LES ENFANTS DU SOLEIL

Spectacle musical créé à Marseille, Les Enfants du Soleil relate le retour de trois familles rapatriées d'Algérie, avec une mise en scène du réalisateur Alexandre Arcady et une mise en chanson du duo Cyril Assous/Didier Barbelivien.

Une histoire de rapatriés

Spectacle musical créé à Marseille, Les Enfants du Soleil relate le retour de trois familles rapatriées d'Algérie, avec une mise en scène du réalisateur Alexandre Arcady et une mise en chanson du duo Cyril Assous/Didier Barbelivien.

 

 Première escale du voyage qui conduisit au début des années 60 les rapatriés d’Algérie en métropole, Marseille a vu en septembre dernier la création des Enfants du Soleil. Imaginé par Cyril Assous et Didier Barbelivien, ce spectacle musical – expression que les deux créateurs préfèrent à celle de comédie musicale – relate les destins croisés de trois familles (les Lacombe, Atlan et Cherifi ) au lendemain de ce que l’on appela pudiquement à l’époque "les événements d’Algérie". Chacune y campe l’une des trois religions issues du Livre. Embarquées sur le bateau de l’exil, elles partagent les petites joies et les grandes souffrances de ces milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui ont tout abandonné.Entre fiction et réalité

Ni Cyril Assous, ni Didier Barbelivien n’ont vécu cette aventure directement. Mais tous deux y ont été sensibles. Le premier, enfant du bassin méditerranéen, vient de Tunisie et a grandi à Marseille. Le second a passé sa prime enfance en Afrique sub-saharienne, avant un retour en France au début des années soixante. "Souvent, on m’a considéré comme un pied-noir, puisque j’arrivai aussi de l’autre côté de la Méditerranée", expliquait-il lors de la toute première présentation du projet à Marseille. "Les hommes, femmes et enfants qui embarquent ce matin-là à bord du Kairouan sont chrétiens, juifs, musulmans, d’autres sont sans Dieu, peu importe…", peut-on lire en intro du synopsis. "Au cours de cette traversée, ils vont apprendre à partager leurs rêves, leurs regrets et leurs espoirs. Ils savent qu’il n’y a pas d’alternative à leurs différences sinon que le choix d’une appartenance à cette France récompensée qui les attends, là-bas, au bout du quai à Marseille." Les histoires de famille en exil se mêlent étroitement à l'Histoire, laissant parfois filer, au gré des louables intentions et des bons sentiments du message de fraternité de réconciliation et de tolérance suggérée par le duo, quelques erreurs historiques de taille. Avant le départ du Kairouan, dans un dernier salut à Alger, les trois familles chantent en choeur : "Nous sommes français depuis toujours." Vrai pour les Lacombe, des colons. Pas tout à fait pour les Atlan, famille juive implantée en Algérie depuis des siècles, qui n'a pu obtenir la nationalité qu'après la promulgation en 1870 du décret Crémieux francisant les Juifs d’Algérie. Totalement faux pour les Cherifi : les Musulmans n'ont jamais bénéficié de cette mesure, demeurant des citoyens de seconde zone auxquels fut attribué le statut d’indigènes.


 

 

Un décor monumental


Disponible en CD depuis un peu moins d’un an et en DVD beaucoup plus récemment (juste avant les fêtes de fin d'année), cette comédie musicale ne dérogent pas aux canons du genre édictés par celles qui l’ont récemment précédé. Les mélodies y sont consensuelles, malgré les efforts de Cyril Assous "pour créer des musiques métissées". Sur ce tapis sans grande saveur, un parterre de jeunes et moins jeunes talents (Shirel, Leyla Doriane, Sébastien Chato, Mickels Rea, Richard Groux…) viennent poser leurs voix. Souvent criardes, à défaut d’être émouvantes, elles essaient d’accompagner l’oecuménique propos des deux créateurs par ailleurs respectivement compositeur et parolier des chansons du spectacle. L’imposant décor, qui ne fait pas que suggérer le Kairouan, et les vues en fond de scène d’Alger la Blanche émeuvent inévitablement tous ceux qui, dans leur vie, ont vécu ce départ précipité, sans jamais malheureusement dépasser le stade du flash-back. Si Les Enfants du Soleil a été largement soutenu par la municipalité phocéenne, la quasi totalité des représentations en province a du être annulée. Et le spectacle pourrait bien rejoindre la liste des comédies musicales ayant connu un échec retentissant. Il ne reste plus qu’à souhaiter qu’avant de reprendre la mer au Palais des Sports de Paris en avril prochain, l’équipage et les passagers du Kairouan sauront trouver un nouvel élan. Pour ne pas jouer une nouvelle version du Titanic.

Les Enfants du Soleil (Polydor / Universal) 2004
Représentations à Paris au Palais des Sports du 14 au 24 avril 2005.