Eicher en Cornouaille

C’est le plus ancien festival français. Créé en 1923 et dédié à la culture bretonne, le festival de Cornouaille s’est ouvert au fil des ans aux cultures du monde. Cette année, l’incontournable barde celte Alan Stivell et le bagad de Quimper côtoyaient Susheela Raman, Johnny Clegg ou le troubadour rock Stephan Eicher. Rencontre avec ce dernier, transformé pour l’occasion en chauffeur du Taxi Europa, titre de son dernier opus.

Escale quimpéroise du Taxi Europa

C’est le plus ancien festival français. Créé en 1923 et dédié à la culture bretonne, le festival de Cornouaille s’est ouvert au fil des ans aux cultures du monde. Cette année, l’incontournable barde celte Alan Stivell et le bagad de Quimper côtoyaient Susheela Raman, Johnny Clegg ou le troubadour rock Stephan Eicher. Rencontre avec ce dernier, transformé pour l’occasion en chauffeur du Taxi Europa, titre de son dernier opus.

Confortablement installés sur leurs banquettes en bois, les 2000 passagers du Taxi Europa ont embarqué pour un voyage musico-cinématographique sur les routes européennes. Les images vidéo projetées sur l’écran géant situé en fond de scène donnant l’illusion du mouvement. Un trajet au cours duquel Eicher, conducteur d’un soir, dirige avec aisance son habituel combo, auquel se sont joints pour l’occasion trois passagers bretons, le pianiste Denis Squiban, le guitariste Soïg Sibéril et le joueur de uillèann pipe Ronan Le Bars. Reprenant en rappel Joe Le Taxi, il a montré au cours de cette soirée toute sa maîtrise du volant.

Cette tournée des festivals d’été, c’est votre Taxi Europa.
C’est mon super Taxi Europa. On a des journées de folies. Un matin on s’est réveillé en Italie, traversé la Suisse, la France, puis prendre des copains en Belgique pour ensuite aller faire un concert en Allemagne. L’été c’est comme ça, on fait beaucoup de kilomètres pour aller chez les gens. Mais c’est un peu étrange. Le matin, lorsqu’on se réveille, on se demande: «Aujourd’hui, ça va être 2000 spectateurs. Non, 30000». Et même si le public des festivals ne vient pas uniquement pour me voir, cela ne me dérange pas. J’aime bien bosser pour gagner mon public.

Vous venez ici en Cornouaille retrouver de vieux amis. Denis Squiban et Ronan Le Bars avec lesquels vous aviez collaboré…
Denis et Ronan ont participé à l’album Louanges sorti en 1999. Ce sont des musiciens qui connaissent bien mon répertoire. Et moi je connais bien le leur. J’arrive ce matin d’un concert à Deauville et, à vrai dire, nous n’avons rien préparé. C’est vrai que nous n’avons qu’une heure pour répéter, mais cela n’est pas très gênant. On a décidé des titres à jouer il y a deux semaines et on va voir comment cela se passe. C’est de la musique que l’on fait. Pas de la recherche nucléaire. Je commence le concert normalement et il y a un grand arrêt du taxi où ces passagers montent à bord.

Ouvrir la porte du taxi à d’autres passagers, faire preuve d’ouverture. Cela fait parti de votre culture nomade.
C’est cela être musicien. Savoir partager avec les autres. J’ai passé plein de moments où le langage n’est pas le meilleur moyen de communiquer. Deux amoureux trouvent un langage en dehors de la parole. Et avec la musique, c’est aussi miraculeux. Cela marche toujours. J’ai fait des soirées avec des musiciens du Mali, du Vietman, des Américains, des Suisses, des Allemands. Pendant le dîner on ne pouvait pas vraiment échanger des idées. Puis on se mettait sur une scène et on papotait en musique comme des oiseaux.

Vous êtes un artiste ouvert à toutes les musiques du monde.
Je suis ouvert à toute La musique. Dans notre culture, elle se joue avec 12 notes. Et si on en choisit 8 qui ne sont pas trop éloignées, on fait déjà de la musique. Avec ces 12 notes, on peut faire passer beaucoup d’émotions. De la tristesse, de la joie, une agression. On peut fatiguer les gens comme les réveiller.

Vous achevez la réalisation d’un CD-DVD live…
On est en train de finir le mixage, en 5.1, comme au cinéma puisqu’il y a ce DVD qui accompagne l’album. J’ai mixé, on finit le montage. Il reste quelques détails à finaliser comme le choix des titres. J’ai envie que les morceaux soient différents entre le CD et le DVD. Mais la maison de disques le refuse, ils veulent que ce soit la même chose. Je me bats en permanence contre eux.

Vous qui êtes un homme d’images, vous pensez que l’avenir passe par le DVD.
Au début, j’ai tout acheté. Je me suis dit que ce serait super si en achetant un DVD de classique, je pouvais être à la place du chef d’orchestre, au moins avoir cette sensation. Dans un concert, le son est un peu pourri, il y a quelqu’un de plus grand devant nous. Or sur le DVD, je trouve qu’on voit presque moins bien. J’ai essayé de travailler sur le mien en montrant le point de vue que j’ai lorsque je suis derrière le micro. Et j’ai utilisé le concept du taxi. Je suis le chauffeur, le spectateur est le client.

Il y a un esprit Bretagne chez Stephan Eicher?
Ce sont mes débuts aux Transmusicales de Rennes, ces techniciens que j’y ai rencontrés et qui sont encore là, ces rencontres avec des musiciens comme Didier, Ronan ou Soïg. Des gens qui ont des noms moins connus qui se trouvent à Molène, Lorient ou Pont-Aven. Finalement, la base de la Bretagne est la même que la Suisse: c’est le granit. C’est une pierre un peu radioactive. Elle rend les Suisses et les Bretons un peu dingue de la même façon. C’est pourquoi je me sens ici comme à la maison.