PARIS FÉTICHE

Lorsque la chanson française flirte avec le jazz, on se laisse porter en douceur par ce Paris Fétiche, The French Classic Rendez-vous (Universal Jazz), la bande musicale au tempo suave.

Une compilation pour l’export

Lorsque la chanson française flirte avec le jazz, on se laisse porter en douceur par ce Paris Fétiche, The French Classic Rendez-vous (Universal Jazz), la bande musicale au tempo suave.

L’objet qui nous intéresse est beau, élégant, raffiné. On le feuillette mais surtout on l’écoute. Cet objet, c’est la nouvelle compilation Paris Fétiche imaginée et conçue par Daniela Romano et Laurent Balendras, les heureux réalisateurs de la compilation du Café de Flore, sortie il y a deux ans. "Paris Fétiche est un album fait pour l’amour, pour ceux qui s’aiment et que Paris fait rêver" s’enflamme Daniela Romano. On l’aura compris, Paris Fétiche est un album qui suggère une écoute sensuelle. Elle, il y a encore peu, s’occupait de B.O. pour Studio Canal, lui est toujours directeur artistique chez Universal Publishing. Ensemble, ils ont rassemblé les titres qu’ils aiment, guidés par leur passion commune pour la chanson et Paris. Et peu importe les époques si le rêve est au rendez-vous. Les années 50, 60, 90 et même actuelles sont déclinées par des interprètes d’hier ou d’aujourd’hui réunis sur vingt-deux titres. Une quinzaine d’artistes sont francophones, les autres, des anglo-saxons qui ont mis des chansons françaises à leur répertoire.

Ici point de contrainte de lieu, un plus par rapport à la compilation du Flore. L’originalité est que les interprètes ne sont pas forcément ceux que l’on attendait. A commencer par cette version qui ouvre l’album avec A Paris de Francis Lemarque par un Polo, tout en retenue. L’interprétation déchirante de Nino Ferrer, en français, de It’s a man man's world, nous rappelle combien est grande cette voix du blues à la française. Amuseur de fait avec ses chansons décalées, mais surtout un artiste incompris, quelque peu en avance pour son époque! Nana Mouskouri, elle, revient en force avec Les yeux pour pleurer de Serge Gainsbourg, qu’on croirait sortie tout droit d’un film de Michel Audiard!

On y retrouve, certes, les artistes appartenant au carré serré du patrimoine de la chanson française mais aussi la nouvelle génération telles qu’Olivia Ruiz ou Polo. Quelques pointures anglo-saxonnes parmi lesquelles Marc Almond, Abbey Lincoln, Shirley Horn et Brenda Lee, celle que l’on surnommait Miss Dynamite!, se partagent un track-listing plutôt bien léché qui verse dans le jazzy soft. On tend l’oreille pour écouter le souffle de la chanteuse de blues américaineHelen Merrill dans sa version de Pierre de Barbara, et on adhère aussitôt.
Un peu convenu mais quasiment incontournable, Nougaro dans l’une de ses plus belles chansons, Cécile ma fille tandis que les bonnes surprises viennent d’Ute Lemper ou d’Olivia Ruiz dont les chansons ont été extraites de leurs albums respectifs. Juliette Greco, à peine son dernier album sorti, figure déjà dans cette compilation. La version anglaise de Mon homme d’Edith Piaf est reprise toute en langueur par Diana Ross dès 1972. Autre étonnement, Eddy Mitchell dans une version toute en swing (non, ce n’est pas Dany Brillant!) de Paris au mois de mai.

La compilation chic

Une compilation qui fait également la part belle aux auteurs où Jacques Prévert, Boris Vian ou Charles Aznavour se distinguent, interprétés par Yves Montand ou Maurice Chevalier. Quand à Henri Salvador, il chante ici comme il l’a toujours fait, en susurrant des mots doux. Suave, forcément suave. Ah! Baiser la main d’une femme du monde et m’écorcher les lèvres à ses diamants chante un Serge Reggiani toujours vert. Un poil plus tendance, la version club de De Phazz dans Belle de jour.

A l’heure où l’industrie française du disque traverse une crise délicate, les objectifs sont clairement annoncés pour chaque nouveau produit qui sort. Paris Fétiche ne faillit pas à la règle. Destiné surtout à l’export avec une accroche évidente sur Paris, qui fait toujours rêver à l’étranger, The French Classic Rendez-vous, sans toutefois tomber dans la carte postale. "De même qu’il fallait lui trouver un titre qui puisse se dire dans toutes les langues sans être imprononçable", explique le concepteur graphique du livret, Philippe Savoir. Sous les néons, floutés, Le Moulin Rouge, la colonne de la Bastille, l’Opéra Garnier, la place Vendôme, tous ces lieux et monuments qui font ce qu’est Paris, accompagnent en images une bande musicale au tempo jazz à qui l’on souhaite longue pérennité.

Sur leur lancée, les concepteurs de Paris Fétiche, confiants, s’apprêtent à monter leur label, Independance Music, spécialisé dans les compilations classieuses et B.O. de films et qui sera basé à New York.

Compilation Paris Fétiche (Universal Music) 2004