Daft Punk

Virtuellement, Disque d’or avant sa sortie en France, Human after all, le nouvel opus des Daft Punk devrait suivre le chemin des deux précédents, écoulés à plusieurs millions d’exemplaires. Un mélange de guitare et de rythmes électro, qu’on trouvera, au choix, spontané ou répétitif. Avis internationaux nuancés sur cette sortie mondiale.

Human after all

Virtuellement, Disque d’or avant sa sortie en France, Human after all, le nouvel opus des Daft Punk devrait suivre le chemin des deux précédents, écoulés à plusieurs millions d’exemplaires. Un mélange de guitare et de rythmes électro, qu’on trouvera, au choix, spontané ou répétitif. Avis internationaux nuancés sur cette sortie mondiale.

      Human after all a été enregistré en six semaines et piraté plus d’un mois avant sa sortie officielle. La maison de disques a tout d’abord nié, qualifiant les fichiers diffusés sur le net de "faux" ou "pistes de travail",  avant d’avancer d’une semaine la mise en rayon de cet album aux influences rock affichées. Opportunisme ou retour aux fondamentaux ? Les pères de la French Touch, Guy-Manuel de Honem Christo et Thomas Bangalter délivrent une oeuvre au son rugueux, comme composée dans l’urgence. Le terme "chanson" n’est en rien adapté, la voix, complètement triturée, ne sert que d’élément rythmique. 

Plutôt de bonne augure, pour Michael, animateur sur la radio universitaire berlinoise, Uniradio. Adolescent, il a connu ses premiers émois électroniques grâce à Homework, l’album de l’ascension : "A l’époque, J’avais été hypnotisé par ce son post-disco avec un pied techno très dansant. Aujourd’hui, ils sont revenus à une sonorité plus dure, certainement moins racoleuse que sur Discovery [leur deuxième disque, ndlr]". Mais si bon son ne saurait mentir, Michael avoue sa déception. : "Les morceaux démarrent bien mais passé une minute trente, ça se répète sans plus avancer. Il n’y a vraiment qu’un titre qui m’ai emballé : le bien nommé The brain Washer [le décerveleur], un thème comme à l’ancienne, de la pure techno, très dansante. Je pense que c’est le seul que je pourrais passer dans une soirée sans avoir honte".

Tube Machine

 

 Daft Punk a une bonne idée par titre. C’est déjà pas mal, mais on se demande si emporté par son élan si soudain de spontanéité, le duo parisien n’a pas bloqué sur la fonction "copier-coller" de ses machines. Break de batterie, guitare rock, une boucle de synthétiseur imparable, on se frotte les mains, Robot Rock, le premier titre issu de l’album, va être énorme … une minute ! Passé ce temps la formule restera quasi identique tout au long des 4 minutes 47 secondes. C’est le genre de détail qui ne gène absolument pas Alejandro Ramos, DJ et animateur sur la radio argentine FM Palermo, le quartier des boîtes de nuits de Buenos Aires : "ici, le public techno est "festif", les gens  aiment bien danser en soirée mais n’écoute pas forcément de musique électronique chez eux. Ce titre est instinctif, il va même certainement faire venir de nouvelles personnes. Et puis s’il est un peu long, ce n’est pas grave, je n’en passe que la moitié !" Succès parfait ? Un peu trop même peut-être. Les Daft Punk avaient déjà copieusement usé leur samplers pour composer des titres comme One more time ou  Harder, Better, Faster, Stronger. Avec Robot Rock , ils s’en sont donnés à coeur joie. La boucle imparable, inlassablement répétée, est intégralement copiée d’un titre de Breakwater, groupe de funk-rock de la fin des années 70, il faut l’avouer, complètement oublié. A l’écoute de Release the beast, on ressent une certaine gène … Les deux Français se sont contentés de reprendre une séquence, d’ajouter quelques sons de batteries, deux ou trois effets, et c’est plié. Le cinéaste Claude Lelouch avait comparé la Nouvelle Vague à une révolution de chef opérateur. Dans ce cas, il y a fort à parier que la French Touch soit celle d’ingénieur du son disposant d’un bon bac de vieux disques.

L’image a la parole

L’Angleterre se rebiffe devant tant de mauvais esprit. Annie Nightingale,  animatrice pilier de la BBC Radio 1 en Angleterre, avance même une théorie diablement élaborée : Daft Punk s’est lancé dans la musique participative ! "Je pense que c’est le morceau le plus accrocheur qu’ils aient fait depuis longtemps. Je vois même dans ma tête où placer des breaks pour faire un remix, j’espère que certains vont se lancer car cela devrait donner de bons résultats". Toujours de source londonienne, le duo belges des 2 Many DJ’s serait à pied d’oeuvre.

 

    Malgré ou grâce à ce simplisme, Human after all a de grandes chances d’être un énorme carton. Les deux Parisiens s’y entendant à merveille pour mijoter quelques singles imparables qui s’invitent sans permission dans vos pavillons auditifs. Depuis Chicago, une des villes pionnières de la techno, Dave Tripper, collaborateur de Fusion Radio s’avoue déjà grand fan. "Les compositions ont évolué vers quelque chose de plus humain. Dans la lignée de One more time, Daft Punk reste attaché à sa "pop synthétique" avec des titres aussi attractifs que Technologic et sa séquence de paroles simple et adictives".

Plus humains mais toujours des demi-dieux pour les Japonais. Là-bas, le duo s’affiche en grand format dans les villes pour vendre des téléphones portables. DJ Tsuyoshi, plus orienté vers la techno trance,  n’a glissé une oreille que sur le single. Une écoute qui l’a laissé de marbre : "j’attends de voir le clip, Daft Punk est le seul groupe a mêler aussi bien, sons et image. Pour nous, l’univers visuel est très important". Peut être Human after all prendra-t-il toute son ampleur une fois mis en image, en attendant, les télévisions de par le monde ne vont certainement pas s’y tromper. Avec ses gimmicks hautement médiatiques, cet album a tout pour devenir la bande son obligée des rétrospectives sportives de l’année. Une consécration comme une autre. 

Daft Punk Human after all (Labels) 2005