Brigitte Fontaine sur son île

Un nouvel album de Brigitte Fontaine, c’est comme une malle de grand-mère à la naphtaline qu’on découvre au fond du grenier. On se demande, avec une appréhension mêlée de fébrilité, quel trésor on va bien pouvoir y découvrir. Baroque, déglingué, précieux et déjanté, ce nouvel album pêché au beau milieu de la Seine, Rue Saint Louis en l’Île - où la régente réside - ne déçoit pas les aficionados et autres courtisans.

La chanteuse réunit ses fidèles sujets sur CD et sur papier 

Un nouvel album de Brigitte Fontaine, c’est comme une malle de grand-mère à la naphtaline qu’on découvre au fond du grenier. On se demande, avec une appréhension mêlée de fébrilité, quel trésor on va bien pouvoir y découvrir. Baroque, déglingué, précieux et déjanté, ce nouvel album pêché au beau milieu de la Seine, Rue Saint Louis en l’Île - où la régente réside - ne déçoit pas les aficionados et autres courtisans.

Parmi ses fidèles sujets, on retrouve -M- qui continue de jouer les zazous à la guitare, Mouss et Hakim de Zebda (qui décidément n’en finissent plus de collaborer avec les autres – cf. Tiken Jah Fakoly - avant de nous offrir leur propre album de frangins) et puis les Gotan Project viennent, eux aussi, "tangoter" sur le titre Rue Saint Louis en l’Île, ode à cette langue de terre aristocratique en plein Paname.

De ce vaisseau musical émergent quelques titres qui mériteront de finir dans la malle aux trésors de ses admirateurs. Ainsi ce Veuve Cliquot déjanté, où le cœur chaviré de la reine Brigitte balance entre la griserie du bourbon et les bulles enivrantes du champagne. Les âmes chafouines s’émouvront de ce whisky on the rock. La dame indigne, elle, n’en a cure de désintox' et passe déjà à ce qui est l’un des morceaux les plus réussis de cet album. La lecture du titre: Fréhel évoquerait une autre grande scandaleuse gouailleuse qui ne dédaignait pas les vapeurs d’alcool. Mais il s’agit là, en fait, d’une balade trip-hop menant à l’extrême pointe d’un cap qui donne une impression d’infini à tous ceux qui connaissent l’embouchure de la Gironde. "Nous roulerons dans l’écume, sous le manteau de la lune / Nous irons au Cap Fréhel pour devenir immortels". La voix lancinante et presque plaintive qui vous promet ce beau voyage vous ensorcelle littéralement.

Mais foin d’onirisme, soyons désinvoltes et prenons le chemin du delirium tremens. Jamais à court d’un mauvais tour, la Fontaine nous reverse une énième version, latino celle-ci, de son, désormais, célèbre Nougat. Cette fois, ce sont les frères Amokrane, Mouss et Hakim, qui en croquent. L’éléphant barrit toujours sous la douche et l’on imagine volontiers la grande Brigitte galoper, sous cape, chez sa copine Marina avant de filer à Montélimar.

Pour mettre un peu de poids dans toute cette facétie, le fidèle Areski (Belkacem) souffle en duo un peu de Sirocco sur le Voile à l’école . "Le voile à l’école folle faribole / Le voile à l’école fais ce que voudras". Alors débarque Simone et son troisième sexe. Areski et le metteur en scène Fabrice Rozié adaptent là un texte de De Beauvoir, en anglais, sur fond de quartet de chambre et de piano. Fontaine y chante avec un accent british de St Brieuc tout à fait savoureux...

Savoureux comme ses écrits puisque la longue dame prune se pique également de littérature et coud dans son livre Galerie d'art à Kékéland, des portraits sur mesure des siens amis: Rufus, Jacques Higelin, Françoise Hardy ou Jeanne Moreau. Quelques eaux fortes de ceux qui l’ont accompagné et qu’elle a côtoyé a commencé par la Fontaine elle-même:
"Sa tête est une tête d'épingle, son cou long, fragile et déglingué. Son corps est ondulant, ses jambes n'en finissent jamais." Cette Galerie d’art est un tome de l’univers fontainien à ranger aux côtés de La Limondae Bleue et de Genre Humain.
Mais revenons à notre Seine moutonnante et à son St Louis sous son chêne. Ensorceleuse, Brigitte Fontaine l’est incontestablement pour nous convaincre en deux ritournelles et trois pauvres vers que l’on est à elle, comme dans cet Et Cetera. L’auditeur n’a guère le choix: la fascination est de tous les instants, l’attraction irrésistible. Ceux qui repoussent l’impie sont, eux-mêmes, parjures de leur propre folie. Maman est folle chantait Sheller? Peut-être... Du moins est-elle originale ce qui déjà, par les temps qui traînent, n’est pas si mal...

Brigitte Fontaine, Rue Saint Louis en l’Ile, Virgin, 2004
Galerie d'art à Kékéland, Flammarion 16 ¤
En concert le 9 octobre 2004 à Lille, le 15 à Strasbourg, le 21 à Marseille, le 25 à Paris (Folies Bergères)...