William Sheller

Après des expériences rock, à base de machine ou des compositions pour un quatuor à cordes, William Sheller revient au piano voix mais cette fois avec de nouvelles compositions. Epures est une quête d’essentiel musical, une composition attirante, un texte pertinent et donc de l’émotion. Le chanteur qui a quitté Paris pour les forêts de Sologne, se livre au petit jeu d’un "pur" questionnaire.

Epures

Après des expériences rock, à base de machine ou des compositions pour un quatuor à cordes, William Sheller revient au piano voix mais cette fois avec de nouvelles compositions. Epures est une quête d’essentiel musical, une composition attirante, un texte pertinent et donc de l’émotion. Le chanteur qui a quitté Paris pour les forêts de Sologne, se livre au petit jeu d’un "pur" questionnaire.

RFI Musique : Qu’est-ce que les "épures" illustrant votre album évoquent pour vous ?
William Sheller :
Elles sont à son image. On a l’essentiel. Une épure, ce sont les traits principaux d’un dessin. Une fois qu’on a ébarbé, on garde l’essentiel. C’est pour cela que j’aime ce dessin, c’est ce que je recherche en musique.

Est ce que ces épures s’accordent bien du format que réclament les maisons de disques ?
Ah! le côté : plus on bourre les oreilles plus on est content ?!? Ah ben oui… En fait ce que je leur ai dit, c’est que moi, j’avance en essayant de rester moi-même. J’ai une petite devise: "Une pendule arrêtée donne deux fois par jour l’heure exacte". Si on court après la mode, on a de grandes chances de ne jamais la rattraper

Quand appréciez vous la pureté du silence ?
Dans mes bois. Ce n’est pas tout à fait du silence, parce qu’il y a des animaux, il y a quand même une certaine vie. C’est là que les oreilles se rafraîchissent.

Est-ce que ce relatif silence vous inspire musicalement. Le chant du coucou …
(Rires) Beethoven a déjà fait le coucou dans la sixième donc je m’abstiendrai ! Non cela m’arrive n’importe quand. Quand je fais des courses, même quand je discute avec quelqu’un, j’ai un air qui me trotte dans la tête. C’est pénible d’ailleurs parce qu’on est partagé entre cette musique et l’envie de finir une conversation.

A quel moment de votre vie d’artiste, avez-vous vécu un pur moment de bonheur ?
Cela a quand même été lorsqu’on m’a accordé une Victoire de la musique. Je ne pensais pas qu’un simple album joué au piano pouvait intéresser le public. Et puis, il y a aussi le moment où Madame Barbara m’a demandé de lui écrire des arrangements avec des "cordes bleues". J’ai mis très longtemps à comprendre ce que cela voulait dire, mais cela m’a fait très chaud au coeur.

Quel instrument a la sonorité la plus pure ?
Ce n’est pas tant l’instrument que la façon d’en jouer. Je n’aime pas les compositeurs qui mettent des notes partout, pour prouver qu’ils sont virtuoses, qu’ils savent bien jouer. Les musiciens qui en font trop... Un piano, cela peut vite devenir bavard, un violon aussi.

Qu’est ce que la pureté en matière de prise de son? Est-ce la première prise ?
Oh non pas du tout ! C’est la pureté acoustique, ce qui est le plus proche de ce qui ressemble à ce que l’on entend dans l’oreille sans fioriture. Mais c’est curieux: parfois il faut déformer la pureté du son acoustique naturel pour qu’à travers un enregistrement, il ressorte comme s’il était naturel. On est obligé de déformer les sons pour les rendre vivants.

Comment s’est passé l’enregistrement ?
Chez moi avec des fenêtres ouvertes, on entend des mouches qui passent, les canards de l’étang à côté. Je pensais l’enregistrer en une semaine et finalement, cela m’a pris un bon mois. D’autant que je jouais sur mon piano qui a des qualités mais aussi des défauts, ce qui m’arrange bien pour y planquer mes faiblesses à moi. Cela nous a donné du fil à retordre notamment sur un morceau comme Elvira qui n’est pas facile à jouer. Je portais trop d’attention aux mains et du coup, la voix devenait froide.

Elvira, d’où vous vient cette chanson ?
Elle sort de mon dictionnaire de rimes. Je jouais ce motif qui a une articulation assez amusante et puis, je ne sais pas, je voyais la plage, je voyais l’Espagne, je voyais un feu de camp et à force de voir, forcément un personnage arrive dans le tableau ! J’imaginais une femme. En fait, je voyais Goya, c’est pour cela que m’est venu le nom la Maja.

Est ce que le concerto pour la main gauche est une pure preuve d’amitié pour l’autre ...
(Rires) Ce qui est amusant c’est qu’au conservatoire, on a avait noté pour Maurice Ravel: "A des difficultés avec sa main gauche". Pour mon titre, vous savez, j’ai aussi une main gauche un peu faible et je travaillais ce petit morceau en prenant mon café de la main droite le matin, c’est aussi bête que cela… Et puis j’ai de temps en temps des gens qui viennent me voir à la fin des concerts, des pianistes amateurs qui me disent jouer mes morceaux chez eux en exercice. Alors, j’aime bien glisser des petits instrumentaux, des pièces de piano pas trop difficiles et qui changent du poids des exercices classiques. C’est une petite fantaisie.

Quelle type de pureté trouvez-vous dans votre solitude solognote*? Etes-vous un peu ermite ?
Il faut que je fasse attention. Mais oui, j’ai tendance à être ermite. Je partageais avec Barbara des grandes conversations sur la solitude et le fait de nos impossibilités à remplir ou à donner suffisamment à une personne que l’on aime. A force d’être ailleurs, tête en l’air, les gens se fatigue de vous. Alors la solitude, on la recherche, on la veut et quand on l’a, on la regrette. C’est assez ambigu. Pour l’instant, cela me convient très bien.

Qu’est ce que la pureté de voix ?
Ce sont les voix d’enfants. Comme dans Les Choristes**, les voix des enfants sont faites de pureté. Après avec l’âge, on mêle nos émotions et puis les vilaineries de nos existences… mais les enfants c’est la voix pure, l’instrument, le son magnifique. J’aime aussi les voix d’opéra mais je n’aime pas les voix des dames qui font de gros vibrato. J’aime Schwarzkopf et puis Françoise Pollet qui est une amie. Elle dirait aussi que les voix d‘enfants sont les plus pures.

*de Sologne, région française
** film français de Christophe Barratier

William Sheller Epures (Mercury) 2004