SAMEDI POP

Salle archi-bondée pour le p’tit gars du pays, Florent Marchet et, peut-être plus encore, pour Keren Ann accompagnée par le Mons Orchestra. Deux visions très différentes de la chanson pop, l’une extravertie, populaire, l’autre plutôt intime, introvertie.

Florent et Keren font La Hune

Salle archi-bondée pour le p’tit gars du pays, Florent Marchet et, peut-être plus encore, pour Keren Ann accompagnée par le Mons Orchestra. Deux visions très différentes de la chanson pop, l’une extravertie, populaire, l’autre plutôt intime, introvertie.

 

 Noir. Démarre un air connu. On se dit qu’on rêve (ou qu’on cauchemarde, selon les goûts), qu’il y a une erreur de casting. "Du côté de chez Swan" ! Dave ! Immédiatement, le public embraye, claque des mains comme devant la télé du samedi soir. Les projos éclairent la scène, ce n’est qu’un disque, Florent Marchet et ses acolytes arrivent en catimini et, pour lever le doute, attaquent plutôt rock. Plus le concert avance, plus les intentions du chanteur se dévoilent : être populaire comme Dave, avec des mélodies entêtantes, des histoires simples (les vacances, les amours etc), mais, ne pas être variété comme Dave, en sonnant "indie pop", guitares en avant. Ce sont les chansons "pop à l’anglo-saxonne" (notamment l’imparable On est tous pareil) qui passent le mieux malgré sa voix au registre limité. Les parties de guitares sont bien troussées, bien jouées, même si on attend un peu plus de folie dans le jeu des musiciens. Les paroles gentiment acides, pas encore sorties de l’adolescence, manquent parfois d’impact sur certains morceaux plus calmes (Mes nouveaux amis, au piano). Le public marche, Florent Marchet devrait gagner son pari.

Keren Ann n’a pas Dave pour référence, visiblement. C’est la plus anglo-saxonne des deux et elle puise la majorité des chansons de ce soir dans son répertoire anglophone (l’essentiel de Nolita et un peu de Not Going anywhere). Création pour le Printemps de Bourges, elle joue accompagnée par le Mons Orchestra, habitué des collaborations prestigieuses (The Divine Comedy, Perry Blake, The Tindersticks, Louis Chedid...). Mise en scène solennelle, on n’est pas là pour rigoler. L’orchestre de cordes à sa gauche, la batterie (qui ne servira pas beaucoup) loin derrière au centre, le guitariste et le clavier/basse à moitié planqués dans l’ombre. Elle, habillée en noir, imperceptible. On n’est pas là pour rigoler, faut-il le répéter. C’est beau, indubitablement. Les arrangements (classiques) de cordes élargissent le paysage sonore intimiste de la dame, des éclairs de guitare rock surprennent parfois le public dans sa léthargie. Tout cela est très travaillé, pesé, susurré plus que chanté. Bref, c’est Keren Ann. Les adorateurs en redemandent. Ceux qui ne partagent pas son spleen magnifique cherchent la sortie. Dans les deux cas, Keren Ann ne laisse pas indifférent. Elle a déjà gagné son pari.