Copies décalées

France-Brésil, c’est aussi une histoire de reprises, plus ou moins de haute volée.  Panorama des classiques et raretés qui ont fait l’objet de versions françaises.

Les versions françaises de standards brésiliens

France-Brésil, c’est aussi une histoire de reprises, plus ou moins de haute volée.  Panorama des classiques et raretés qui ont fait l’objet de versions françaises.


 

 Aquarela do Brasil, l’hymne composé en 1939 par le pianiste Ary Barroso, sera repris dans le monde entier, jusqu’à devenir le thème du cultissime Brazil du Britannique Terry Gilliam. En France, certains s’y sont essayés à commencer par Jean Sablon à la fin des années 50. Ayant fait une belle carrière du côté de Rio, le french crooner a ainsi emprunté nombre de standards locaux, dont O Cangaceiro, Porque et l’inévitable Garota de Ipanema.

Dans les années 40, les orchestres de Jacques Hélian et Ray Ventura ont eux aussi fait le voyage outre-Atlantique. A la clef des reprises comme Madureira chorou  pour le premier, Chiquita Bacana pour le second. Issu du groupe de Ventura, Henri Salvador fera la tournée des casinos de Rio et Belo Horizonte. S’il se murmure qu’il fut l’une des inspirations de la bossa nova, il a tout autant nourri sa verve de saveurs locales, comme ce Diz Que Tem ou encore tout récemment en duo avec Rosa Pasos sur le standard Wave…  Dans un registre plus potache, bien moins classieux, Dario Moreno va largement puiser aux sources des sambas de carnaval : Madureira chorou devient Si tu vas à Rio ; Ze marmita, la Marmite ; Mida Um Dineiro Ai, Eh oui mes amis… Sans oublier Mulata Yeye, Tumba Le Le en 1961 ou encore Vatapa de Dorival Caymi. Le compositeur bahianais était surtout l’ami de Moustaki : du coup, ce dernier va lui emprunter entre autres Bahia. Mais le célèbre "métèque" a aussi chanté Asa Branca, l’hymne nordestin de Luiz Gonzaga, et Les Eaux de mars, celles reprises dans les années 80 par Atlantique… D’ailleurs, tout comme les sambas, les bossa nova seront sujettes à quelques merveilleux malentendus. Ainsi, La fille d’Ipanema de Jobim va vite être adaptée par Jacqueline François, pour le pire souvent (Lio façon electro années 80), pour de rire parfois (Vincent Malone, La Campagnie des musiques à Ouïr…).

Buarque classique

 

 

 Mais incontestablement, c’est au cours des années 60 et 70 que les Français se sont allègrement servis de l’écriture brésilienne. Chico Buarque a inspiré plus d’une version "originale".  Daté de 1976, son O que sera devient vite un tube dans la voix de Claude Nougaro,  qui le change en Tu Verras Tu verras. Le Toulousain avait déjà repris Berimbau de Baden Powell, devenu Bidonville avec le succès que l’on sait. Autre classique de Buarque, A Banda sera chanté par le multirécidiviste en la matière Georges Moustaki, mais aussi par Dalida, mais encore par France Gall, en allemand dans le texte ! Dans le genre ovni, la vision twist de Funeral de um Lavrador signée Sheila, qui lui donne le délicieux refrain de "Oh mon dieu qu’elle est mignonne". Un parfait contresens quand on sait que la chanson était d’une telle tristesse. Pour la comprendre, il vaut mieux suivre l’adaptation mot à mot faite par Frida Boccara, Funérailles pour un travailleur brésilien. Autre non-sens, mais cette fois avec un bon sens de la musique, la version de Partido Alto, dont les paroles engagées seront revues et corrigées par Pierre Vassiliu pour devenir Qui c’est celui-là. Quant à Françoise Hardy, elle signe la Mésange, d’après Fabia du même Buarque.

Sur le registre volatile, c’est Michel Fugain qui a la palme avec Fais comme l’oiseau, originellement Voce Abusou, le succès d’Antonio Carlos et Jocafi en 1971. Mention spéciale tout de même à Martine Havet et son Coin coin, les tribulations du célèbre canard de O Pato… avec certes moins de succès. Tel ne fut pas le cas de Joe Dassin, qui adopte pour son deuxième disque mais premier succès O Calhambeque de Roberto Carlos, le thème emblème du mouvement de la Jovem Guarda en 1963. Bip bip raconte la dérive dans Paris embouteillé qui n’est pas sans évoquer les paroles d’origine : l’histoire d’une vieux tacot… Difficile de tous les citer (les frères Jacques, les 4 barbus, Chantal Goya…), certes, mais on se doit d’évoquer Pierre Barouh, grand amateur du Brésil qui va reprendre Agua de Beber (Rien que de l’eau) et surtout réaliser un duo en franco-portugais avec Elis Regina sur Noite Dos Mascarados.

Groovy Brésil

   

Autre duo, mais cette fois franco-français, celui de Marcel Zanini et Brigitte Bardot qui entonne l’improbable Tu veux ou tu veux pas ? qui fut avant tout un carton signé Wilson Simonal et Carlos Imperial, Ne vem que nao tem. C’est aussi Brigitte Bardot (chantée elle-même par le sambiste Jorge Veiga, honorée par Tom Zé…) qui au milieu des années 60 va reprendre Maria Ninguem de Carlos Lyra, dans un portugais approximatif, mais avec l’arrangeur Alain Goraguer. A l’époque, la diva est tombée sous le charme de Buzios, le Saint-Tropez en version carioca. C’est toujours Goraguer et son piano magique, qui délivre une version terriblement groove du Mas que nada, l’initial tube de Jorge Ben de 1963. Le titre devient La Ville est là, interprété par Isabelle Aubret, dans son album Casa Forte, au tournant des années 70.  "La ville est là, rien a changé depuis Vasco de Gama, on voit toujours amateurs déguster du thé glacé…" On boit jusqu’à la lie de telles paroles… Jorge Ben a également séduit Nicoletta, qui entend au festival de Rio son génial Fio Maravilha. Elle confie en 1973 l’adaptation à Boris Bergman, avec succès. Ce titre honorait un footballeur de Rio. Mais qui sait que le refrain de stade, "Olele, olala, quand il faut y aller, PSG est là !", fut une samba enredo de Zuzuca. Festa para um rei negro couronna en 1971 l’école de Salgueiro. Carlos, lui, en fit sa Bamboula. On imagine…

Enfin, plus près de nous, personne n’a oublié la Lambada, danse brésilienne avant d’être tube de l’été. Quinze ans plus tard, TF1 revient avec T -Rio, trois Brésiliennes qui remettent au goût du jour la Choopeta chère à la chanteuse Carmen Miranda, star dès les années 30. Dans un registre plus traditionnel et surtout moins vulgaire, les Femmouze T dont l’une des deux voix est brésilienne ont su adapter des classiques du pays, tout comme les Bombes 2 Bal dont le premier album s’inspire largement des traditionnels nordestins. Quoi de plus normal quand on sait que le pair en musique de ces Toulousaines, le fabuleux troubadour Claude Sicre, a été samplé dès 1997 par Lenine sur A Ponte sur un album au titre prémonitoire : Le jour où nous entrerons en contact.