Canal Tropical, vu de l'intérieur

Le 18 septembre 1981 débarque sur les ondes de RFI l'émission Canal tropical. Aux commandes aux côtés de Gilles Obringer, la réalisatrice Françoise André (très vite surnommée "la sirène Françoise"). À partir de l'été 1982, la réalisation est assurée par Michelle Lahana, surnommée "la Gazelle". Michelle a travaillé pendant près de treize ans avec Gilles. Elle revient sur l'aventure Canal tropical et l'esprit pionnier qui animait cette émission.

"Un espace de liberté", selon Michelle Lahana

Le 18 septembre 1981 débarque sur les ondes de RFI l'émission Canal tropical. Aux commandes aux côtés de Gilles Obringer, la réalisatrice Françoise André (très vite surnommée "la sirène Françoise"). À partir de l'été 1982, la réalisation est assurée par Michelle Lahana, surnommée "la Gazelle". Michelle a travaillé pendant près de treize ans avec Gilles. Elle revient sur l'aventure Canal tropical et l'esprit pionnier qui animait cette émission.

 

 Au début, Canal tropical, c’était surtout de la programmation. Mais, très vite, on a demandé aux gens d’écrire et de raconter ce qui se passait chez eux, et on a commencé à faire gagner des albums. Au début, on avait trois lettres par semaines, puis c’est passé à dix, vingt, trente, jusqu’à cent ou deux cents. En fait, l’histoire des correspondants a vraiment accroché quand on a commencé à faire des hit-parades de ce qui se passait en Afrique. Chacun voulait que son pays soit celui dont on parle le plus !

On préparait les émissions le jour même. Gilles arrivait à la radio vers 14h00, moi vers 17h30, et on était à l’antenne à 22h00. Selon ce qu’il trouvait au courrier, il décidait de ce qu’on allait passer. Moi, j’allais à la pêche aux disques, aux nouveautés. Il me disait : “Il faut trouver où est le disque de machin… Va voir untel en studio il va nous donner un morceau…” Parfois, je trouvais le morceau trois-quarts d’heure avant l’émission !

Il y avait à Paris les Touré Kunda, Salif Keita, Mory Kanté, le Xalam… La première année, on ne connaissait pas les autres, on n’avait pas bougé de Paris. C’est fin 82 qu’on est allé au Sénégal pour la première fois. Quand Youssou était passé au Phil One à La Défense (Paris), on l’avait invité à l’émission, et on est ensuite allé le voir à Dakar, à un de ses premiers concerts à l’université. C’est le premier live qu’on a rapporté. Après, on faisait chaque année deux ou trois voyages au compte de RFI, et deux à notre compte, théoriquement pour les vacances, mais c’était du boulot : on allait à tous les concerts, on rencontrait tout le monde, on revenait avec des stocks de cassettes. Et, bien sûr, on rencontrait les correspondants de l’émission. Certains, lorsque je les ai connus, étaient des morveux de quatorze ans ! Des trois correspondants de Dakar, deux sont devenus journalistes professionnels, Ibrahima Ndoye et Alpha Mballo…

Les deux premières années, les auditeurs étaient persuadés que Gilles était africain, et que je l'étais aussi puisqu’il m’appelait "la Gazelle". Il avait piqué une phrase de Laurent Voulzy et se faisait appeler "l’homme né dans le gris par accident". Ça allait avec tout ce qu’il était : il venait de Sarreguemines, dans l'est de la France, il avait été élevé par sa grand mère…

Gilles était un gros travailleur, il ne faisait que ça. Si vous vouliez le voir, c’était dans les couloirs de RFI. Pas ailleurs. Un homme intelligent, avec une vraie culture musicale. Je pense qu’il est, de tous les gens que j’ai connus, la personne qui avait la plus grande culture musicale. Il écoutait tout. Je pense qu’on a été les premiers à passer le R&B. En 1987-88, on faisait découvrir des artistes comme Luther Vandross. Vers la fin, on faisait une autre émission qui s’appelait Megabass ; on faisait des championnats de DJ en Afrique, avec du rap, des scratchers… Il passait toutes les musiques noires. Il en parlait tellement bien, il avait une vraie crédibilité. Quand Gilles aimait, on savait que ça allait marcher. Il s’est rarement trompé.

Propos recueillis par la rédaction de RFI Musique