MIDEM 2005, UN PROGRAMME SOFT

Signe des temps ? C'est un fabricant de logiciels, Microsoft, qui a organisé le 23 janvier la soirée d'ouverture officielle du Midem, le marché international du disque et de l'édition musicale. Aujourd'hui, l'industrie informatique donne le rythme, guide les choix : comment diffuser la musique par Internet, comment l'écouter en fichiers compressés avec un lecteur spécial. Heureusement, dans ce programme de rendez-vous professionnels, il reste une case pour les artistes.

Musique en ligne et musique en live se partagent l'affiche

Signe des temps ? C'est un fabricant de logiciels, Microsoft, qui a organisé le 23 janvier la soirée d'ouverture officielle du Midem, le marché international du disque et de l'édition musicale. Aujourd'hui, l'industrie informatique donne le rythme, guide les choix : comment diffuser la musique par Internet, comment l'écouter en fichiers compressés avec un lecteur spécial. Heureusement, dans ce programme de rendez-vous professionnels, il reste une case pour les artistes.

 

 Une journée entière, le samedi 22 (MidemNet), était consacrée au futur de la musique : la musique numérique peut-elle être un outil marketing pour les grandes marques ? Comment faire payer les échanges de morceaux pair à pair (peer to peer ou P2P), d'ordinateurs à ordinateurs ? Comment les labels indépendants peuvent-ils jouer d'égal à égal avec les majors du disque grâce à Internet. Certains artistes veillent à ne pas se laisser distancer, voire piller : Chuck D., membre du groupe de rap Public Enemy, est venu à Cannes pour parler de son expérience de créateur d'un label en ligne, SLAMjamz Records. Le manager de Fat Boy Slim, Gary Blackburn est intervenu le lendemain sur les possibilités de revenus générés pour les artistes par les sonneries de téléphone.

 

    Conférences sur la téléphonie mobile, sur les concerts, sur les droits d'auteur, sur les musiques d'illustration (jeux, publicité, cinéma)... Le programme est chargé, avec, pour tous les professionnels qui y participent, une seule cible : le consommateur ou le public, selon l'angle d'attaque - marchand ou artistique. Et de ce côté, le Midem reste un vrai marché : on ne parle pas ici de festival, mais de promotion, de "buzz", de récompenses des professionnels et du public (parfois). Pour commencer, une radio française, NRJ, remettait samedi soir les prix de la variété internationale et francophone. Parmi les artistes distingués figurent Jenifer et le duo Passi-Calogéro. Ce lundi, la soirée hip-hop (Urban Nights) réunit des stars d'hier et de demain : l'omniprésent Chuck D, les revenants The Pharcyde, les remuants TTC et les outsiders Ayo.

 

 Qui sera, ce même jour, adoubé officieusement "meilleur nouveau groupe pop-rock indé british" ? Les Infadels ou Grand National ? Leurs concerts au Midem convaincront-ils des tourneurs, des distributeurs, de parier sur eux ? Ou bien les jeux sont-ils déjà faits puisqu' ils sont tous deux dans les classements au Royaume-Uni, aux USA depuis quelques mois ? La plupart des labels et des pays qui présentent des artistes à Cannes ont un même objectif : élargir l'audience à l'étranger, faire le fameux cross-over. L'exemple de Céline Dion alimente encore la légende. La chanteuse représente le Canada au Midem 1983, elle est sacrée "Révélation" et vend en France dans la foulée plus de 500 000 exemplaires de son 45 tours D'amour et d'amitié. Ainsi, Dreamshifter, Bureaux et Valenti défendent les couleurs du label australien Amped. Les États baltes se sont regroupés pour faire connaître The Hobos, Skamp et Slodoban River. Trois artistes brésiliens, le multi-talentueux Seu Jorge (acteur et musicien), le virtuose du bandolim (guitare) Hamilton de Holanda et la révélation Cordel do Fogo Encantado, lancent l'année du Brésil en France. Les Suisses restent dans le domaine de la chanson éclectique, avec notamment Mich Gerber et Thierry Romanens.

 

 Hormis Lura, grande représentante de la nouvelle chanson de Cap Vert, et la Coréenne Maya, cette année l'Afrique, l'Asie, le Moyen-Orient, l'Europe Centrale et les territoires hispanophones restent en coulisse au Midem. Les Français eux, sont un peu partout, à la production (Lura, Seu Jorge), aux platines (DJ Philippe Cohen Solal, membre du Gotan Project, Stéphane Pompougnac etc), à la mode (Nouvelle Vague, Playground)!

Côté classieux du Midem : les concerts classiques et jazz, avec, parmi les plus exceptionnels, le violoniste Gidon Kremer et la Kremerata Baltica, le batteur André Ceccarelli en quartet et la cérémonie des Victoires de la musique classique. Les objectifs commerciaux sont plus modestes – les millions d'albums sont rares – mais le public est fidèle. Il manque un concert de death metal pour apporter un zeste de folie, mais ce genre, pourtant vendeur, n'a jamais été au programme et reste cantonné dans quelques stands...

Le paradoxe du Midem des années 2000 est là : il y a encore des concerts avec des musiciens en chair et en os mais, sur les stands des labels, de plus en plus, les commerciaux vous font découvrir leurs artistes... sur l'écran de leur ordinateur, en son et en vidéo, branché sur Internet.