Gladiateur

C’est le péplum de la rentrée. Gladiateur est à l'affiche du Palais des Sports à Paris. C’est surtout une surprise de taille car la dernière comédie musicale d’Elie Chouraqui est écrite et composée par Maxime Le Forestier. Un vrai défi pour l’homme à la guitare sèche. Revue de détail.

Spartacus contre le racisme

C’est le péplum de la rentrée. Gladiateur est à l'affiche du Palais des Sports à Paris. C’est surtout une surprise de taille car la dernière comédie musicale d’Elie Chouraqui est écrite et composée par Maxime Le Forestier. Un vrai défi pour l’homme à la guitare sèche. Revue de détail.

Nous sommes à l’intérieur d’une mine de marbre, dans le désert de Namibie. Décorum grandiose et baroque d’une carrière où s’épuisent à la tâche des esclaves enchaînés. C’est l’un des tous derniers filages avec costumes. Le cours de danse se termine, sur une bande son tout ce qu’il y a de plus disco. L’enfant-esclave court entre les rangées vides du Palais des Sports. Des danseurs en haillons font des pompes dans tous les coins de la salle. On règle les derniers détails de lumière. Le metteur en scène de ce péplum en carton pâte, Elie Chouraqui, dirige sa troupe : "Nous reprenons à l’arrivée des gardes de la mine, et j’arrêterai avant que Spartacus ne soit fouetté..." L’histoire, authentique, est la suivante: celle de cet esclave, Spartacus, devenu gladiateur, qui en l’an 73 avant Jésus-Christ, se révolte contre les Romains et qui, grâce à sa bravoure fédère des milliers d’esclaves pour se rebeller contre la tyrannie de Rome. Des valeurs universelles en forme d’allégorie emmenée par un Spartacus, véritable figure historique, selon Elie Chouraqui, au même titre que Moïse et Mandela !

Une adaptation musicale pour un spectacle d’envergure qui réunit douze chanteurs et 36 danseurs. Dans le rôle de Spartacus, Jérôme Collet a tous les atouts du rôle : physique d’abord grâce à une stature et un torse impressionnant, vocal ensuite. Resté trop longtemps à piaffer dans les coulisses comme remplaçant dans Notre-Dame de Paris et les Dix Commandements, c’est à son tour de donner de la voix. Sur une intro très rock, elle est puissante, virile (à l’image de ses pectoraux), faisant sur le titre Va dire à Rome irrémédiablement penser à Johnny Hallyday. Même si de l’avis même de Maxime Le Forestier, attentif près de la console technique : "Johnny n’a pas ce léger voile qu’à Jérôme dans la voix"."Il a une voix qui monte haut et qui reste mâle". Ouuuuaaah! Un Maxime Le Forestier, yeux plissés, sourire narquois, qui semble s’amuser de ce contre-emploi et de l’étonnement qu’il suscite. On avait quitté le chanteur, un temps contestataire, en 2002 avec un album L’écho des étoiles et des tournées dans un spectacle de guitares.

On retrouve la frêle chanteuse Yaël, dont la voix pure et limpide irradiait les Dix Commandements. Dans Gladiateur, elle est Calicia, vient de Palestine, esclave d’un tribun avant de s’éprendre de Spartacus. L’homme de Judée, David, fera front commun avec Draba l’Africain, joué par Moïse N’Tumba, d’origine congolaise, longtemps sollicité par Elie Chouraqui car il ne voulait pas négliger son rôle de chanteur au sein de Tribal Jam. Ça s’est arrangé depuis. Dans le rôle de Crassus, le méchant consul devenu dictateur, Alain Chennevière, ex-Pow Wow.

Un Gladiateur bien seul car le genre, la comédie musicale, tend à s’essouffler après les années fastes qui voyaient les rentrées parisiennes fleurir d’au moins trois nouvelles productions. "On ne va pas passer sa vie à ne faire que des coups de marketing, le public n’est pas dupe" s’enflamme Elie Chouraqui qui lui, voit, sur le long terme. Sa précédente pièce, Les Dix Commandements est en ce moment à l’affiche à Los Angeles avec Val Kilmer dans le rôle de Moïse.

"Vous avez une minute pour aller chercher de quoi vous couvrir avant les tableaux, surtout ne prenez pas froid" conseille très protecteur le metteur en scène. On règle la tombée du rideau et l’arrivée en lumière sur les danseurs. Le Palais des Sports est plongé dans le noir. Le vent souffle. La déclaration des Droits de l’Homme est récitée dans toutes les langues du monde. Que le spectacle commence.

Trois questions à Maxime Le Forestier

Comment Elie Chouraqui vous a-t-il abordé pour cette collaboration ?
Moi, je fais partie de ces auteurs pour qui une page c’est assez long. Et là, on me proposait d’écrire un péplum. C’est ce qui m’a le plus séduit. Puis j’aime les extrêmes, donc j’ai accepté. Mais j’ai toutefois attendu d’avoir une vingtaine d’idées de chansons pour lui donner ma réponse. Enfin je n’ai pas voulu voir les interprètes tout de suite pour ne pas être influencé par leurs voix pour les compositions.

De quelle manière avez-vous ensemble, travaillé la composition ?
On a écrit ce canevas entre ses idées de mise en scène et mes chansons. J’ai voulu attribuer à chaque personnage un style de musique. Pour Spartacus, c’est du rock avec des guitares très saturées, pour Draba, ce sont des samplings de kora et de djembé, pour Batiatus, des samples de hip hop. Pour Crassus, c’est une tonalité opéra. En cela, j’ai voulu élargir le vocabulaire musical habituellement dévolu aux comédies musicales. On y entend autant de la musique ethnique que du rock ou du hip hop. Et puis j’ai travaillé avec ce qu’il y avait de meilleur chez les musiciens français.

On vous avait laissé avec Brassens, c’est un virage à 190 degrés...
J’étais fatigué. Pas de Brassens, mais physiquement après six tournées en Afrique (Khartoum, Nairobi, Libreville,...), alors oui, c’est un virage mais surtout un vrai défi.

Gladiateur CD + DVD (Universal) 2004