour naviguer au gré des styles et des modes. Après les Zazous, la salsa cubaine, la dolce vita italienne et St Germain des Près, il revient à ses premiers amours: le jazz. Et pas n’importe lequel, à la source, s’il vous plait. Enregistré dans la ville berceau du jazz, il n’en revient pas encore de la chance offerte par Harry Connick Jr* qui lui a prêté les meilleurs musiciens de son big band pour ce nouvel opus. Tous de grandes pointures comme le trompettiste Leroy Jones, le saxophoniste Ned Gould ou encore le batteur Arthur II Latin. Tout autodidacte qu’il est (et qu’il revendique), Dany Brillant a même pris, pour la première fois, des cours de chant pour être vraiment à la hauteur. Ce n’était pas le moment de flancher. "Le jazz est une musique raffinée qui exige une grande maîtrise vocale et pour être à la hauteur, j’ai appris à gommer mes tics, à travailler mon interprétation dans les graves à la façon des grands crooners".

Et comme il le cultive bien son look de crooner, toujours élégant dans ses costumes cintrés, mâchoire carrée, le regard sombre et la bouche lippue. Bref la panoplie parfaite pour chanter l’amour ! Ça, c’est pour le style mais concernant la forme, l’esprit de fête est présent dans tous ses albums. Non! Dany Brillant n’est pas formaté à la variété. Chez lui, rien n’est feint. Ne pas être sinistre sur scène et dans les médias n’empêche en rien de chanter les choses avec du coeur. Si le thème récurrent des chansons de Dany Brillant reste l’amour; il s’écarte, sur cet album, des généralités pour porter un regard plus personnel, dans Un jour sur la difficulté à construire une vie de couple, par exemple. Un album qui alterne les morceaux très swing et des morceaux plus romantiques, de parfaits slows à l’ancienne comme on n’en joue plus beaucoup dans les clubs (rien ne vous empêche de les danser chez vous, le 45 tours dans le mange-disque...).

La nostalgie ne l’épargne pas non plus. Dans J’habitais à Saint-Germain-des-Prés, et comme une suite logique à l’un de ses premiers tubes Viens à Saint-Germain, Dany Brillant, lui aussi, ne peut que regretter la lente agonie d’un quartier autrefois bohème, qui vire un peu plus chaque année au déballage de prêt-à-porter. Dans Je t’attends, que chacun interprètera comme il veut, Dany Brillant, lui, y voit une recherche de plus de spiritualité. Le tout sur fond de musique klezmer, ce folklore yiddish importé aux Etats-Unis par les immigrants des pays de l’Est, et très en vogue à New York aujourd’hui. Puis on passe à une ambiance Miles Davis, très 'Autour de Minuit' avec A mon père, hommage à son père disparu, à qui il dédie ce disque.

Rappelons que Dany Cohen, né en Tunisie d’une famille modeste de pieds-noirs, a débarqué en France en pleine guerre des Six jours. Il a à peine un an. Il grandit en région parisienne, s’ennuie sur les bancs de l’école, s’inscrit malgré tout en fac de médecine, surtout pour faire plaisir à ses parents mais préfère de loin gratter la guitare aux Trois Maillets, pour payer ses cours de théâtre. S’il collectionne les guitares, il en possède une quinzaine, son rêve à lui, c’est plutôt de faire du cinéma. Il compose Suzette (du nom de la mère de Francis Huster, hé oui un mythe tombe...) pour les besoins du film On a volé Charlie Spencer, du même Francis Huster, dans lequel il interprète sa chanson. Malheureusement (et heureusement pour sa carrière de chanteur), les scènes seront coupées au montage. Furieux, Dany réenregistre Suzette cinq ans plus tard, en 1991, qui devient le succès léger et entêtant que l’on connaît.

On terminera ces éloges avec Ça le fait... le big band où Dany Brillant réussit à faire swinguer avec aisance la langue française et rend un hommage appuyé à ses maîtres, Aznavour et Sinatra. Un album que ce passionné de jazz clôt dignement avec le célèbre Fly me to the Moon, de Franck Sinatra, crooner parmi les crooners.

*Pianiste, compositeur, arrangeur, comédien, contemporain d’Armstrong et de Sinatra

Dany Brillant Jazz... à la Nouvelle Orléans (Columbia/Sony) 2004
En concert au Casino de Paris du 12 au 17 octobre.