Jean-Louis Murat en trio

Un an après Lilith, quelques mois après le DVD Parfum d’acacia au jardin, le chanteur auvergnat sort un nouveau disque, A Bird on a Poire, signé en trio avec Fred Jimenez et Jennifer Charles.

L’amitié, les sixties et la poire

Un an après Lilith, quelques mois après le DVD Parfum d’acacia au jardin, le chanteur auvergnat sort un nouveau disque, A Bird on a Poire, signé en trio avec Fred Jimenez et Jennifer Charles.

Il y a peu de contes de fées dans le show business, peu de jolis gestes. A Bird on a Poire en est un : Jean-Louis Murat signe son nouvel album en compagnie de son bassiste Fred Jimenez et de la chanteuse d’Elysian Fields, Jennifer Charles, qu’il avait déjà invitée sur Mustango, il y a cinq ans. Musiques et arrangements de Jimenez, paroles de Murat: A Bird on a Poire navigue non loin des années 60 avec des refrains forts et des mélodies accrocheuses, auxquels les duos de Jean-Louis Murat et Jennifer Charles donnent un climat de franche sensualité. Le titre ? Un à-peu-près sur la chanson de Leonard Cohen, A Bird on a Wire.

Ce disque est composé et arrangé par Fred Jimenez, signé à trois, produit par Jean-Louis Murat. Comment s’est-il construit ?
Jean-Louis MURAT – De mon côté, c’est une pulsion amicale, cela fait des années que je travaille avec Fred et ça ne sert à rien de parler d’amitié si on ne fait rien. Ensuite, c’est une manière de dire aux maisons de disques : c’est moi qui finance cet album et si vous étiez un peu malins, il y a moyen de faire des disques en France avec des gens qui n’arrivent pas à passer la rampe parce que vous ne signez que des médiocres.
Fred JIMENEZ – Depuis longtemps, je proposais ces chansons de maison de disques en maison de disques. On aimait bien mais personne ne voulait signer. Alors Jean-Louis m’a proposé d’enregistrer ensemble, en écrivant les textes et en chantant. Et, dès le départ, il a pensé à Jennifer Charles. Jean-Louis m’a accordé sa confiance alors que c’est quelqu’un d’exigeant, ce qui m’a mis une bonne pression. En fait, c’est cela le rôle d’une maison de disques.
J.-L. M. – Je m’en souviens, quand j’étais avec le groupe Clara [le premier groupe de Murat, dans les années 80], nous faisions les premières parties de Téléphone et je leur avais demandé 20 ou 30000 balles pour faire notre disque. Je me demandais pourquoi les artistes qui vendent ne fondent pas une coopérative pour enregistrer de nouveaux groupes. Un fonctionnement solidaire est beaucoup plus dans une tradition européenne que le fonctionnement sauvage à l’anglo-saxonne. Les coopératives fonctionnaient avant Marx, avec les Saint-simoniens, les guildes, les compagnons du tour de France ou même les bistrotiers auvergnats… Les artistes ont beaucoup abdiqué de leurs responsabilités en se déchargeant sur un fonctionnement ultra libéral et arrogant qui fonctionne bien dans une culture anglo-saxonne mais qui chez nous est assez décalé. C’est ce que j’essaie de faire de mon côté: ce disque avec Fred, un autre bientôt avec un autre copain, un avec les Holden… Notre intérêt, c’est qu’il y ait des disques intéressants qui sortent plutôt que rester sur la touche, gerber sur le business et trembler devant Internet...

A Bird on a Poire a ceci de surprenant que les phrasés, les codes mélodiques, la construction des titres sont très datés mais que le disque ne sonne jamais comme une reconstitution sixties, une parodie ou un catalogue de références.
J.-L. M. – L’écueil passéiste, on l’avait identifié dès le début. On se disait que les gens allaient penser que c’est une démarche nostalgique d’arrière-garde mais pour nous c’est une démarche d’avant-garde nostalgique – passer du ressassement au neuf. J’aime ne pas trop réfléchir et, dans les années 60, ils ne se posaient pas trop de questions, ils avaient une journée pour enregistrer un disque et c’est une musique dans laquelle on n’entend pas la réflexion. Le problème de la musique française est qu’on travaille trois ans et, quand on écoute les chansons, on entend fonctionner la matière grise.
F. J. – En fait, tous les gadgets à la mode, tous les gimmicks prétendument années 60 ne sont pas années 60. Tout ça, c’est un peu gadget. En fait, il y a très peu de choses de la culture française de cette époque que je pourrais garder musicalement. Quand on parle des sixties en France, il faut faire gaffe: le côté "Salut les copains", c’est musicalement assez désastreux. A l’époque, là où se passait les choses intéressantes, chez les Kinks, par exemple, l’important était l’écriture, ces chansons de trois minutes qui vont directement au refrain. Pour le reste, ils auraient utilisé la technologie d’aujourd’hui s’ils y avaient eu accès. J’en ai assez d’écouter des disques qui sentent la fabrication, qui ont le sentiment d’être de leur temps mais qui seront hyperdatés dans cinq ans... Nous avons essayé d’être aussi honnêtes que possible sur ce disque, pour qu’il garde sa fraîcheur.
Jennifer CHARLES – Fred et Jean-Louis ont, comme musiciens, un univers assez fort pour ne pas craindre le cliché, leur sens poétique n’est en rien daté. En un sens, c’est un disque très classique.

Jean-Louis Murat, Fred Jimenez, Jennifer Charles: A Bird on a Poire, 1 CD Labels-Virgin.
Le 7 octobre à Grenoble, le 8 à Avignon, le 9 à Carros, le 15 à Liffre, le 16 à Nantes, le 20 à Nancy, le 21 à Lyon, le 22 à Aurillac, le 23 à Floirac, le 27 à Bruay-la-Bussière, le 28 au Mans, le 29 à Reims... Paris (Café de la Danse) du 15 au 17 puis du 22 au 24 novembre.