Le Midem jour après jour

Les concerts programmés dans le cadre de la 39e édition du Midem, incontournable rendez-vous annuel des professionnels de la musique qui se déroule en ce moment à Cannes, offrent de belles opportunités aux artistes qui cherchent à donner une dimension internationale à leur carrière. Voici un aperçu de ce qui s'est passé sur scène.

Un parfum de découverte 

Les concerts programmés dans le cadre de la 39e édition du Midem, incontournable rendez-vous annuel des professionnels de la musique qui se déroule en ce moment à Cannes, offrent de belles opportunités aux artistes qui cherchent à donner une dimension internationale à leur carrière. Voici un aperçu de ce qui s'est passé sur scène.

Lundi 24 janvier 2005

 

 Concert Urban Night : le maître de cette cérémonie, Chuck D (membre du groupe de rap américain Public Enemy), avoue qu’il ne sait pas trop ce que urban veut dire. Ayo donne une piste. Seule sur scène avec simplement une guitare, la jeune Nigériane (née en Allemagne) donne une leçon de pure soul : voix vibrante et ample, elle convoque Bob Marley et Donnie Hattaway, slalome entre les accords parfois maladroits, s’impose au public comme une évidence. La révélation du Midem, c’est peut-être bien elle. Son premier album sortira cette année chez Universal/Polydor. "La musique d’abord, le business ensuite", rappelle-t-elle. Sous le charme, Chuck D lui fait la bise et annonce TTC. Avec deux albums, les Français ne font plus partie de la catégorie des débutants. Pourtant, les beats électro du DJ et les flows inarticulés des trois rappeurs lassent assez vite. La causticité des paroles ne compense pas ce show potache.
 

    Heureusement, Chuck D reprend la main et ouvre la scène aux inconnus qui, dans le public, sont prêts à montrer leur tchatche. Retour aux sources du hip-hop, quand la rue était la première scène improvisée. Vrais stars de la soirée, The Pharcyde remettent les pendules à l’heure : la musique urbaine, ce soir, c’est surtout eux, très pros, un condensé de hip-hop old school, de R&B seventies. Les rappeurs de Los Angeles sont toujours bien là, quinze ans après leurs débuts. Au même moment, à l’étage en dessous, Lura donne sa version de la musique capverdienne, assez proche du jazz. Le concert décolle lorsqu’elle chante un funana endiablé, répertoire qui convient mieux à sa voix que certaines chansons un peu "variété lounge".

Plus tard, au Carlton, le Suisse Thierry Romanens chante avec beaucoup d’humour devant un public clairsemé. Bien accompagné par une violoniste et un guitariste, il pousse ses petites musiques du coeur, des femmes absentes au rendez-vous… Mais il manque encore un peu d’assurance, de compositions relevées pour convaincre tout à fait.

Mardi 25 janvier 2005

19 heures, apéritif électro. Ce soir, l'ambianceur s'appelle DJ Philippe Cohen Solal, l'initiateur du Gotan Project, plus de 850 000 ventes dans le monde avec leur premier album La Revancha Del Tango. DJ Cohen Solal enchaîne des remixes de morceaux latino, hip-hop, jazz, dans le même esprit que son CD Inspiración – Espiración qui vient de sortir. Un peu tôt pour apprécier ce mélange savant des sons et des genres.

La nouveauté française arrive beaucoup plus tard dans la soirée sur la scène Méditerranée du Palais des Festivals : Playground, guitares bien en place, rythmique d'acier et chanteur soigneusement débraillé, prêt à couvrir la déflagration sonore qui l'entoure. Car le son est absolument énorme. Nom anglais, paroles en anglais, l'objectif est clair : arriver à égaler les autres groupes de rock anglo-saxons qui font l'actualité musicale en ce moment (Libertines, Strokes…). Dino, guitariste, compositeur et arrangeur, arrive à glisser quelques accords hors des sentiers archi-rebattus du genre. Son passage par le conservatoire et un long travail sur le jazz donnent de l'assurance à son jeu. Seule baisse de tension : les morceaux avec guitare électro-acoustique, notamment le single 94, ne sont pas ceux qui passent le mieux.

Le quart d'heure franco-anglais continue dans une boîte de nuit en sous-sol. Là, les filles de Nouvelle Vague, Camille et Mélanie Pain, entonnent à tour de rôle les refrains de la new wave des années 80. Accompagnées simplement d'une guitare et d'un clavier, elles s'approprient Guns Of Brixton (Clash), Love Will Tear Us Apart (Joy Division), Marian (Sisters Of Mercy)… Chantée "façon cabaret" avec beaucoup de sex-appeal, I Just Can't Get Enough (Depeche Mode) retrouve dans ce dépouillement toute sa force. La version particulièrement déjantée de Too Drunk To F*** (Dead Kennedys) par Camille prouve que Nouvelle Vague est, au-delà du concept à l'allure marketing, un vrai projet musical qui existe en concert. Le public étranger ne s'y est pas trompé : Nouvelle Vague a déjà beaucoup tourné, en Europe et en Amérique du Nord.