Les Nuits Acadiennes

Faire voir et entendre Grand Dérangement, Roland Gauvin, Vishten ou Dominique Dupuis hors de leurs provinces maritimes du Canada, tel est le propos des Nuits acadiennes qui se tiennent à Paris, du 10 au 12 janvier 2005.

L'autre Canada francophone

Faire voir et entendre Grand Dérangement, Roland Gauvin, Vishten ou Dominique Dupuis hors de leurs provinces maritimes du Canada, tel est le propos des Nuits acadiennes qui se tiennent à Paris, du 10 au 12 janvier 2005.

 

 Qu’ils soient chansonniers ou virtuoses de musique traditionnelle, tous ces artistes portent leur "acadienneté" dans leurs tripes. Créer et vivre en français dans un milieu à majorité anglophone est un choix et un engagement quotidien qui influence leur vision du monde. Sans véritables frontières ni territoire, l’Acadie désigne l’ensemble des communautés francophones réparties sur les quatre provinces de l’Atlantique, à l’est du Canada, que sont le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Ile-du-Prince-Édouard et Terre-Neuve et Labrador. Sortes d’îlots où l’on met un point d’honneur à s’exprimer, chanter ou pleurer en français ! Une francophonie forte d’une communauté de 300 000 Acadiens mais qui doit souvent lever la tête bien haute pour se faire entendre. Quoi de mieux alors que la chanson ? Et comptez sur eux pour taper du pied !

Les Nuits acadiennes commencent doucement grâce à Pascal Lejeune, nouvel espoir aux textes mi-figue, mi-raisin et à l’humour certain, très influencé par des artistes comme Richard Desjardins, Plume Latraverse et Georges Brassens. Sorte de Cabrel acadien dans la voix, Danny Boudreau, tape dans un registre plus commercial à la prose plus homogène. Originaire de Petit Rocher, au Nouveau-Brunswick, une région à 38 % francophone, Danny est encore peu connu au Québec malgré trois albums à succès en Acadie. "Car, hélas, le Québec s’intéresse peu à la francophonie canadienne et les artistes acadiens n’ont d’autre choix que de s’exporter", explique Marie-Renée Duguay de la très sérieuse SNA (Société national des Acadiens), sorte d’ONG-fédération qui met tout en oeuvre pour représenter au mieux les valeurs du peuple acadien.

Le sens du rythme et de la fête

 

    La grosse locomotive est pour la seconde soirée de ces Nuits acadiennes, avec les huit musiciens et danseurs de Grand Dérangement, venus de la Baie-Sainte-Marie, au sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. Beaucoup de tambours, de violons… et un formidable sens du rythme et de la fête. Une formation qui fait le lien entre l’ancien et le nouveau, puisant son répertoire dans les mythes locaux à grand renfort de violons. Tiraillés entre leur souci de ne pas être perçus comme un groupe folklorique sans toutefois nier leur héritage, ils ont trouvé le ton juste grâce à une formule électrifiée qui a déjà fait ses preuves dans les festivals français et européens.

Ces joyeux drilles seront précédés de la jeune "violoneuse" de dix-sept ans, Dominique Dupuis. Ceux qui l’ont vue et entendue au Stade de France, lors de la Nuit celtique organisée en mars dernier, ou au Festival interceltique de Lorient l’année passée (où l'on fêtait aussi les 400 ans de l’Acadie) s’en souviennent encore. Assurément, cette virtuose de l’archet n’en est qu’à ses débuts. Originaire de Memramcook, elle a déjà beaucoup bourlingué dans différentes formations : membre à part entière du groupe Shaïda, elle s’octroie aussi une carrière solo.

La dernière soirée permettra de claquer des doigts et taper à nouveau du pied avec les musiciens de Vishten. Ils sont sur scène pour jouer une musique de fête, qu’ils appellent des "party de cuisine", et qui marie allègrement influences écossaises et irlandaises. Assis sur leurs blocs de bois dont ils se servent comme d’une caisse de résonance, les membres de ce groupe de l’Ile-du-Prince-Édouard, qui compte 5 % de francophones, jouent depuis quatre ans une musique traditionnelle.

Avec le bagout qu’on lui connaît, le chansonnier Roland Gauvin, vieux routier de la scène aux accents roulants, originaire du Nouveau-Brunswick, clôt ces soirées acadiennes au son du blues des bayous. Créateur de trois groupes qui ont fait date en Acadie, à savoir 1755, le duo Roland et Johnny et Les Méchants Maquereaux…, il reçoit en 1999 le prix Hommage au Gala du Millénaire pour sa contribution à l’épanouissement de la culture acadienne. "Quand un Roland Gauvin chante : “J’ai pas d’job”, il parle d’une réalité universelle mais qui a des échos particuliers chez nous", confirme Marie-Renée Duguay.

Ce que, lors des après-spectacles, ne manquera pas aussi d’illustrer Fayo, tout en verve, qui manie le chiac de sa province, ce mélange d’anglais et de français que l’on parle au Nouveau-Brunswick.

 Les Nuits acadiennes, du 10 au 12 janvier 2005, La Maroquinerie, Paris.