La nouvelle mode du raï n'b

Depuis l’incroyable succès d’1, 2, 3 Soleil, la folie raï qui s’était emparée de la France durant les années 90 semblait s’être éteinte, le genre oriental ne faisant plus recette. Et pourtant, de jeunes DJs producteurs venant du hip hop ont eu l’idée de remettre le raï au goût du jour en associant ses sonorités traditionnelles aux rythmes plus actuels du r’n’b. Un métissage explosif baptisé Raï N’B!

Le raï à l'heure du r'n'b

Depuis l’incroyable succès d’1, 2, 3 Soleil, la folie raï qui s’était emparée de la France durant les années 90 semblait s’être éteinte, le genre oriental ne faisant plus recette. Et pourtant, de jeunes DJs producteurs venant du hip hop ont eu l’idée de remettre le raï au goût du jour en associant ses sonorités traditionnelles aux rythmes plus actuels du r’n’b. Un métissage explosif baptisé Raï N’B!

Le 26 septembre 1998, Khaled, Faudel et Rachid Taha se produisent à Bercy à l’occasion du plus grand concert de raï jamais organisé en France. Plus de 15 000 personnes se réunissent alors pour acclamer ceux qui réussirent à ensoleiller l’Hexagone et à hisser le raï au rang des musiques les plus populaires durant les années 90. Mais après avoir squatté le haut des charts pendant plus de 6 ans, les Didi et autres Aïcha s’éclipsent discrètement du Top 50. La fièvre raï s’estompe peu à peu. Les danseuses du ventre qui se déhanchaient sur tous les plateaux de télévision de l’époque peuvent ranger leurs parures, les rythmes orientaux ne séduisent plus le public français à tel point que les derniers disques de Khaled ou Cheb Mami passent quasiment inaperçus. Pour son troisième album sorti en 2003, Faudel a d’ailleurs préféré mettre sa couronne de "petit prince du raï" aux vestiaires pour se tourner vers de nouveaux horizons musicaux afin de ne pas connaître le même sort que ses aînés. Bref, le raï semblait bel et bien avoir disparu du paysage musical français. Et pourtant, ses sonorités chaudes et festives résonnent à nouveau grâce à deux duos de DJs producteurs qui ont eu la même idée au même moment: réaliser un album confrontant raï et r’n’b en invitant les grands noms de ces deux scènes à se rencontrer. Un concept simple mais efficace qui a donné naissance à deux disques 100% arabica: Des deux côtés de DJ Kim et DJ Goldfingers, et Raï’N’B Fever de Kore & Skalp.

Des deux côtés de la méditerranée

Des deux côtés est né de la rencontre de deux DJs ayant grandi dans deux univers sonores différents: le raï pour Kim, et le hip hop pour Goldfingers. Cette complémentarité leur a permis d’apporter chacun leur touche personnelle et de trouver un vrai compromis entre raï et r’n’b en ne privilégiant pas un style sur l’autre. "Ce sont vraiment des musiques chaudes, revendicatrices et qui servent toutes deux à faire passer des messages, explique DJ Kim. Elles se marient donc à merveille. Et puis nous souhaitions donner une autre dimension au raï et lui ouvrir de nouvelles portes en permettant aux artistes orientaux que l’on a invité, de toucher un autre public que la simple communauté maghrébine traditionnelle. C’est pourquoi nous les avons associés à des chanteurs de rap ou r’n’b". On notera ainsi parmi les duos les plus réussis la rencontre d’El Tunisiano du groupe Sniper avec l’envoûtante Natacha Amal pour un titre symbolisant ce métissage entre deux cultures et deux styles différents mais pourtant si proches. "Des deux côtés signifie des deux côtés de la Méditerranée, mais aussi des deux côtés des mentalités parce qu’elles sont vraiment différentes ici et là-bas. Il y a une méconnaissance entre les gens mais lorsqu’ils se rencontrent, ça fusionne". Et ce sont ces rencontres artistiques qui font la force et l’authenticité de cet album à l’image de l’excellent Rachid System où Rim’K du 113 et Cheba Zahouania illustrent parfaitement cette réunion entre les "deux côtés", de la cité au bled.

La fièvre du raï’n’b

Agé tous juste de 25 ans, Kore & Skalp (en photo) sont devenus en trois ans les producteurs les plus en vue du rap et r’n’b français. Après avoir réalisé de nombreux morceaux pour Rohff, Booba, Corneille ou encore Kery James, le duo a décidé concrétiser une idée qui lui trottait dans la tête depuis quelques années en réalisant un album mélangeant raï et r’n’b. "Le raï est une musique très riche musicalement parlant et qui nous correspond parfaitement notamment par rapport à nos origines, explique Kore. Il faut savoir que l’on est issu de la génération qui écoutait Cheb Khaled etc., et depuis 1, 2, 3 Soleil, on était un peu resté sur notre faim". Rien de tel donc qu’un bon vieux duo avec un rappeur tel que Rim’K ou un chanteur comme Jérôme Prister pour redonner un coup de jeune à Khaled ou Faudel! Nettement plus orienté vers les pistes de danse que le projet de Kim et Goldfingers, Kore & Skalp privilégient sur la plupart des morceaux des rythmiques hip-hop ou funk, voire électro qu’ils saupoudrent de sonorités arabisantes comme pour Rai’N’B Fever avec Faudel. Et lorsqu’on leur demande si c’est un hasard que leur album sorte presque en même temps que celui de Kim et Goldfingers, ils répondent simplement: "Ce n’est pas important s’il y a plusieurs projets basés sur le même concept. Le principal est que le raï en ressorte grandi. Je trouve ça bien qu’après avoir été dépouillée par plein de producteurs, la musique orientale soit enfin reconnue pour ce qu’elle est".

DJ Kim et DJ Goldfingers, Des deux côtés (Warner Music)Kore & Skalp, Raï’N’B Fever (Artop Records / Small)