Daby Touré en toute sérénité

Fondateur en 1992 du groupe Touré Touré avec son cousin Omar, Daby Touré a décidé de voler de ses propres ailes. Un sens parfait de la mélodie, des arrangements délicats, une finesse pénétrante: Diam, le premier album de Daby Touré, est une des jolies surprises de la rentrée. Le chanteur mauritanien revient sur son parcours avec RFI musique :

Diam, premier album solo aux couleurs apaisantes

Fondateur en 1992 du groupe Touré Touré avec son cousin Omar, Daby Touré a décidé de voler de ses propres ailes. Un sens parfait de la mélodie, des arrangements délicats, une finesse pénétrante: Diam, le premier album de Daby Touré, est une des jolies surprises de la rentrée. Le chanteur mauritanien revient sur son parcours avec RFI musique :

Dans cet album, en plus de chanter, vous jouez de la guitare, de la basse, des percussions, du melodica. D'où vous vient cette envie de vouloir faire tant de choses à la fois ? Considérez-vous que l'on n’est jamais mieux servi que par soi-même ?
Ce besoin de toucher à tout vient d’abord du fait que j'aime la musique. Concernant les percussions, j'en ai toujours joué, depuis mon enfance. La guitare est l’élément harmonique qui est venu un peu plus tard. Les deux ont été le déclencheur pour aller ensuite vers d’autres instruments. Je me suis rendu compte qu'en fonction de l’instrument que l’on utilise, on ne compose pas de la même manière, les univers possibles sont différents. C’est vrai aussi que j’ai souvent eu des difficultés à expliquer ce que je voulais aux musiciens avec qui je travaillais. Cela pouvait même en devenir pesant et agaçant pour eux. Petit à petit, j'ai donc choisi de travailler en solo.

A quel moment de votre vie tout commence question musique ?
Je n'en ai même pas le souvenir, tellement cela fait partie de moi, dès ma naissance à Nouackchott, en Mauritanie. Dès que j'ai eu conscience d'exister, que l'on pouvait ressentir de belles choses avec des mélodies, j'ai su que je voulais être musicien. Je me suis mis à faire de la musique dans mon coin et ce n'était pas évident, car en Mauritanie, la musique est l'apanage des griots. Or moi, je suis issu d'une famille de cordonniers à la base.

Votre père est Hamidou Touré, qui en 1989 rejoint ses jeunes frères Sixu et Ismaël à Paris dans l’aventure Touré Kunda. Est-ce une chance ou un handicap d'être le "fils de..." quand on se lance dans une carrière artistique?
Les deux à la fois. Du coup, il ne se passe rien. Ce qui me dérangeait le plus du temps de Touré-Touré que j'avais monté avec mon cousin Omar en 1992, c’est qu’on me parlait toujours de ça. J'avais donc envie de me démarquer de cette référence et que l'on écoute vraiment ce qui sortait de moi. En fait c'est à double tranchant, mais en ce qui me concerne, je pense que ce fut plutôt handicapant. Mon père m’a fait venir avec lui en 1989. C'était l’année des événements tragiques avec le Sénégal mais ce n'est pas cela qui a poussé mon père à partir. Nous étions très bien intégrés là-bas et s'il y a avait des problèmes dans le pays, on était prêts à les affronter sur place. En fait, il y avait une crise interne dans la famille au sein du groupe à l'époque et chez nous, la tradition veut que l'on envoie le grand frère, souvent, pour aller gérer ce genre de conflit. C'est comme cela que, sous la pression de la famille, mon père s’est retrouvé en France, pour essayer de faire redémarrer l'histoire Touré Kunda.

Vous avez toujours la nationalité mauritanienne ?
Effectivement et c’est seulement il y a quelque mois que j'ai déposé une demande la nationalité française. J'attendais d’être prêt. Je ne voulais pas faire une demande, juste comme ça, sans que cela ait du sens pour moi. Aujourd’hui, je me sens aussi Français. J'ai adopté la culture française, comme j’ai gardé la mienne.

Vous avez réalisé la première maquette de cet album au cours d'une résidence au Centre Culturel Paul Baillart à Massy, en banlieue parisienne. Qu’est-ce que cela signifie concrètement, être en résidence ?
J'avais déjà commencé à travailler en amont et ensuite la résidence à Massy a duré trois semaines. J'ai eu une aide financière pour payer les musiciens et une scène pour préparer un spectacle pendant trois semaines. Cela veut dire que l'on est donc dans des conditions agréables pour travailler.

A l'écoute de Diam, on a le sentiment que vous attachez une grande importance à la mélodie. Vous préférez une musique qui berce et enveloppe à des choses plus toniques ?
Je pense à la musique avant de penser aux textes et en fait, j'adore autant les mélodies calmes que très rythmées, même s’il est vrai que j’ai plus tendance à aller vers des climats plutôt doux. Peut-être cela vient-il du fait que j'ai conçu cet album dans une période où je me sentais un peu seul, je n'avais pas beaucoup d'encouragements, à part ceux de mes proches.

Que signifie "Diam"?
Je parle aussi bien soninké, pular que wolof, trois langues que l’on retrouve à la fois au Sénégal et en Mauritanie. Ce mot existe dans ces trois langues. Il signifie "paix", au sens de "quiétude, paix intérieure, sérénité" (on en a terriblement besoin !).

Vous utilisez aussi un peu l’anglais mais pas le français. Pourquoi ?L'anglais, c’est venu comme cela, je n'y ai pas vraiment réfléchi. Mais je peux reprendre aussi une chanson de Souchon que j'adore pour une émission radio, par exemple, et dans mon prochain album, je pourrais tout à fait écrire et chanter en français. Si je ne l'ai pas fait pour celui-ci, cela vient peut-être du fait que les maisons de disques à qui j'ai envoyé ma maquette, ont tout de suite tenté de m'imposer le français.

Daby Touré Diam (Real World / Virgin) 2004
Le 6 octobre à Paris (Café de la danse), le 9 à Chevilly Larue (94), le 28 à Massy (91), le 5 novembre à Queven (56), le 25 à Reze (44), le 2 décembre à Saint Jean de Vedas (34)...