Troublemakers

En signant en 2001 sur Guidance, label électro réputé de Chicago, les Troublemakers attiraient sur eux les regards de la horde des envieux, tout en séduisant les amateurs de beats down-tempo raffinés. En rejoignant le mythique label Blue Note pour le second, ces Marseillais amoureux du vieux son, reviennent pied au plancher avec Express Way, un double opus (CD & DVD) à la nostalgie consommée et digérée.

Express Way

En signant en 2001 sur Guidance, label électro réputé de Chicago, les Troublemakers attiraient sur eux les regards de la horde des envieux, tout en séduisant les amateurs de beats down-tempo raffinés. En rejoignant le mythique label Blue Note pour le second, ces Marseillais amoureux du vieux son, reviennent pied au plancher avec Express Way, un double opus (CD & DVD) à la nostalgie consommée et digérée.

Pour espérer découvrir Express Way, nouvel opus des Troublemakers, mieux valait être armé de patience et ne pas hésiter à défourailler à la moindre date qui se profilait à l’horizon. Car, depuis des mois, de semaine en semaine, cet Express Way voyait sa "last exit" repoussée pour de classiques histoires de déclarations de samples et surtout de mixes trop lissé au goût des deux Fauteurs de Troubles. Démarrée à trois (Arnaud Taillefer, Lionel Corsini connu aussi sur le dancefloor sous le nom de DJ Oil, et Fred Berthet), cette aventure se poursuit sur Express Way en duo, depuis le départ de Fred vers d’autres collaborations. Copyshop, le nouveau collectif où il a fait son nid, revisite l’esprit des eighties sur un premier opus paru récemment. "Nous n’avions plus les mêmes centres d’intérêt" reconnaît Arnaud Taillefer, croisé à la terrasse ensoleillée d’un café du haut de la Canebière.

"Lionel et moi, sommes passionnés par le son black des années 70 (jazz, soul, funk), le hip hop, les musiques de films ou le répertoire de Gainsbourg. C’est ce son-là qui nous réunit et nous guide en studio. Après le premier opus, j’ai arrêté de travailler sur des machines pour me consacrer au piano, pour affiner mélodique et harmonique. Pour réaliser le premier, nous avions samplé dans les grandes largeurs. En refusant sur le nouveau le systématisme du procédé, nous avons évidemment gagné en ouverture. Le sample fige indéniablement l’instru. Dans le hip hop, la voix et son flow offrent une dimension, une épaisseur supplémentaire, épaisseur qu’il faut aller chercher dans l’apport de parties instrumentales live pour les musiques électroniques. Ce que nous avons fait".

Comme en témoigne la liste des invités de ce nouvel opus, ils sont nombreux à avoir participer à cet enregistrement, dont quelques grands noms attirés par le travail d’orfèvre des Trouble’: le platiniste hors-pair DJ Rebel, le flûtiste inspiré Magic Malik, le très courtisé Vincent Segal et son violoncelle, The Gift of Gab, rappeur californien du collectif Blackalicious, Sébastien Martel, Jules Bikoko, le souffleur à tous vents Julien Lourau et Jeff Sharell. Amis de longues dates ou rencontres orchestrées pour cet enregistrement sous la note bleue, tous ont en commun d’avoir intégré la donne des Troublemakers. «Nous souhaitions enregistrer un album de musique actuelle qui sonne et qui vibre comme un vieux vinyle. On est dans un truc de tradition» confie Arnaud Taillefer. Révolutionnaire, le positionnement des Troublemakers prend à contre-pied le célèbre adage: faire du neuf avec du vieux!

Là, où nombres de producteurs électro cherchent à dépoussiérer de vieux instrus en filtrant, triturant, bidouillant des grooves presque parfait, Arnaud et Lionel eux, enregistrent aujourd’hui des parties instrumentales avant de les tanner, les vieillir, afin de n’en retenir que l’essence: un groove plus que parfait, naturellement conjugué au passé. "C’est la musique de maintenant enregistrée comme un vinyle d’autrefois" insiste-t-il. "C’est cela qui n’avait pas été saisi sur sa première mouture. Le son était trop propre, trop actuel même si il avait été réalisé pratiquement que sur du matériel antédiluvien". Jeff Sharell, vieille connaissance des Troublemakers s’est chargé de porter la touche finale, de passer le coup de chiffon final, celui qui salit plutôt que de nettoyer, qui donne du sens, qui crée un histoire et rattache à un passé, et imprime une nostalgie pas si larmoyante que ça.

Enrichi d’un film (grande tendance du moment afin d’inciter les acheteurs à passer à la caisse, plutôt que de télécharger), réalisé par Arnaud Taillefer lui-même, sous le nom d’East, et Matthias Olmeta, Express Way se savoure aussi devant le petit écran . "C’est une sorte de rêve ou de cauchemarde 52 mn" précise Arnaud. "C’est l’histoire d’un clandestin qui déambule dans la ville, qui se retrouve confronté à la ville sans repli communautaire possible ou envie de s’insérer". Naturellement, sa ville, Marseille, est le cadre de ces images. "Mais pas le Marseille qu’on veut bien montrer aux gens. Ce n’est pas le Marseille des cartes postales qui nous intéresse. On ne revendique pas Pagnol, mais plus Melville ou le cinéma américain" affirme celui qui après ces études en classe d’électro-acoustique au Conservatoire de Marseille, a été assistant photo. Ce rapport entre l’image et la musique n’est pas une nouvelle lubie des Troublemakers. Habitués à accompagner de leurs élucubrations musicales de vieux films lors de séances ciné-live, ils ont aussi abondamment nourri des musiques de leur premier opus, les spots de pub de quelques grandes marques, s’assurant ainsi une notoriété au près d’un public plus large, notoriété que ne va pas atténuer la sortie de ce second opus.

Troublemakers Express way (Blue Note / Capitol) 20004