Arno

Cette grande belle gueule d’Arno revient avec son gros bazar musical. Un album chanté quasi exclusivement en français et donc intitulé French Bazaar. L’Ostendais y tire à vue sur les clichés des rappeurs, se moque gentiment de lui-même et nous enchante avec quelques reprises. Rencontre.

French Bazaar

Cette grande belle gueule d’Arno revient avec son gros bazar musical. Un album chanté quasi exclusivement en français et donc intitulé French Bazaar. L’Ostendais y tire à vue sur les clichés des rappeurs, se moque gentiment de lui-même et nous enchante avec quelques reprises. Rencontre.

Ce qui frappe dans ce nouvel album, c’est l’extrême qualité des arrangements de la prise de son, on a l’impression que vous avez fait appel à la crème de la production. En fait pas du tout, vous avez fait tout, tout seul ou presque.
J’ai enregistré cet album en ayant en tête qu’avec mon contrat chez Delabel, j’étais libre de faire ce que je voulais. Cela a toujours été le cas. J’ai souvent pris des producteurs pour prendre de la distance par rapport au rendu de la musique, mais malgré la diversité des producteurs, cela sonnait toujours pareil. Souvent je me disais:ouaho!! Ça sonne comme ma maquette. Alors j’ai pris les choses en main et Delabel vient de me re-signer un contrat, donc tout va bien. J’ai le cul tombé dans le beurre parce qu’en ce moment ils sont en train de rendre leur contrat à plein de monde et à des grands !

Parlons de la situation de crise dans le monde de la musique : les fusions de labels, les licenciements ne vous effraie t-elle pas ?
Je n’ai pas peur de cela, j’ai plein d’autres propositions. Je suis bien avec Delabel et c’est peut-être bien un des meilleurs disques que j’ai fait avec eux, alors je ne me plains pas. Je suis sans doute un des rares dans le monde à ne pas se plaindre de sa maison de disques! (rires)
Plus sérieusement, la crise actuelle, c’est la faute des maisons de disques et des artistes. Je trouve qu'elles dépensent trop d’argent pour des conneries. Il y a trop d’artistes qui pensent qu’une maison de disques, c’est une banque qui signe des chèques en blanc pour leurs petits caprices. Dans ce système, tout le monde doit travailler pour l’autre. Beaucoup de gens ne comprennent pas cela. Aujourd’hui on paye la facture de cela. Il y a des vidéos clips qui coûtent la peau des fesses. Pourquoi aller tourner aux Bahamas ou aux Seychelles? Certains tournages de clips coûtent plus chers que la réalisation de l’album lui-même.

Vous croyez que la crise s’explique par des dépenses somptuaires et inutiles ?
C’est une partie du problème. L’autre c’est que la musique se répète il n’y a plus de nouveautés. Les gens se copie, on fait des covers à longueur de disque et on recopie le style des Stones, de Kraftwerk ou de Joy Division.
Quand on voit les débuts du rap ou du hip hop: c’était l’anarchie, la révolte. Et aujourd’hui, quand on voit des clips de rappeurs ce ne sont que des rappeurs qui disent "mother fucker" à tout bout de champs avec des danseuses qui bougent leur cul en string. C’est ridicule. Et les gens en ont leur claque de cela. Je n’ai rien contre Star Academy. Eux au moins, ils annoncent clairement la couleur: ils disent qu’ils veulent devenir des stars et essayent de l’être. Mais les rappeurs se prétendent alternatifs mais ne sont que des moutons suiveurs qui font gaffe à ce que l’autre ne soit pas mieux brushingué ou qu’il n’ait pas une plus grosse Mercedes que lui… Où est l’alternatif, où est la révolte là-dedans ?

Il paraît que la chanson Chanteur de charme était prévue à l’origine pour votre compatriote Johnny Hallyday ?
Oui, on m’a demandé dans le temps d’écrire pour lui, mais la chanson n’a pas été retenue. Dommage. C’est un mec qui est unique au monde, pour qui j’ai beaucoup de respect. C’est unique de remplir des stades comme cela… Qui peut faire cela à part Bruce Springsteen ou les Rolling Stones ?!? Son personnage m’intrigue. Il a quelque chose que les autres n’ont pas. Il porte une souffrance incroyable, il a vraiment le blues ce mec ! Il est très touchant.

Il y a vingt ans vous chantiez avec TC Matic: putain, putain c’est vachement bien on est tous des Européens ! L’Europe à 25 cela vous inspire quoi ?
C’est l’évolution du monde. On est obligé de suivre. Je sais qu’en France il y en a certains qui sont assez peureux par rapport à cela. Nous, en Belgique, on a une expression: "Vivre comme Dieu en France". Cela veut dire relax… Je crois que les Français ne se rendent pas compte de leur bonheur. Ils ont peur des Arabes et des Roumains, comme il y a 50 ans, ils avaient peur des Polacs et des Italiens. Est ce qu’ils leur viendraient à l’idée aujourd’hui d’être raciste avec Mr Lorenzi ou Mr Walesa? Pour l’élargissement de l’Europe, on doit attendre parce que pour ces gens-là (les entrants, ndr) qui sont à part depuis 40 ans, c’est difficile de s’adapter. Mais il faut penser aux jeunes parce que ce sont eux, les espoirs de cette Union. Ce sera un european baazar. Moi je suis sûr que nos enfants diront que le racisme était une chose débile.
On oublie à Verdun les cimetières qui sont pleins d’Arabes, de Sénégalais, de Marocains, qui ont combattu pour la première guerre mondiale. Au Vietnam, c’était des blacks et des Portoricains qui étaient en première ligne. En Irak aujourd’hui, c’est de nouveau la même histoire. Notre société est foutue, pas à cause des politiciens mais à cause de nous-même. En France, 15.000 personnes sont mortes à cause de la chaleur. C’est trois fois plus que les Twin Towers, on s’occupe trop de nous-mêmes et pas du tout de nos proches. En Afrique, ils crèvent de faim mais pas de chaleur. Ici on a tout, mais on crève chez soi, seul.

Qu’est ce que vous ne supportez plus dans le métier de la musique ?
Play back!

Qu’est ce qui vous plait toujours ?
Quand les gens sortent de mes concerts et qu’ils ont eu une larme et un sourire.

Arno French bazaar (Delabel / Emi) 2004