RENAUD PAPILLON PARAVEL

Apparu il y a deux ans avec un premier album autoproduit, avant d'être finalement repéré par une major, Renaud Papillon Paravel poursuit aujourd'hui son parcours d'ovni musical. Chanteur "à part", il livre avec Subliminable un deuxième essai impressionnant : deux disques où se bousculent des titres se jouant des modes et des formats, au pouvoir de séduction évident.

Subliminable

Apparu il y a deux ans avec un premier album autoproduit, avant d'être finalement repéré par une major, Renaud Papillon Paravel poursuit aujourd'hui son parcours d'ovni musical. Chanteur "à part", il livre avec Subliminable un deuxième essai impressionnant : deux disques où se bousculent des titres se jouant des modes et des formats, au pouvoir de séduction évident.

Certains voudraient l’affilier à la clique des Bénabar, Delerm et autres trentenaires chantants portant semble-t-il le renouveau de la variété française. «Je suis peut être dans un flot de réaction»sourit Paravel,«on est peut être l’anti-poison des grosses cochonneries que l’on voit dans la foire aux bestiaux sur M6, dans la Nouvelle Star, où on cherche le meilleur chanteur de karaoké de France!». D’autres tentent une éventuelle filiation gainsbourienne, pour cause de plume appliquée et de talk-over intempestif…Mais Renaud Papillon Paravel ne ressemble à rien. A rien qui existe déjà en tous les cas. Ni suiveur, ni vraiment ovni, cet ancien graphiste passé à la musique à force de dessiner des pochettes de disques semble résolument à part. Un artiste qui se joue des étiquettes au point même d’échapper au qualificatif «inclassable». Un chanteur qui ne chante pas, capable après une Surface de réparation remarquée de sortir un deuxième album aux faux airs de suicide commercial: deux disques («un gros album simple, coupé en deux pour le rendre moins lourd. C’est vraiment une pirouette de dernière minute de le passer en double»), chargés jusqu’à la gueule de textes fleuves et de titres ignorant royalement les formats radiophoniques, et se permettant même d’écorcher la profession au détour d’un Chanteur bien cuitla chanson idéale pour démarrer une carrière en se tirant une balle dans le genou!») où tous les ténors de la variété française - ou supposés tels - en prennent pour leur grade («des gens qu’on n’aime pas forcément, qu’on ne déteste pas vraiment, mais qu’on est obligé de subir du matin au soir. On n’entend que ça, et au fond, je ne sais pas si les gens n’aiment que ça»).

C’est que chez Paravel, la liberté artistique va de paire avec l’absence de censure ou de pression de quelque origine. «Il y a plein de gens qui sont toujours très politiquement corrects dans la chanson, qui n’oseront jamais dire du mal de personne ou de quoi que ce soit. Moi, je parle dans mes chansons de manière beaucoup plus écrite que dans la vie, mais j’aborde les mêmes sujets que j’aborde avec des amis, autour d’un verre... Je ne me censure pas dans ce qui est sexe, délation» avance-t-il. De fait, la plume de RPP jouit d’une liberté plus naturelle que véritablement revendiquée. Tour à tour badin, ouvertement cru, hypersensible, Subliminable transpire d’une élégance quasi viscérale, d’une écriture aussi riche que subtile, qui ne s’offre jamais le temps de la pose, pas plus qu’elle ne se satisfait du seul sens de la formule, si séduisant soit-il. L’enjeu des mots n’est ici jamais un ressort, une finalité, l’aveu d’un stérile penchant pour le tout à l’ego. D’un Petit élément chantant «l’enfant qui me dort dedans» à une vision revue et corrigée des quatre saisons (Mon palais s’alanguit), Paravel «taillade des tranches de vies dans l’art du stylo». Le propos sonne juste, parfois brut. Jamais gratuit. Encore moins ampoulé.

Certains évoquent au sujet de Subliminable un «disque d’écrivain». Joli compliment, mais si on les imagine aisément investir des pages comme des couplets, les mots de Paravel semblent définitivement faits pour être dits, chantés, scandés. «La musique, ça m’éclate, parce que ça a une puissance, ça dégage des sentiments très forts, qui sont difficiles à dégager de la même manière dans d’autres arts» confie RPP, avant de poursuivre«ça me convenait assez bien dans ma manière d’être émotif, et d’avoir envie de détailler cette émotivité». Dès lors, les ambiances de Subliminable, entre lignes de basses hypnotiques, pointes d’électro inspirée et riffs choisis, ne sont pas qu’un pré(-)texte, le support interchangeable de poèmes mis en musique, mais un carburant essentiel de couplets oscillant entre épanchements d’intimité et vignettes cinématographiques. Rimes ludiques et appel aux larmes.

Fort, troublant, touchant. Subliminable est de ces rares disques qui coupent les jambes pour mieux percer les coeurs. On oserait même le mot «chef d’œuvre» si son auteur, aux antipodes des vertiges carriéristes, n’avait d’autre ambition que de poursuivre son parcours de chanteur sans cible, d’«artiste content pour rien» comme il se définit lui-même. «Je n’ai jamais rêvé d’être une rock star. Je n’ai pas de plan de carrière dans la musique. J’ai envie de faire encore plein de chose, mais je sais que demain,si on me rend mon contrat... ça me fera rien du tout! Si je veux sortir un disque, je le ferai en autoproduction». Chanteur rare, ce Papillon Paravel, qui emprunte son pseudo au dernier ours des Pyrénées? Lui ne se pose pas en espèce menacée. On peut néanmoins classer Subliminable parmi les disques à protéger.

Renaud Papillon Paravel Subliminable (Impala/BMG) 2004